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Les Belges cumulent les emplois

De plus en plus de Belges cumulent deux emplois. A cause de la crise, par passion, pour meubler les temps libres. Les raisons sont multiples!

En 2012, 190.821 Belges exerçaient ainsi deux jobs. Cela ne représente qu’une petite proportion des travailleurs: 4,2% très précisément. Mais c’est tout de même 13% de plus qu’il y a cinq ans, en 2008, avant le déclenchement de la tempête économique que nous connaissons (3,8% de l’ensemble de la main-d’œuvre à l’époque). Une situation paradoxale quand on sait que le chômage a augmenté pendant la même période…

Et encore: ce chiffre "officiel" masque sans aucun doute un phénomène de plus grande ampleur. Il n’est pas rare que ces petits "extras" soient effectués "en noir". Qui ne connaît pas un bricoleur amateur qui effectue quelques menus travaux non déclarés en soirée ou le week-end, en dehors de son boulot "normal"? Sans parler de ceux qui prolongent leur activité habituelle par quelques heures sup’ dont le fisc ignore l’existence, à l’instar des "cours particuliers" donnés par certains enseignants.

L’effet de la crise…

La crise joue vraisemblablement un rôle. Un nombre croissant de travailleurs a des difficultés à nouer les deux bouts. Les syndicats dénoncent d’ailleurs régulièrement une certaine précarisation du marché du travail. Elle se traduit par une augmentation du nombre de "travailleurs pauvres", de contrats précaires (intérim, temps partiel, CDD à durée déterminée) et aussi par un recours plus fréquent à un deuxième boulot pour boucler les fins de mois. Le quasi-gel des salaires observé depuis plusieurs années n’arrange évidemment pas les choses. Selon une étude publiée il y a quelques jours par l’institut syndical européen, les salaires n’ont progressé en moyenne que de 0,09%, en termes réels, entre 2009 et 2012.

… mais pas seulement

La crise est donc une explication au phénomène. Mais elle n’est pas la seule. Il existe aussi d’autres raisons qui poussent à accepter un deuxième emploi: la passion pour telle ou telle activité, une volonté de meubler utilement ses temps libres ou tout simplement l’envie d’augmenter son pouvoir d’achat et ainsi financer des vacances, des rénovations chez soi, d’autres loisirs…

Dans 60% des cas, le deuxième emploi est exercé à titre d’indépendant complémentaire. Le profil type de la personne qui cumule est un homme, âgé de 25 à 49 ans, et diplômé. En effet, les personnes qui ont un niveau d’instruction élevé sont surreprésentées. Comment l’expliquer? Quelqu’un dont l’activité principale est (très) qualifiée a une meilleure formation, il peut tisser des réseaux, nouer des contacts qui ouvrent plus facilement les portes d’un second job. C’est en tout cas une hypothèse probable. Une autre — plus douteuse, et de toute façon impossible à vérifier — est que les moins qualifiés auraient davantage recours au travail au noir, ce qui biaiserait la statistique.

En tout état de cause, le nombre élevé de diplômés ayant un deuxième emploi tend à relativiser l’impact de la crise, même si — comme on le constate aussi en analysant les capacités d’épargne des Belges — la nécessité d’"arrondir" ses revenus dépend aussi du train de vie que l’on mène.

Environ 15% des travailleurs ayant un second emploi occupent celui-ci dans les secteurs de la santé et de l’action sociale (gardes malades, gardes d’enfants…), 14% se retrouvent dans l’enseignement. Suivent, avec environ 8% chaque fois, des professions plus techniques (construction, réparation automobile…) ou commerciales. Certains secteurs se prêtent évidemment mieux à ces jobs complémentaires. Des métiers, par exemple ceux aux horaires décalés, permettent aussi plus aisément d’organiser, d’un point de vue purement pratique, une autre activité sur le côté.

Le phénomène n’est pas propre à la Belgique. La pratique est courante aux Etats-Unis. L’Allemagne bat des records en la matière. Au sein de l’Union européenne, plus de 8,2 millions de personnes sont dans ce cas, en dépit de la situation provoquée par la récession, singulièrement dans les pays du Sud, comme la Grèce, l’Espagne ou l’Italie où il est déjà bien compliqué de trouver… un premier emploi.

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