Les pénuries de main-d'œuvre bientôt un frein à l'investissement

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L’investissement global en Belgique est reparti à la hausse, tiré par l’investissement des entreprises. L’investissement public, par contre, est à la traîne. Une situation qui n’est pas sans risque, prévient la BEI. Les entreprises réclament des investissements publics dans la mobilité et la formation.

La difficulté de trouver de la main-d’œuvre qualifiée risque de constituer un frein à l’investissement et, partant, à la croissance économique de la Belgique. C’est le constat que dresse la Banque européenne d’investissement (BEI) à partir d’une enquête présentée lors d’une journée d’étude organisée hier à Bruxelles par la Banque nationale. Cette enquête livre plusieurs enseignements.

  • L’investissement est reparti à la hausse.

La Belgique présente un des plus hauts taux d’investissement de la zone euro. La formation brute de capital fixe atteint 23,5% du produit intérieur brut (PIB), contre une moyenne européenne d’à peine plus de 20%. En outre, l’investissement en extension des capacités de production a pris le relais de l’investissement de remplacement. C’est le signe d’une amélioration du climat conjoncturel. Le constat vaut d’ailleurs pour l’ensemble de la zone euro.

  • L’investissement public en panne.

En soi, la reprise de l’investissement est une bonne nouvelle. Sauf que ce résultat est dû pour 90% à l’investissement privé, c’est-à-dire les entreprises. L’investissement public en Belgique représente un peu plus de 2% du PIB, bridé par les contraintes budgétaires.

"Il y a du potentiel pour faire davantage que ce que nous faisons actuellement."
andrew mc dowell
vice-président de la bei

Un tel déséquilibre n’est pas sans risque, prévient Natacha Valla, directrice de la stratégie à la BEI. "Lorsque l’investissement public devient tellement faible qu’il ne suffit plus à maintenir le stock de capital public, alors se pose un problème." Le stock de capital public en Belgique représente environ 36% du PIB, ce qui est assez faible. "Nous ne sommes pas encore au point de rupture, mais si cette situation devait perdurer, cela risquerait de devenir problématique. Faute de pouvoir compter sur un retour sur investissement suffisant, les opérateurs privés pourraient être tentés d’investir ailleurs qu’en Belgique", souligne-t-elle.

Reste à voir comment concilier besoin d’investir et respect du cadre budgétaire. "Peut-être faudrait-il plancher sur une réduction des dépenses courantes afin de dégager de la marge pour l’investissement", suggère Natacha Valla.

  • Des besoins en transport et formation.

Les entreprises nourrissent pourtant des attentes vis-à-vis des pouvoirs publics. C’est principalement dans les domaines des infrastructures de transport et de la formation de la main-d’œuvre que les entreprises en Belgique attendent un coup de pouce. Cela n’est pas une surprise vu les problèmes de mobilité dans notre pays et compte tenu de la situation de plus en plus tendue sur le marché de l’emploi.

  • Le climat politique et les pénuries de main-d’œuvre inquiètent.

Aux yeux des entreprises, les principales barrières à l’investissement à long terme sont l’incertitude politique et les rigidités sur le marché du travail. Le Brexit tracasse particulièrement les entreprises, de même que les scrutins électoraux qui remettent régulièrement en question le projet européen. Au niveau du marché du travail, les difficultés pour trouver la main-d’œuvre adéquate peuvent constituer un frein à l’investissement et à la croissance. Ces préoccupations sont beaucoup plus marquées que lors de la même enquête réalisée en 2016.

  • Vivement le pacte national d’investissement.

Dans ces conditions, le pacte national d’investissement du gouvernement Michel – 9 milliards d’euros d’ici 2020 – est plus que jamais nécessaire. Le pacte s’articule autour de plusieurs axes stratégiques (sécurité, mobilité, santé numérique, justice, etc.). "Nous discuterons avec les autorités belges lorsque nous connaîtrons les détails du pacte, indique Andrew McDowell, vice-président de la BEI. Et nous serons heureux de supporter le pacte. (...) Il y a du potentiel pour faire davantage que ce que nous faisons actuellement."


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