Les salaires progressent plus rapidement dans le secteur public

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De 1995 à 2015, les salaires ont davantage progressé dans le secteur public que dans le secteur privé. En cause principalement, les effets de la crise de 2008 et un pouvoir de négociation moindre dans le secteur privé.

Qui a dit que le secteur public ne payait pas bien? Ces vingt dernières années, la progression des salaires des fonctionnaires (y compris les enseignants et les travailleurs du non-marchand) a été de 5% plus élevée que dans le secteur privé. C’est ce que montre une étude de l’Ires, l’Institut de recherches économiques et sociales (UCLouvain).

L’étude, qui porte sur la période 1995-2015, examine le rôle des interactions salariales entre secteur privé et secteur public. Autrement dit, des hausses de salaires octroyées dans un secteur peuvent-elles provoquer des hausses dans l’autre? Cet exercice fournit un certain nombre d’enseignements.

• Effet de contagion entre public et privé

"On ne récupérera jamais tout à fait ce qui a été perdu en 2008-2009."
Henri Sneessens
Professeur d’économie

Les observations de l’Ires sur la période 1995-2015 suggèrent qu’une hausse des salaires dans le secteur public entraîne à court terme une hausse des salaires dans le secteur privé et vice-versa. Environ la moitié (52%) d’une variation de salaire observée dans un secteur est répercutée dans l’autre secteur après un ou deux trimestres. Pourquoi? "Parce que la Belgique se caractérise par un degré relativement élevé de centralisation et de coordination dans la formation des salaires", répond Henri Sneessens, professeur d’économie à Luxembourg, chercheur associé à l’Ires et coauteur de l’étude.

Cet effet de contagion joue dans les deux sens. Il n’y a donc pas de secteur "leader" qui aurait une influence prépondérante sur la formation des salaires de l’autre secteur ("follower"). Cette absence de secteur leader désamorce la crainte d’effets de distorsion pour la compétitivité et l’emploi. À long terme cependant, les effets de contagion disparaissent et chacun des secteurs reprend son autonomie. C’est-à-dire que l’évolution des salaires dans le privé sera d’abord tributaire des gains de productivité.

• Décrochage du secteur privé par rapport au public

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En dépit de la forte interrelation entre le public et le privé, ce dernier a perdu progressivement du terrain. Au premier trimestre 1995, l’écart entre le public et le privé en termes de salaire horaire moyen était de 0,22% en défaveur du privé. En 2015, cet écart est passé à 5,5%. Le décrochage s’effectue en deux phases: d’abord entre 1995 et 1998 (-3%) dans la foulée du plan global, ensuite après la récession de 2008-2009 (-2%).

• Trois explications à ce décrochage

Premièrement, il y a le déclin de l’industrie manufacturière au profit des services, où le pouvoir de négociation est traditionnellement plus faible. Deuxièmement, malgré une hausse moyenne de la productivité de 0,81% par an sur la période prise en compte, un "écrémage" de 0,36% se produit, "signe d’une modération salariale structurelle", selon Henri Sneessens. Troisièmement enfin, la crise de 2008 n’a toujours pas été digérée (point suivant).

• Les effets de la crise persistent

L’étude de l’Ires montre que les effets de la récession de 2008-2009 se font sentir encore aujourd’hui dans le secteur privé. Certes, les salaires ont repris leur progression depuis lors, mais il subsiste toujours un effet de niveau par rapport à la trajectoire de référence. "C’est pourquoi on ne récupérera jamais tout à fait ce qui a été perdu en 2008-2009", indique Henri Sneessens. "L’effet de ce choc conjoncturel hors norme sur les salaires réels est largement indirect. Il passe principalement par l’effet du choc sur la productivité, l’inflation et le taux de chômage." Un an après le début de la crise, ces effets exercent une pression négative sur le salaire réel du secteur privé estimée à -0,97%, alors que l’effet reste encore positif dans le secteur public (+ 0,57%). "À terme, les salaires réels restent partout inférieurs aux valeurs du sentier de référence, en particulier dans le secteur privé", explique Henri Sneessens. Dix ans après la crise, la perte salariale y est deux fois supérieure (-1,14%) que dans le public (-0,67%).

• Conclusion

Faut-il, à partir de ces éléments, conclure que le secteur public paie mieux que le secteur privé? "Il faut être prudent", tempère Henri Sneessens. "Nous expliquons comment un écart grandissant s’est opéré entre secteur public et secteur privé. Il faut aussi prendre en compte les avantages non salariaux. C’est ce qui explique la forte hétérogénéité entre cadres et non cadres dans le secteur privé. Les niveaux de qualification sont également à prendre en compte: selon qu’un secteur emploie beaucoup ou peu de personnes qualifiées, cela se traduira en écarts salariaux plus ou moins importants."

L’étude se trouve sur: https://www.regards-economiques.be

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