Le salarié de 55 ans gagne 75% de plus que celui de 25 ans

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Si les écarts sont plus ou moins marqués selon le secteur d’activité et la taille de l’entreprise, le constat formulé par Acerta pose à nouveau la question de la liaison des salaires à l’ancienneté.

Qu’est-ce qui justifie qu’un salarié de 55 ans gagne en moyenne 75% de plus que son collègue qui a 30 ans de moins, et qui fait exactement le même travail? L’expérience, le niveau de responsabilités, parfois simplement l’ancienneté.

Acerta, prestataire de services RH, a comparé les salaires bruts à temps plein des employés de 25 ans avec ceux des employés de 55 ans. Ces derniers touchent en moyenne 76% de plus dans le secteur marchand et 48% de plus dans le non marchand. En d’autres termes, pour chaque tranche de 100 euros que le jeune de 25 ans touche, l’employé de 55 ans perçoit 176 euros ou 148 euros.

"L’ancienneté devient vite un fardeau."
Olivier Marcq
Acerta

C’est surtout la liaison à l’ancienneté qui est aujourd’hui remise en question en raison de la quasi-automaticité de celle-ci. Une enquête précédente d’Acerta avait déjà mis en évidence le fait que les employeurs estiment que la "valeur" d’un travailleur augmente les premières années, mais que cette augmentation ne suit pas une trajectoire aussi linéaire que le suggère le système de la rémunération liée à l’ancienneté.

"L’automatisme de la rémunération liée à l’ancienneté ne concorde pas avec la tendance actuelle visant à organiser les choses ‘sur mesure’, explique Olivier Marcq, juriste chez Acerta. Un élément comme l’augmentation d’ancienneté devient vite un fardeau. Tant pour les employeurs, qui doivent aussi accorder une hausse de salaire au travailleur qui n’a pas évolué dans sa fonction, que pour les travailleurs, qui ont peut-être enregistré davantage de progrès mais doivent malgré tout se contenter d’une étape d’ancienneté ‘ordinaire’."

Différences sectorielles

Encore faut-il distinguer selon la taille de l’entreprise. L’écart est plus prononcé dans les grandes entreprises, car elles offrent davantage de possibilités d’évolution.

Le secteur d’activité entre également en ligne de compte. Dans le non marchand, pourtant fortement syndicalisé, l’écart entre les 25 ans et les 55 ans est moins important. "C’est un secteur qui fonctionne avec des subsides. Les syndicats sont conscients qu’ils ne peuvent pas se montrer trop gourmands", explique Olivier Marcq.

Il existe aussi des différences au sein du secteur marchand. Le secteur des banques et assurances pratique des écarts salariaux supérieurs à la moyenne, parfois du simple au double entre les 25 et les 55 ans. Les secteurs de la chimie et du métal sont dans le même cas. L’écart salarial est en revanche inférieur à la moyenne au sein de la CP 200 (catégorie fourre-tout pour les employés) ainsi que dans la distribution (15% d’écart seulement).

Cela étant, l’ancienneté barémique du travailleur de 55 ans est moins pénalisante qu’autrefois dans la recherche d’un nouvel emploi par exemple. Le marché du travail est en train de redécouvrir ces travailleurs. "Avec la guerre des talents, de nouvelles opportunités voient le jour pour les employés âgés, qui pourront jouer la carte de la connaissance et de l’expérience", note Olivier Marcq. Mais attention quand même: les seniors n’ont pas toujours intérêt à aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Une précédente étude d’Acerta montrait qu’un 55 + touche en moyenne 11% de moins chez un nouvel employeur.

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Concertation sociale

Patrons et syndicats planchent actuellement sur la question, à l’invitation du gouvernement qui a inscrit le point dans son "jobsdeal". Des pistes innovantes existent, sans nécessairement léser le travailleur. Comme celle de faire progresser plus rapidement le salaire en début de carrière, avant de ralentir la courbe. "Il faudra de toute façon s’accorder sur un compromis, car le gouvernement étant en affaires courantes, il ne pourra pas trancher dans un sens ou dans l’autre", prédit Olivier Marcq.

En attendant, certaines entreprises ont déjà pris les devants en proposant à leurs employés des formules de type Flex Income Plan (FIP) qui permettent de convertir une augmentation salariale en un avantage en nature (abonnement de transport, assurance-hospitalisation, jours de congé supplémentaires, etc.). Dans le secteur des soins de santé (CP 330), on a introduit une nouvelle classification professionnelle pour pouvoir revaloriser le salaire du personnel soignant, actuellement difficile à trouver sur le marché de l’emploi. Concrètement, les nouvelles infirmières sont mieux payées que celles qui ont commencé voici quelques années, après quoi leur salaire se tasse.

L'expérience et les compétences plus importantes que l'âge

Si les chiffres annoncés par Acerta peuvent paraître importants, pour Geert Aelbrecht, le directeur des ressources humaines de la société de construction Besix, ils sont explicables. "Je n’ai pas les données exactes pour notre entreprise, mais elles doivent être comparables à l’étude. Une telle différence n’est pas forcément négative. À cinquante ans, le travailleur arrive souvent au sommet de son évolution, mais aura encore dix à quinze ans à prester. Continuer à l’augmenter est une façon de récompenser sa loyauté et est un moyen pour nous de conserver son expertise. C’est d’autant plus important sur un marché où les profils qualifiés se font rares. Si, à la fin de sa carrière, vous ne proposez plus rien à votre travailleur, vous risquez de le perdre", explique le DRH de Besix.

Du côté de chez EVS, à Liège, l’écart est même encore plus important que les chiffres avancés dans l’étude d’Acerta. "Nous calculons par tranche. La différence de salaire entre les 25-35 ans et les 55-75 ans tourne plutôt autour des 80-85%", explique Pierre Matelart, le DRH d’EVS. Mais pour le patron, parler de l’âge du travailleur n’est pas vraiment un critère représentatif. Ce qui compte, ce sont les capacités acquises qui, forcément, s’acquièrent avec le temps. L’entreprise détermine ses salaires par niveaux de compétences. "Pour les développeurs, nous avons sept niveaux différents. Il y a de très grandes différences dans l’efficacité d’un développeur débutant et un architecte IT. Pour ces profils, il est justifié que le salaire soit jusqu’à deux fois plus important que pour un débutant. Mais ce n’est pas lié à l’âge du travailleur. Certains développeurs de cinquante ans sont au niveau 2 et gagnent donc moins que des jeunes avec un niveau supérieur", explique le patron D’EVS.

Les entreprises ne constatent toutefois pas toujours ce même écart de salaire entre les générations. Chez Technord, une entreprise spécialisée dans les projets technologiques en génie électrique et informatique industriel, la différence entre les revenus est bien inférieure aux chiffres de l’enquête. Une plus grande harmonie que l’entreprise explique par son activité et la jeunesse de son personnel. "Nous sommes actifs dans un secteur qui demande souvent des compétences IT et techniques de pointe et donc un personnel jeune. La moyenne d’âge de nos travailleurs est d’ailleurs inférieure à 40 ans", explique Yannik Broquet, le directeur des ressources humaines du groupe.

Comme chez EVS, il n’est pas rare que des travailleurs gagnent davantage "si les responsabilités endossées et les compétences le justifient", que leurs collègues plus âgés. "Ce n’est plus un tabou au sein de l’entreprise", glisse encore le responsable.

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