Les poires belges parviennent à contourner l'embargo russe

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Bannie de Russie, la poire belge emprunte des circuits parallèles, via la Turquie ou l’Azerbaïdjan, pour retrouver sa place dans les étals de Moscou.

Aussi surprenant que cela puisse être, il est encore possible de consommer des poires belges en Russie. Embargo ou pas!

Poire clandestine?

Depuis l’embargo décrété par Moscou sur les produits agroalimentaires européens, les poires belges sont bannies des étals moscovites. Théoriquement car les producteurs belges se sont organisés pour continuer à écouler une partie de leurs stocks de poires en Russie. "Des marchés parallèles se sont organisés pour atteindre la Russie. Mais il n’y a rien d’illégal", nous explique un responsable du secteur. Un autre embraye: "Les circuits sont perméables. Il y a moyen de les contourner."

La filière s’est mise en place il y a quelques mois au départ d’un constat. Il fallait trouver des solutions pour faire face à des stocks de poires importants et des frigos pleins à craquer. Au 1er novembre 2014, les stocks de poires en Belgique s’élevaient à 294.000 tonnes, soit 18% de plus qu’en 2013.

La première bonne nouvelle a été la hausse des exportations vers le Royaume-Uni et l’Allemagne. La Région wallonne a également activé le réseau d’attachés commerciaux de l’Awex pour trouver de nouveaux débouchés. L’initiative est cependant insuffisante car si les recherches ont abouti à une liste de 850 importateurs potentiels, le secteur juge les possibilités limitées. "Il faut 4 à 5 ans pour ouvrir un nouveau marché à l’exportation. Cette liste ouvre bien des possibilités mais à des prix cassés", reconnaît un des responsables du secteur.

Circuit parallèle

Le constat est donc là: il est difficile de se défaire du jour au lendemain d’un marché quand celui-ci représente 30% de l’exportation belge. "La Russie reste un marché à exploiter", confie-t-on.

Pour contourner l’embargo, les poires ont emprunté un circuit parallèle. Tout commence chez le producteur. "Les coopératives nous ont demandé il y a deux mois de livrer nos poires dans des emballages qui ne font pas référence au pays d’origine. Il n’y a pas d’étiquette. Il ne faut pas mettre de label européen sur l’emballage", explique un producteur. La suite est facile. Les coopératives, toutes situées en Flandre, vendent les poires à des acheteurs qui sont basés dans des pays qui ne sont pas frappés par l’embargo russe. "Ces fruits partent vers la Turquie ou l’Azerbaïdjan avant d’être acheminés vers la Russie. Il n’y a donc rien d’illégal. Nous, producteurs, fournissons aux coopératives. On ne sait pas où nos poires partent".

Des routes fragiles

La situation est connue du ministre wallon de l’Agriculture. "Il semblerait que des produits arrivent en Russie via la Turquie et les pays baltes", constate René Collin (cdH). Il évoque également un transit via la Pologne. "La poire aurait trouvé de nouveaux marchés en Pologne où le produit est envoyé en vrac pour y être trié et emballé et, semble-t-il, revendu vers la Russie."

Ces nouvelles routes commerciales sont cependant fragiles souligne le ministre de l’Agriculture en réponse à une interpellation de la députée socialiste Graziana Trotta. "La dévaluation du rouble pourrait inciter les exportateurs à arrêter les échanges commerciaux par crainte de non-paiement".

Les producteurs wallons de poires n’ont donc pas fini de payer les conséquences de l’embargo russe. La situation serait cependant bien plus catastrophique pour le secteur de la pomme affecté par les stocks dans les autres pays européens. Face à ce constat, différentes actions sont menées par la Région afin de maintenir les pommes et les poires wallonnes dans les étals des grandes surfaces face aux produits importés. La députée Graziana Trotta (PS) juge de son côté indispensable de convoquer l’ensemble des producteurs wallons afin de mettre en place des solutions structurelles.

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