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"Le télétravailleur acceptera de faire un plus long trajet"

La productivité du télétravailleur risque de s'éroder sur le long terme. ©Myriam Tirler

Au-delà de certains bénéfices à court terme, le télétravail comporte aussi de nombreuses externalités négatives, note l'économiste Jacques Thisse (UCL).

Alors que le télétravail semble devoir opérer un retour en force afin de contrer la quatrième vague de l’épidémie de Covid-19, un certain nombre d’externalités négatives sont également associées au télétravail. Jacques Thisse, professeur émérite d’économie à l’UCLouvain, a étudié la question dans le cadre du 24e Congrès des économistes qui se tiendra ce jeudi à Bruxelles. Il nous livre ses principales conclusions.

Baisse de la productivité

"Dans une économie de la connaissance, il faut se parler, échanger et se rencontrer."
Jacques Thisse
Professeur émérite d'économie (UCLouvain)

Si les entreprises peuvent escompter un gain à court terme du télétravail grâce à la baisse de leurs frais de fonctionnement (espaces loués, cantines, etc.), ce bénéfice risque de s’évaporer sur le long terme sous la forme d’une érosion de la productivité.

"Dans une économie de la connaissance, il faut se parler, échanger et se rencontrer. Les informations circulent beaucoup plus vite sur le lieu de travail et des sujets délicats seront plutôt abordés près de la machine à café que par Skype. Comment créer et former une équipe en s’appuyant sur des échanges virtuels?" interroge Jacques Thisse.

L’été dernier, le patron de Wells Fargo, banque américaine qui emploie environ 250.000 personnes, a annoncé sa volonté de voir tout le monde revenir en présentiel.

Dualisation entre travailleurs

Les emplois à haute valeur ajoutée sont les plus susceptibles de pouvoir basculer en télétravail, contrairement aux moins qualifiés obligés de poursuivre les navettes. De plus, un certain nombre d’emplois moins qualifiés seront mis en péril par le télétravail des plus qualifiés. On pense par exemple aux services fournis aux entreprises (maintenance, catering, etc.) mais aussi aux commerces de proximité (cafés, restaurants, salles de sport, supérettes, etc.).

Désertion des centres-villes

"Certains centres urbains pourraient devenir peu fréquentables une fois le soir tombé."
Jacques Thisse
Professeur émérité d'économie (UCLouvain)

C’est sans doute une des conséquences les plus palpables du télétravail. Les immeubles de bureaux étant désertés, ce sont des quartiers entiers qui vont changer de visage. "Les établissements horeca et les commerces de proximité vont partir, faute de clients. Certains centres urbains pourraient devenir peu fréquentables une fois le soir tombé", prévient Jacques Thisse.

Bruxelles semble particulièrement exposée à ce risque. "Bien que n’ayant pas la taille d’une métropole, Bruxelles héberge beaucoup d’activités de services en raison de la présence des institutions européennes. Les pouvoirs publics bruxellois devront faire preuve de dynamisme pour attirer de nouvelles activités dans les espaces de bureaux inoccupés", suggère l’économiste.

Mobilité illusoire

Une récente étude du Bureau du plan a montré que la chute brutale du nombre de navetteurs au printemps 2020 n’a pas provoqué une baisse équivalente du nombre de kilomètres parcourus sur nos routes.

"Le télétravailleur se rendra moins souvent au bureau, mais il acceptera de faire un plus long trajet."
Jacques Thisse
Professeur émérité d'économie (UCLouvain)

Jacques Thisse explique pourquoi: "Les acteurs économiques vont modifier certains de leurs comportements. Ainsi, les télétravailleurs effectueront des petits déplacements qu’ils n’auraient pas parcourus en temps normal, comme aller plusieurs fois par semaine faire des courses ou rendre visite à un membre de la famille, par exemple."

Le télétravail permet également d’aller habiter plus loin des centres urbains, là où l’immobilier est moins cher. Jacques Thisse a étudié le phénomène dans le numéro 164 de Regards Economiques de l’Ires (l’institut de recherches économiques de l’UCLouvain). "Le télétravailleur se rendra moins souvent au bureau, mais il acceptera de faire un plus long trajet. Le phénomène est déjà à l’œuvre dans des villes très chères comme Paris ou San Francisco. Au final, les distances parcourues ne vont pas spectaculairement baisser."

Le résumé

  • Le bénéfice à court terme du télétravail risque de s’évaporer sur le long terme sous la forme d’une érosion de la productivité.
  • Les immeubles de bureaux étant désertés, certains quartiers urbains pourraient devenir moins fréquentables.
  • Les travailleurs peu qualifiés peuvent moins facilement prétendre au télétravail.
  • Les distances parcourues sur nos routes ne vont pas spectaculairement baisser.

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