Le vrai bilan des jobs, jobs, jobs

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Des jobs créés sous le gouvernement Michel, lesquels sont le fruit de la conjoncture et ceux stimulés par l’action gouvernementale? Réponse avec une étude de la KUL.

"Lambition est de mener une politique de croissance visant à renforcer notre compétitivité et assurant ainsi que nos entreprises créent des emplois supplémentaires." C’est la première phrase de l’accord de gouvernement de l’équipe Michel. Par la suite, le Premier ministre MR a traduit cette ambition dans son slogan "jobs, jobs, jobs", qu’il a répété à maintes reprises. Non sans succès: depuis l’entrée en fonction du gouvernement en octobre 2014, près de 230.000 emplois supplémentaires ont été créés en Belgique.

12.000
emplois
12.000 postes ont été créés dans le secteur public.

Le secteur privé représente 166.000 de ces nouveaux emplois, dont 133.000 employés et 33.000 indépendants. 50.000 emplois ont été créés dans le secteur des soins et 12.000 postes dans le secteur public. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir quel est le nombre d’emplois réellement créés grâce aux mesures gouvernementales et ceux créés grâce à l’amélioration de la conjoncture économique, qui s’est relativement bien comportée ces dernières années.

Comme on pouvait s’y attendre, le gouvernement s’autocongratule, affirmant avoir pris des mesures difficiles comme le saut d’index et la baisse des impôts via le tax shift. Ces mesures auraient donné de l’oxygène aux entreprises qui les ont utilisées pour créer des emplois. D’après les partis d’opposition et les syndicats, c’est du non-sens. Ils martèlent que les nouveaux emplois sont surtout le résultat de la reprise économique. L’argent du saut d’index et du tax shift aurait selon eux disparu dans les poches des actionnaires.

Etude de la KULeuven

La nouvelle étude publiée par Joep Konings et Gert Bijnens, deux économistes de Vives, un institut de recherche associé à la KULeuven, tente de clarifier le débat. Les chercheurs ont calculé l’impact de la politique gouvernementale sur la création d’emplois dans le secteur privé. Ils ont fait abstraction des indépendants pour se focaliser uniquement sur les employés. Leur conclusion, c’est que sur les 133.000 nouveaux postes, 73.000 (soit 55%) sont le résultat des mesures gouvernementales.

"Les réductions des coûts salariaux sont un cadeau pour l'emploi" (FEB)

"Cette étude indique que les mesures prises par le gouvernement pour renforcer la compétitivité sont la principale raison de la forte création d'emploi dans le secteur privé ces dernières années", déclare Pieter Timmermans, administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB).

"Au moins 80.000 emplois supplémentaires, soit 55% de la création d'emploi dans le secteur privé, sont directement imputables à ces mesures. Si nous voulons augmenter davantage notre taux d'emploi, nous devons poursuivre sur la voie empruntée. Une voie qui passe par des entreprises plus compétitives qui peuvent croître, osent investir dans l'avenir et créent ainsi de la prospérité et des emplois."

À l’instar de l’exécutif, les chercheurs sont partis du principe que les coûts salariaux étaient trop élevés. "Plus la main-d’œuvre coûte cher, plus la demande est faible, et moins on crée d’emplois", rappellent-ils. Grâce au saut d’index, au tax shift et à une série d’autres mesures, le gouvernement Michel a essayé de réduire ce handicap salarial.

D’après les chercheurs, le fossé par rapport à la France a été comblé. Si l’on tient compte des différences de productivité et d’autres corrections, une heure de travail coûte à peu près la même chose dans une entreprise française ou belge. Avec l’Allemagne, l’écart s’est réduit, mais une heure de travail chez nos voisins teutons coûte encore 10% de moins qu’en Belgique. Idem pour les Pays-Bas.

L’étude montre également que le tax shift a eu un impact tout aussi important sur l’emploi. À terme, les entreprises ne paieront plus 33%, mais 25% de cotisations sociales sur les salaires bruts. Les chercheurs affirment que 35.000 postes ont pu être créés grâce à cette mesure.

Le saut d’index – qui a supprimé une indexation de 2% des salaires – a permis de créer 27.000 nouveaux emplois. Suite à la réforme de la loi sur les salaires – qui ralentit la hausse des salaires – 11.000 emplois ont pu voir le jour. On s’attend à ce que l’effet positif de ces mesures continue à se faire sentir au cours des prochaines années.

"C’est surtout dans les métiers peu qualifiés, que les coûts salariaux ont un impact déterminant."
Joep Konings
Economiste de Vives (KUL)

Emplois peu qualifiés

D’après Joep Konings, le prochain gouvernement pourra découvrir dans l’étude que d’autres efforts seront nécessaires pour combler le handicap salarial par rapport aux Pays-Bas et à l’Allemagne. Ils devront principalement se concentrer sur les emplois peu qualifiés. "C’est surtout dans ces métiers que les coûts salariaux ont un impact déterminant sur la création d’emplois", explique-t-il.

Contrairement aux Pays-Bas et à l’Allemagne, on trouve chez nous peu d’emplois faiblement rémunérés destinés aux personnes peu qualifiées. Résultat: la moitié seulement des travailleurs à faible qualification ont un emploi. "Le prochain gouvernement devra s’attaquer à ce problème. Il faudra commencer par revoir en profondeur toutes les déductions et plans pour l’emploi existants, supprimer ce qui ne fonctionne pas et utiliser cet argent pour une baisse générale des charges sur les bas salaires", conclut Joep Konings.

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