Le père de la grille Claeys se retire, critique sur sa création

Plus de 35 ans après sa création, l’avocat est critique vis-à-vis de la grille qui a fait sa renommée.

Après plus de quarante ans de bons et loyaux services, l’avocat Thierry Claeys, sans fanfare ni trompette, se retire des affaires. Ce faisant, c’est une page entière de l’histoire de quelques-uns des plus fameux cabinets de la capitale qui se tourne. Très actif en matière de droit social, Thierry Claeys est également le père de la grille du même nom, une référence plus que trentenaire quand il est question de calculer la durée des préavis. À l’occasion de son départ en pension, il a accepté de passer en revue les points forts de sa carrière.

Vocation

Aussi loin qu’il se souvient, Thierry Claeys, fils de notaire et petit-fils d’avocat, a toujours voulu être avocat. Bien sûr, son père aurait préféré que le fiston reprenne l’étude notariale. "Il n’en a jamais été question une seule seconde. Ce secteur n’est pas assez compétitif", explique l’avocat qui a pourtant étudié le notariat. "Je n’avais pas 25 ans, je voulais me marier, mais pour cela, à l’époque, il fallait l’autorisation paternelle. Mon père a cautionné mon mariage à la condition que j’étudie le notariat!"  Ce qui fut donc fait.

La grille critiquée

Pourtant, au sortir de ses études (Namur et UCL), il démarre son stage au sein du cabinet de Raymond Sorel. Après deux ans, il va trouver son maître de stage pour lui proposer une association intégrée, soit une structure où l’on partage tant les frais que les revenus. Séduit par la proposition, Raymond Sorel, "qui faisait confiance aux jeunes", accepte. Nous sommes alors en 1973, date de la création du cabinet Braun, Claeys, Evrard et Sorel.

Un an plus tard, Thierry Claeys imagine une formule permettant de calculer la durée des préavis en cas de licenciement individuel. Maintes fois adaptée, la grille Claeys est toujours utilisée aujourd’hui.

S’il reconnaît que cette formule, basée sur une somme de décisions de jurisprudence, a été un "formidable outil de marketing", il est très critique à son égard. "Il serait bien plus simple que le législateur fixe une fois pour toutes un délai d’un mois par année d’ancienneté avec un plafond maximal de 24 mois." Après un article dans le Journal des tribunaux du travail, la grille a connu un succès jamais démenti.

Fort de sa nouvelle renommée, Thierry Claeys ne va pas s’arrêter en si bon chemin. En 1980, Louis Verbeke rejoint l’association Braun, Claeys, Evrard et Sorel. Au cours de la décennie suivante, les affaires tournent plutôt bien et, en 1989, les partenaires décident de s’associer avec le cabinet néerlandais Loeff-Van der Ploeg. Cela débouchera sur la création du cabinet Loeff-Claeys-Verbeke qui comptera jusqu’à 220 avocats en Belgique et près de 620 dans le monde.

Dix ans plus tard, le cabinet Allen & Overy approche les associés avec une proposition de fusion. "C’est ce qu’on dit quand on ne veut pas déclarer qu’on vient pour tout reprendre." Stratégies divergentes, perte du pouvoir de décision: Thierry Claeys n’y trouve pas son compte. Il refuse de s’associer au deal et quitte le navire en compagnie de 32 des 38 membres de son département de droit social.

En 2000, un dîner en compagnie de Chris Engels au restaurant "La crèche des artistes" débouche sur une nouvelle association: Claeys & Engels. Aujourd’hui, plus de 80 avocats évoluent au sein de ce cabinet spécialisé en droit social.

Des regrets à l’heure de transmettre le témoin? Un seul. Ne pas avoir su faire évoluer "Ius Laboris", une alliance mondiale de cabinets spécialisés en droit social, vers une association intégrée. "Il m’aurait fallu plus de temps."

Pas déçu qu’aucun de ses quatre enfants ne soit là pour reprendre la barre? "Non. Je veux seulement qu’ils fassent un métier qu’ils aiment." C’est déjà le cas pour les deux plus âgés, les deux plus jeunes étant toujours aux études.

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