Les trois "malades" de l'économie belge

©BELGA

La compétitivité des entreprises belges a retrouvé le sourire. De quoi grignoter des parts de marché à l’exportation, sans pour autant doper la croissance. Voici pourquoi.

Climat, énergie, migration ou pouvoir d’achat: la campagne électorale actuelle – quoiqu’un brin morne – ne manque pas de thématiques, souligne la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). Où l’on estime que tout cela manque franchement d’économie. D’où le lancement de la campagne d’information "It’s still the economy, stupid", qui entend remettre ce thème au cœur du débat politique.

Après avoir médité, la semaine passée, sur le financement de la Sécu et avant de s’attaquer, dans le prochain épisode, au marché de l’emploi, la FEB s’est penchée sur les mesures ayant dopé la compétitivité belge, en envisageant leurs retombées sur les exportations et la croissance belge. Suivez le guide.

1- Entre 2014 et 2018, la compétitivité belge a retrouvé des couleurs.

Le gouvernement fédéral a pris un lot de mesures destinées à soigner la compétitivité des entreprises. On y retrouve les grands classiques de Michel, du saut d’index au tax shift et ses baisses de cotisations sociales, en passant par l’encadrement de la norme salariale et l’annulation des cotisations patronales de base pour le premier travailleur. Sans oublier la baisse de l’impôt des sociétés et les coups de pouce donnés aux jeunes pousses.

19%
Coût du travail
En 2008, le coût du travail en Belgique dépassait de 19% la moyenne pratiquée chez nos trois voisins de référence.

Avec quels effets? En 2008, le coût du travail en Belgique dépassait de 19% la moyenne pratiquée chez nos trois voisins de référence, Allemagne, France et Pays-Bas. En 2018, pointe la FEB, ce handicap salarial, exprimé en chiffres absolus, a chuté à 11,7%.

Ce qui n’a pas tardé à se répercuter dans les prix à l’exportation, les entreprises exportatrices belges ayant réussi à resserrer leurs prix – gagnant, depuis 2014, 4 à 5% par rapport aux marchés internationaux et quelque 3% par rapport au trio de voisins de référence. Une stratégie de baisse des prix gagnante, souligne Edward Roosens, l’économiste en chef de la FEB, qui se reflète dans les parts de marché à l’exportation de la Belgique (voir notre infographie ci-dessous).

"De manière structurelle, les parts de marché des pays européens connaissent une lente érosion, au détriment d’autres pays, Chine et Inde en tête." Cela étant posé, il faut remarquer que la Belgique a presque récupéré, entre 2014 et 2018, ce qu’elle avait perdu de 2009 à 2013.

Dernier indicateur pointé par la FEB, les investissements directs étrangers, qui retrouvent, eux aussi, quelques couleurs.

©Mediafin

2-  Pourquoi ce regain ne se traduit-il pas dans la croissance?

Mais alors, pourquoi cette tendance positive sur le front des exportations ne se retrouve-t-elle pas dans les chiffres de la croissance – entre 2016 et 2018, le PIB belge a connu une progression annuelle (1,53% en moyenne) en deçà de celle de nos trois voisins (1,89%) et de la zone euro (2,1%)? On connaît les explications classiques. La Belgique ayant moins trébuché que d’autres suite à la crise financière, il n’est pas incongru qu’elle rebondisse moins. Par ailleurs, au vu de la pression budgétaire, la Belgique a connu une croissance moins forte de la consommation publique. Mais voilà: si ce duo de justifications réussit à combler le déficit de croissance belge, il ne parvient pas à expliquer pourquoi notre pays n’a pas davantage brillé que ses voisins, au vu des efforts réalisés.

3- Commerce, horeca et transport: les "malades" de l’économie belge.

Après avoir procédé à une analyse sectorielle, la FEB a déniché les "coupables". "Une grande partie de l’économie belge, de l’industrie aux services aux entreprises en passant par la construction, se porte bien. À l’exception de trois secteurs, qui vont mal." À savoir:

•  le commerce,
•  l’horeca
•  les transports
Ils pèsent tout de même 18,5% du PIB. Leur méforme a coûté, de 2016 à 2018, un retard de croissance total de 1,3% du PIB, a calculé la FEB, soit 0,42% par an. De quoi expliquer cet intrigant retard de croissance belge.

"Le souci se situe dans le commerce, entre 19h et 23h30. Lorsqu’il faut confectionner les paquets à livrer."
Edward Roosens
Économiste en chef de la FEB

Quelles en sont les causes? La FEB avance une première explication partielle, liée au ralentissement passager, de la fin 2015 au début 2017, des dépenses touristiques à cause des attentats de Paris et de Bruxelles. "Mais l’explication principale et plus structurelle des performances médiocres du commerce réside dans le faible développement du commerce électronique dans notre pays."

Selon les derniers chiffres en provenance de Comeos, en 2018, 55% des commandes d’e-commerce en Belgique (soit environ 5,5 milliards d’euros) sont passées sur des plateformes étrangères – une proportion qui n’était "que" de 33% en 2014. "La principale raison est qu’il est difficile et onéreux d’organiser en Belgique du travail de soirée et de week-end pour livrer rapidement les produits commandés, insiste la FEB. Au handicap salarial ‘normal’ s’ajoute un supplément qui doit être négocié collectivement avec les syndicats. Et ceux-ci placent souvent la barre à un niveau irréaliste." Pas étonnant dès lors que cette thématique figure en bonne place dans le mémorandum électoral de la FEB.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés