Les patrons wallons misent sur les entrepreneurs "créateurs de valeur"

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L’Union wallonne des entreprises adresse son plan d’action au futur gouvernement. Moins de dispersion des moyens pour mieux soutenir les écosystèmes qui créent véritablement de la valeur. Exemple? La société de nettoyeuses industrielles Glutton.

Bulletin: peut mieux faire. C’est en substance la note décernée par l’Union wallonne des entreprises (UWE) à la politique wallonne de soutien aux entreprises. Sur ces 15 dernières années, estime l’UWE, le redressement de la Région n’a pas été marquant malgré les politiques incitatives mises en place, qui n’ont pas réussi à créer un cercle vertueux.

"Au mieux, on a réussi à maintenir la Wallonie à flot, et encore. Mais pas à créer de croissance et de valeur ajoutée", constate Olivier de Wasseige, administrateur-délégué de l’UWE.

Balayant les indicateurs économiques, il observe que si le taux chômage s’est amélioré depuis 2000, le taux d’emploi reste quant à lui très en-dessous des objectifs européens. "Il n’y a toujours pas assez de personnes qui travaillent et qui contribuent à la valeur ajoutée", pointe encore l’UWE dans sa dernière étude économique.

"Il n’y a toujours pas assez de personnes qui travaillent et qui contribuent à la valeur ajoutée."
UWE

Pourtant, le dynamisme entrepreneurial est bien présent. Le taux de création d’entreprise au sud du pays est assez similaire au nord, mais le taux de survie y est beaucoup plus problématique. Résultat, le taux de création net est sensiblement plus faible dans les provinces wallonnes. "Et malgré quelques belles pépites, cela fait des années que l’on a plus vu émerger des start-ups qui sont devenues des entreprises structurantes pour la Région comme le furent des IBA, Iris, EVS ou Eurogentec…"

Olivier de Wasseige pointe en exemple la société andennoise Glutton qui a inauguré mardi un nouveau hall de montage pour ses nettoyeuses industrielles. Un investissement de 8,5 millions d’euros pour un produit innovant, qui crée un nouveau marché, marche très bien à l’exportation et vise à doubler son personnel dans les années à venir. "Voilà ce que l’on peut appeler une entreprise créatrice de valeur", montre de Wasseige.

Cercle vertueux

Alors quelles solutions propose l’UWE pour enclencher ce fameux cercle vertueux? "Il faut distinguer deux types d’entrepreneurs. Un: le propriétaire dont l’activité se maintient à niveau. Il remplace une entreprise disparue, il répond à l’accroissement de la demande ou prend des parts de marché à ses concurrents. C’est bien, mais c’est une croissance naturelle", commente de Wasseige.

L’autre type d’entrepreneur, "schumpetérien", selon l’UWE, mérite toute l’attention. C’est celui qui, à l’image de Christian Lange, le fondateur de Glutton, ouvre un nouveau marché, celui des aspirateurs de rue alors qu’il était revendeur de tondeuse. "Et qui continue d’innover dans de nouveaux développements avec une nettoyeuse industrielle. Il est passé de quelques personnes à 94 aujourd’hui, le double dans 5 ans", fait remarquer de Wasseige.

L’UWE prône la recherche d’écosystèmes où 6 éléments sont présents: les moyens financiers, le capital humain, le marché, la culture d’entreprise, le bon support et une politique favorable.

Pour favoriser l’émergence de ce type d’entrepreneurs, l’UWE prône la recherche d’écosystèmes où 6 éléments sont présents: les moyens financiers, le capital humain, le marché, la culture d’entreprise, le bon support et une politique favorable.

"Et il y en a. C’est le cas autour de Louvain-la-Neuve, sur le campus Initialis, à l’aéroport de Charleroi", explique le patron de l’UWE. "C’est l’action la plus cruciale à mener: identifier de tels écosystèmes potentiels mais auquel il manque aujourd’hui l’un de ces éléments ou qui sont trop petits pour se développer."

Plus que les pôles de compétitivité, ce sont donc ces micro-organismes qu’il faut cultiver, pour éviter de trop disperser les moyens à disposition. "Nous demandons par exemple que 100 millions supplémentaires soient consacrés à la recherche et au développement. 100 millions c’est la charge de la dette actuelle. Aujourd’hui, on soutient tous azimuts mais pas assez ces entrepreneurs schumpetériens! Et peu importe la taille. Ce qui importe, c’est la création de valeur et l’innovation. Et cela passera par une politique plus ciblée et surtout plus ambitieuse", dit encore de Wasseige à l’adresse du futur gouvernement wallon.

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