Les finances des hôpitaux, ce fragile édifice en péril

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La moindre perturbation peut avoir des conséquences catastrophiques sur la santé financière des hôpitaux, avertit Belfius. Santé qui n’est déjà pas bien brillante: près d’une institution sur trois a fini 2018 dans le rouge. Et ce alors que les défis sont nombreux: vieillissement, investissements et réseaux à constituer.

C’est ce qui s’appelle un classique. Cela fait vingt-cinq ans que la banque Belfius décortique les comptes des hôpitaux en Belgique, afin d’en extraire une analyse sectorielle. Voici donc le cru 2018 de l’étude "Maha", pour "model for automatic hospital analyses", qui s’est penchée au chevet des 44.422 lits répartis dans les 91 hôpitaux généraux que comptait le pays en 2018. Avec une conclusion claquant comme un avertissement: si la santé financière des hôpitaux s’est légèrement améliorée par rapport à 2017, celle-ci reste éminemment fragile. "La moindre perturbation des revenus peut avoir des conséquences catastrophiques pour le secteur", écrit Belfius.

Un contexte budgétaire pas forcément radieux. Un point météo en guise d’apéritif. Le contexte budgétaire dans lequel évoluent les hôpitaux est un rien plombé. Prenez la norme de croissance encadrant l’évolution du budget des soins de santé. Après avoir caracolé à 4,5% durant une dizaine d’années, celle-ci a été rabotée à partir de 2013 pour finir à 1,5% sous Michel.

"Des réformes dans le mode de financement sont indispensables afin d’améliorer la santé financière des hôpitaux."
Belfius

Le hic, c’est que ce cap s’annonce difficile à tenir dans les années à venir. D’après le Bureau fédéral du plan, le budget des soins de santé devrait évoluer de 2,5% chaque année afin de coller à l’évolution des besoins. Et à l’horizon 2024, l’écart entre la norme actuelle et lesdits besoins pourrait s’élever à quelque deux milliards d’euros. Pas étonnant dès lors que du côté de l’Inami, on plaide pour une hausse de cette norme. Ce n’est pas tout: les coûts liés au vieillissement ne feront que croître d’ici 2040, mettant sous pression la sécurité sociale.

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Ajoutez à cela que les finances publiques belges devront être redressées. Or à ce petit jeu, la Sécu est souvent considérée comme une variable d’ajustement.

  • Plus d’admissions, moins de journées. La tendance est marquée. Entre 2014 et 2018, le nombre d’admissions a progressé de 0,5% par an, tandis que le nombre de journées passées dans les hôpitaux chutait de 0,8% par an. Comme presque partout en Europe, les séjours hospitaliers raccourcissent. Et les soins ambulatoires prennent de l’ampleur: s’ils ne représentent, en 2018, que 18% des journées réalisées, ils pèsent pas moins de 59,8% des admissions.
  • Presque un hôpital sur trois est dans le rouge. Allez, une bonne nouvelle. Le chiffre d’affaires des hôpitaux, porté notamment par les produits pharmaceutiques et les honoraires, continue à progresser. Entre 2017 et 2018, il a grimpé de 5,2% pour se fixer à 15,54 milliards. Sauf que l’enthousiasme ne résiste guère à l’analyse. "Abstraction faite des éléments exceptionnels, le résultat courant ne s’élève qu’à 31,8 millions", pose-t-on chez Belfius. Soit à peine 0,2% du chiffre d’affaires, même si c’est déjà un rien mieux qu’en 2017 (24,4 millions). La santé financière du secteur est fragile. Jugez plutôt: près d’un hôpital sur trois (32%) a clôturé 2018 avec des comptes dans le rouge – ils étaient 44% un an plus tôt. Et 20% des institutions affichent un cash flow insuffisant pour rembourser les dettes échéant dans l’année.
  • Trop de patients par blouse blanche? En 2018, la rémunération du personnel, représentant 42,8% du chiffre d’affaires du secteur, a crû de 3,1%. Parce que le nombre d’équivalents temps plein a grimpé (+ 1,3%), de même que leur coût (+ 1,9%). Il n’empêche: la Belgique reste un pays où le nombre de patients par infirmier ou infirmière est relativement élevé: 10,7, contre une moyenne européenne de 9.
  • Quelques défis pour l’avenir. Le vieillissement risque de secouer la Sécu? Il ne facilite pas non plus le regroupement des hôpitaux en réseaux, la charge des pensions du personnel statutaire constituant un des obstacles. Citons encore la capacité d’investissement sous pression du fait de la fragilité financière, ou la réforme du financement du secteur qui reste à mener, la méthode actuelle incitant à la surconsommation et manquant tant de transparence que de prévisibilité.

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