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analyse

Le taux d'emploi de la Belgique revu et corrigé par Philippe Defeyt

L'économiste Philippe Defeyt juge "réducteur" le taux d'emploi utilisé pour les comparaisons internationales. ©Thierry du Bois

Le taux d'emploi de la Belgique est à la traîne. Mais selon l'économiste Philippe Defeyt, cet indicateur ne reflète pas la situation réelle.

L'indicateur de taux d'emploi considéré par la Commission européenne montre que la Belgique affichait en 2019, hors du contexte de pandémie, un taux d'emploi des 20-64 ans plutôt médiocre: 70,5%, contre 72,6% pour toute la zone euro. L'Allemagne et les Pays-Bas franchissent la barre des 80%, la France en reste à 71,6%.

"Vraiment réducteur", grince Philippe Defeyt, économiste à l'Institut pour un développement durable (IDD). Il le regrette d'autant plus que cet indicateur va encore intervenir dans le débat sur le financement des pensions.

"Pour arriver à 80%, il suffirait que la Belgique mette au travail une heure par semaine quelques centaines de milliers de personnes", ironise-t-il. "Il faut regarder plus loin, analyser chaque heure de travail prestée. Quelle productivité? Quelles rentrées pour la Sécurité sociale? Quels subsides?"

Selon le nombre total d'heures de travail

"Ces deux 'modèles' que sont l'Allemagne et les Pays-Bas doivent être relativisés."
Philippe Defeyt
Économiste à l'Institut pour un développement durable

En quoi l'indicateur d'Eurostat pose-t-il problème? Le contexte démographique a évolué différemment, avec un recul des 20-64 ans en Allemagne, mais une hausse de 10% pour la Belgique. "Or, il est plus facile de gonfler le taux d'emploi dans un contexte de baisse de la population totale que dans un contexte de hausse soutenue de celle-ci", constate l'économiste de l'IDD.

Autre paramètre important: les Pays-Bas comptent quasi deux fois plus de travailleurs à temps partiel que notre pays. Philippe Defeyt a produit un indicateur en se basant sur le nombre total d'heures de travail. Il constate que "ces deux 'modèles' que sont l'Allemagne et les Pays-Bas doivent être relativisés. Après correction, la Belgique reste à la traîne, mais dans une situation moins défavorable que ce qu'indiquent les chiffres d'Eurostat."

"Chaque heure de travail est plus productive en Belgique qu'en Allemagne et aux Pays-Bas."
Philippe Defeyt
Économiste à l'Institut pour un développement durable

Par contre, notre pays reste très faible au niveau du taux d'emploi des 55-64 ans.

Productivité et niveau de vie

En divisant le PIB par le nombre total d'heures de travail, Philippe Defeyt a également observé la productivité par heure de travail. "Et la réalité, c'est que chaque heure de travail est plus productive en Belgique qu'en Allemagne et aux Pays-Bas."

L'économiste namurois s'est aussi penché sur le nombre d'heures de travail dont dispose en moyenne chaque habitant d'un pays pour produire son niveau de vie. En Belgique, en 2019, chaque habitant pouvait compter sur le niveau de vie apporté par 768 heures de travail. Les Néerlandais atteignent presque les 875 et les Allemands profitent de 825 heures. La France fait moins bien que nous.

Des emplois, dans quel but?

Philippe Defeyt en conclut que les différences de niveaux de vie sont moins importantes que laissent penser les écarts entre les taux d'emploi traditionnels. En considérant le revenu national brut par personne en "€ PPP" (parité de pouvoir d'achat), l'Allemagne se situe à 104 si la Belgique est à 100, les Pays-Bas à 108 et la France en reste à 91.

"C'est avec des jobs de qualité, qui garantissent des revenus corrects, qu'on peut vraiment financer la Sécu."
Philippe Defeyt
Économiste à l'Institut pour un développement durable

"In fine, ce qui compte, c'est le niveau de vie par habitant", souligne l'auteur, qui précise qu'il ne faut pas pour autant négliger le système allemand. "On pourrait notamment s'en inspirer pour la formation en alternance."

Le responsable de l'IDD voudrait que le monde politique ne se trompe pas de cible. "Il faut distinguer deux préoccupations, qui peuvent se rencontrer. Donner un emploi participe à la cohésion sociale, c'est important. Mais c'est avec des jobs de qualité, qui garantissent des revenus corrects, qu'on peut vraiment financer la Sécu. Il ne faut pas 'faire du chiffre pour faire du chiffre', mais bien regarder ce qu'il y a dans la boîte noire: quel emploi, pour qui, quel apport pour la société?"

Le résumé

  • L'indicateur qui sert comparer les taux d'emplois dans l'Union européenne fait de la Belgique un mauvais élève.
  • Mais cet indicateur est réducteur, constate l'économiste Philippe Defeyt, et il est donc regrettable de l'utiliser pour mener certaines politiques.
  • Si l'on prend en compte le nombre réel d'heures prestées, notre pays ne s'en sort pas si mal

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