"Les syndicats dans les PME? Pas une bonne idée"

©Dieter Telemans

Christine Lhoste, la nouvelle patronne de l’UCM, estime qu’une présence des syndicats dans les PME n’est pas souhaitable. Mais elle souhaite travailler en partenariat avec eux.

Quel est votre état d’esprit au moment d’entamer une nouvelle carrière?

Je continue à faire ce qui m’a toujours passionnée, à savoir défendre des indépendants et des PME, et pouvoir jouer un rôle dans le soutien à leur apporter.

Les indépendants et les PME ne sont-ils pas assez bien traités actuellement?

On les prend mieux en considération qu’il y a quelques années. C’est une catégorie de travailleurs très importante: il y a un million d’indépendants en Belgique, en tenant compte des complémentaires, et il y a 500.000 PME. Cela représente 99% des entreprises en Belgique. Il est donc important de prendre des mesures pour les aider.

Vous passez de l’autre côté de la barrière. Vous allez croiser le fer avec la ministre Laruelle (MR) pour qui vous travailliez?

En travaillant pour elle, j’ai eu l’occasion de faire aboutir un certain nombre de réformes fondamentales pour les indépendants. Notamment la réforme du mode de calcul des cotisations sociales, le projet de loi de financement, l’augmentation des prestations minimales… Mais il faut poursuivre le travail.

Express

Christine Lhoste est née le 23 juin 1975 à Liège.

Elle est mariée et mère de deux enfants. Juriste de formation (ULg), elle a entamé une carrière d’avocate généraliste en 1991 avant de se spécialiser en droit social.

Elle entre au cabinet de la ministre Sabine Laruelle en 2005 comme collaboratrice avant de gravir les échelons pour devenir en 2010, chef de cabinet adjoint, en charge du statut social des indépendants et PME.

Trilingue (français, anglais, néerlandais), elle est, depuis le 16 septembre la nouvelle secrétaire générale de l’UCM.

Quels sont vos grands chantiers?

Outre l’harmonisation de la pension minimale, il faut des mesures pour prévenir la faillite, régler le problème de la pauvreté (15% des indépendants sont sous le seuil de pauvreté, c’est énorme), la conciliation vie professionnelle/vie familiale. Je voudrais aussi continuer dans la voie de la réduction des charges sociales; la réduction structurelle des entreprises n’a plus été augmentée depuis 2002, donc il n’y a pas eu d’indexation. Or, l’indice a augmenté de 23%. Tout l’avantage des réductions s’est érodé avec le temps. Il faut mettre cela sur la table.

Il faut réduire les charges salariales? Jusqu’où?

Oui. Je crois qu’on pourrait continuer, pourquoi pas, jusqu’au 4e ou 5e emploi. Il faut vraiment miser sur les PME et les TPE.

Qu’allez-vous faire pendant vos premiers jours à l’UCM?

Après les récentes turbulences au sein de l’UCM, j’ai vraiment envie de structurer mon équipe. Je sais que l’UCM regorge de collaborateurs compétents et motivés. Mon but est de rassembler et de valoriser ces compétences, de créer des synergies au sein du groupe UCM et avec les différents services. Au niveau national, j’aimerais bien, dans la mesure du possible, rapprocher l’UCM du mouvement Unizo pour que nous soyons plus forts, au niveau fédéral ou bruxellois. Je compte aussi rencontrer les responsables politiques en Wallonie pour voir ce qu’on peut faire pour aider davantage les indépendants dans le cadre de la régionalisation notamment du secteur de l’emploi et du fonds de participation.

L’Unizo est beaucoup plus visible que l’UCM. C’est un exemple à suivre?

Ils ont fait évoluer leurs structures internes et Karel Van Eetvelt (administrateur délégué de l’Unizo, NDLR) en est très content. Si nous pouvons être aussi efficaces et performants que l’Unizo, j’en serai ravie.

À l’UCM, vous allez vous pencher sur la gouvernance?

Je n’ai pas pour ambition de revoir complètement la structure. Il y a un audit social qui a été réalisé, j’entends en prendre connaissance en profondeur. L’audit a été à l’origine du descriptif de fonction de secrétaire général. De ma fonction, donc. Je souhaite le présenter à l’ensemble des collaborateurs. Je me suis donné 100 jours pour rencontrer tout le monde. Je veux aussi aller vers les provinces, à la rencontre des indépendants. Je dois encore m’imprégner de la "culture UCM". Comme je suis "étrangère", je viens avec un petit vent de fraîcheur. J’ai envie que tout le monde puisse travailler ensemble.

Comment allez-vous partager les rôles entre le président et le secrétaire général?

L’idée est de constituer un binôme et d’être vraiment une équipe. Dans un premier temps, je travaillerai en étroite collaboration avec le président (Philippe Godfroid, NDLR). Puis petit à petit, on verra comment je prends plus d’autonomie. Au niveau de la politique globale, de la vision à long terme, c’est le président qui sera à la manœuvre. Moi, je serai plus dans les dossiers en cours.

Avez-vous déjà réfléchi à votre relation avec les syndicats?

Il faut cesser d’opposer employeurs et travailleurs, PME, indépendants et salariés. C’est dans cette optique-là que je me place.

Pour vous, les syndicats sont des partenaires?

Oui, j’aimerais bien que l’on puisse effectivement travailler ensemble.

Et que pensez-vous de la revendication d’une présence syndicale dans les PME?

Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, j’en suis même convaincue. Il faut éviter de continuer à mettre en place des mécanismes qui viennent alourdir la vie des PME.

La question des classes moyennes est de plus en plus dans l’actualité. Pourquoi, selon vous?

Parce qu’on en a besoin. L’objectif 2020 pour la Belgique est d’atteindre un taux d’emploi de 73,9%, cela signifie la création de 56.000 emplois par an. Quand une grande entreprise crée un emploi, les PME en créent quatre. C’est donc clair qu’il faut investir dans les PME et les indépendants. Si on veut plus d’emplois, il faut plus d’entrepreneurs.

Pour cela, il faut de l’esprit d’entreprise…

À ce niveau, l’UCM a un rôle important à jouer. Il y a un déficit d’esprit d’entreprise en Belgique. Le taux de création d’entreprises est de 5,2%, c’est vraiment très bas par rapport aux pays voisins. Il faut absolument rassurer les candidats entrepreneurs et les aider à se lancer. Cela se fera via une meilleure information sur les aides existantes, le statut social, le financement, le développement, la transmission d’entreprises…

Y a-t-il assez de structures pour aider les PME et les TPE?

Il y a énormément de structures, mais cela va dans tous les sens, elles ne sont pas vraiment connues. Il faudrait rationaliser ce qui existe et informer correctement les indépendants sur ce qui existe. Le problème d’information est crucial. Les indépendants font face à des horaires et à des difficultés qui ne leur permettent pas toujours de se renseigner sur leurs droits. Or, ils ont des droits et il faut qu’ils le sachent.

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