"Les entités fédérées pourraient économiser 200 millions d'euros"

Jean Deboutte (photo) et Alexandre De Geest, de l'Agence de la dette, rappellent que l'intervention de la BCE sur les marchés est salutaire pour garder des taux d'intérêt bas. ©Tim Dirven

L'Agence de la dette entrevoit 200 millions d'économie si les entités fédérées empruntent via le niveau fédéral. Un montant record sera à financer pour l'Etat cette année, mais l'agence n'a guère d'inquiétude.

Le rapport annuel 2019 de l'Agence de la dette était présenté ce mercredi. Mais les chiffres de l'an dernier perdent beaucoup de leur intérêt au regard des événements de ce printemps 2020. La crise du Covid-19 a entraîné d'importants besoins financiers, ce qui impacte directement le financement et la dette de l'État

"Cette stratégie d'allongement était là pour limiter les risques, et cette année un risque est arrivé."
Alexandre De Geest
Administrateur général de l'administration de la Trésorerie

"La stratégie d'augmenter la durée du portefeuille n'a pas eu comme effet néfaste une diminution moindre des charges d'intérêt comme dans d'autres pays. Ça nous conforte dans le fait que c'était la bonne stratégie", note Alexandre De Geest, administrateur général de l'administration de la Trésorerie. "Cette stratégie d'allongement était là pour limiter les risques, et cette année un risque est arrivé. La Banque nationale prévoit une hausse d'environ 10% du déficit. Nos besoins de financement augmenteront fortement. L'allongement de la dette permet d'avoir des montants à financer chaque année nettement plus faibles qu'avec d'autres stratégies."

60,35
milliards d'euros
Pour 2020, le Trésor estime ses besoins de financement à 60,35 milliards d'euros

Montant record 

Ainsi, si la dette augmente en valeur absolue, le coût de cette dette baisse. "Cela permet d'absorber le choc sans trop de difficultés et d'assurer le financement de l'État à des coûts en ligne avec ce qu'on avait précédemment." Les interventions massives de la BCE sont aussi saluées. "Il faudrait aussi que l'inflation reste positive et s'approche des 2%, voire passe au-dessus. La BCE peut créer de l'inflation en maintenant les taux d'intérêt bas, c'est doublement important", précise Jean Deboutte, directeur de l'Agence fédérale de la dette.

"Il faudrait aussi que l'inflation reste positive et s'approche des 2%, voire passe au-dessus."
Jean Deboutte
Directeur de l'Agence de la dette

En 2020, le Trésor estime ses besoins de financement à 60,35 milliards d'euros (contre 34,7 milliards d'euros en 2019). C'est un record, c'est plus que les 57,34 milliards levés en 2008 lors de la crise financière. Le Fédéral a besoin de 40 milliards pour financer son déficit budgétaire et de 19 milliards pour refinancer les obligations arrivant à échéance. Le Trésor a déjà emprunté 31,2 milliards à long terme cette année. C'est 64% du montant qu'il souhaite lever sur l'ensemble de l'année avec des obligations linéaires (OLO). Il arrive à emprunter à très bon compte grâce aux taux fort bas.

Économies possibles?

"Le but n'est pas de plaider pour une refédéralisation de la dette."
Alexandre De Geest
Administrateur général de l'administration de la Trésorerie

L'Agence de la dette a réalisé une étude montrant que si les entités fédérées se finançaient via elle, cela permettrait des économies en charges d’intérêts, grâce à un taux plus faible. Avec la dette de 63,2 milliards d'euros des Régions et Communautés, 200 millions d’euros d’économies annuelles, en charges d’intérêts, seraient à terme possibles. "Ce n'est qu'un avis technique", insiste Alexandre De Geest. "Le but n'est pas de plaider pour une refédéralisation de la dette."

Que pense-t-on de l'idée au niveau des Régions? Jean-Luc Crucke, ministre wallon des Finances et du Budget, s'étonne du chiffre mais accepte l'idée d'économies possibles. Il souligne cependant que le procédé ferait grimper les taux du Fédéral. "Le ministre sera-t-il d'accord? En outre, cela va à l'encontre du principe de responsabilisation budgétaire des entités. Sans compter que la Wallonie n'a jamais eu des taux aussi bas que maintenant."

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