Les effets retour des subsides aux universités surestimés

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Chaque euro investi dans l’enseignement supérieur rapporterait, selon l’OCDE, 4 euros en effets retour. Un calcul trop optimiste, selon deux chercheurs de la KU Leuven.

Subsidier l’enseignement supérieur coûte beaucoup d’argent aux pouvoirs publics. D’après l’édition 2018 des "Indicateurs de l’Enseignement", un étudiant universitaire en Communauté française coûtait en 2017 en moyenne 7.804 euros par an. L’étudiant du supérieur non universitaire coûtait, lui, en moyenne 5.463 euros par an.

Ce coût est heureusement contrebalancé par des effets retour. En effet, une fois sur le marché du travail, les diplômés génèrent davantage de recettes fiscales et de cotisations. Ils gagneront en effet mieux leur vie que s’ils n’avaient pas obtenu de diplôme.

4,37 €
L’OCDE chiffre les effets retour à 4,37 euros pour 1 euro investi dans l'enseignement supérieur en Belgique.

Dans son récent rapport "Education at a glance 2020", l’OCDE a chiffré ces effets retour pour la Belgique à 4,37 euros pour 1 euro investi. En Allemagne, l’effet retour serait de 3,40 euros, aux Pays-Bas, 5,83 euros et en France, 3,23 euros. Si on pousse plus loin la logique, on devrait conclure qu’il faut investir davantage dans l’enseignement supérieur puisque les finances publiques y gagnent à tous les coups.

Taux d’échec élevé

Des chercheurs de la KU Leuven montrent cependant que les choses ne sont pas si simples. Dans la publication "Leuvense Economische Standpunten n°180", Koen Declercq et Erwin Ooghe jugent les effets retour largement surestimés par l’OCDE. Celle-ci ne tient pas compte du taux d’échec ni de ce que les parents seraient prêts à mettre de leur poche pour que leurs enfants puissent bénéficier de l’enseignement supérieur.

D’après les deux chercheurs louvanistes, l’effet retour serait au contraire proche de 1,08 euro exactement. Ce qui signifie que l’argent public injecté dans l’enseignement supérieur revient à un moment ou un autre dans les caisses de l’Etat. C’est déjà ça.

1,08 €
D'après la KUL., l'effet retour d'un euro investi dans l'enseignement supérieur ne dépasserait pas 1,08 euro.

L’excès d’optimisme de l’OCDE s’explique par trois hypothèses erronées. Premièrement, elle présume que tout étudiant qui s’inscrit réussit ses études et sort avec un diplôme en poche. Or le taux d’échec demeure élevé. D’après l’OCDE justement, le taux de réussite des étudiants en Belgique est de 67%. Les auteurs vont plus loin: ils considèrent que si on augmente les subsides, on touchera un public de plus en plus large mais qu’en même temps, le taux de réussite va diminuer.

A combien le minerval?

La deuxièmement hypothèse erronée de la part de l’OCDE, c’est de présumer qu’en l’absence de subsides, personne ne se lancerait dans des études supérieures. Les auteurs ne nient pas qu’un relèvement du minerval puisse avoir un impact négatif sur le taux d’inscription aux études supérieures. "Mais il ne faut pas en exagérer l’ampleur", corrigent-ils.

D’après une simulation qu’ils viennent de réaliser, un doublement du minerval (de 1.000 à 2.000 euros) ne réduirait que de 2,67% la participation aux études supérieures. Ce qui correspond à une élasticité de 0,37.

Autrement dit, si on augmente les subsides de 1%, le taux de participation n’augmenterait que de 0,37%. Actuellement, 70% des rhétoriciens se lancent dans des études supérieures. En l’absence de subsides, seuls 44% des rhétoriciens entameraient des études supérieures.

De même, d’après les calculs de Koen Declercq et Erwin Ooghe, si on réduit le minerval de 1 euro, le coût final pour la collectivité sera inférieur à 1 euro grâce aux effets retour. Mais il subsistera quand-même un coût net de 0,27 euro pour la collectivité.

La troisième erreur d’analyse de l’OCDE a trait au marché du travail. Plus on produit des diplômés de l’enseignement supérieur, moins ceux-ci pourront nourrir des prétentions salariales sur le marché du travail. Par conséquent, les cotisations escomptées au titre d’effets retour seront moins importantes.

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