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analyse

Lockheed Martin s'est également imposé sur le terrain économique

©REUTERS

Le géant américain de la Défense a surclassé Eurofighter sur le plan des "retours sociétaux". Etonnant, quand on connaissait l’offre assez alléchante faite par le consortium européen à la Belgique. L'achat du F-35 pourrait modifier quelque peu le paysage industriel aéronautique du pays et favoriser l'émergence de nouveaux acteurs.

C’est sans doute l’élément le plus surprenant du résultat de l’appel d’offres pour l’achat des 34 nouveaux avions de combat pour la Composante Air: Lockheed Martin, qui a remporté la compétition avec son F-35 Lightning II, s’est également imposé sur le terrain économique, en proposant des retours sociétaux jugés plus intéressants que ceux d’Eurofighter.

→Ces retombées, qui pour rappel, n'ont compté que pour 10 points sur cent dans la décision, sont autorisées par les règles européennes dans les appels d'offres dans le secteur de la défense au titre de " la protection des intérêts essentiels de sécurité " du pays. Quoi qu'il en soit, le choix belge choque le Président français. Il qualifie cet achat de "contraire aux intérêts européens". "L'offre française est arrivée après la clôture. Je regrette le choix fait. Il n'y avait pas que l'offre du Rafale, il y avait aussi l'Eurofighter, un vraie offre européenne. La décision est liée à une procédure belge, à des contraintes politiques du pays mais stratégiquement va a contrario des intérêts européens."

C’est le SPF Economie qui a procédé à l’évaluation de cette partie (et de cette partie uniquement) des deux offres. Si son verdict parait étonnant, c’est que l’offre d’Eurofighter semblait particulièrement alléchante. Le consortium (dont fait partie Airbus) proposait notamment la création de deux centres de R&D pour matériaux avancés en Belgique et deux tickets d’entrée pour notre industrie, l’un pour la modernisation du Typhoon et l’autre pour le prochain système de combat aérien (SCAF) que la France et l’Allemagne veulent développer en commun.

De son côté, le géant américain, premier groupe mondial de défense, s’était montré beaucoup plus discret, y compris avec une grande partie de l’industrie aérospatiale belge. Quant au SPF Economie, il était tenu pour sa part à une stricte confidentialité. Ce qui n’a pas été sans inquiéter les sociétés aéronautiques du pays. Des entreprises qui aujourd’hui, restent dans l'expectative. Une réunion à ce sujet doit avoir lieu au cabinet des Affaires économiques ce vendredi après-midi.

Près de 4 milliards et des risques de change

"On se rapproche d'un euro de retombées économiques pour chaque euro investi dans l'achat".
Un spcialiste du dossier

Au total, le coût de l’investissement pour l’achat et la mise en service des 34 appareils s’élève à 3,8 milliards, plus une provision d’environ 200 millions pour risque de changes. Les Américains ont mis sur la table des propositions de retombées dont la valeur a été estimée à 3,69 milliards par le cabinet du ministre de l’Économie, Kris Peeters. "On se rapproche donc d’un euro de retombées économiques pour chaque euro investi dans l'achat. C’est souvent la norme pour ce genre de contrat" estime un connaisseur.

La clé de répartition de ce montant devrait être:

  • 50,4% du chiffre d'affaires en Flandre
  • 20% pour Bruxelles 
  • 30,5% pour la Wallonie. 

Ce partage ne correspond pas trop à l’empreinte industrielle du secteur aéronautique en Belgique, davantage implanté dans le sud du pays. " Si cela se confirme, il n’y a pas de quoi pavoiser côté wallon", nuance une source bien placée, qui s’interroge sur la méthodologie utilisée par les experts du SPF pour comparer l’offre d’Eurofighter, plus axée sur le développement technologique et celle de Locckheed, qui semble davantage articulée autour de la sous-traitance classique.

Quelles retombées pour la Belgique?

Dans l’attente de davantage de précisions, ce qui se dessine, c’est que le marché du F-35 pourrait modifier quelque peu le paysage aéronautique du pays. Même si la Belgique ne s’est pas engagée dans le programme JSF (Joint Strike Fighter, qui a donné naissance au F-35), une poignée d’entreprises belges sont en effet déjà fournisseurs de Lockheed Martin pour le Lightning II : Asco (repris récemment par l'américain Spirit), Solvay (avec les composites hérités de l’ex-Cytec) et Esterline (l’ancienne division défense et aviation de Barco).

Les deux premières n’ont pas participé au précédent contrat, celui du F-16. " Et les deux grands groupes industriels aéronautiques flamands, Asco et Esterline, sont aux mains des Américains " observe un patron wallon.

"Les deux grands groupes industriels aéronautiques flamands sont aux mains des Américains"
Un patron wallon

De nouveaux acteurs pourraient se développer. Car d'autres entreprises n'attendaient plus que le paraphe du gouvernement belge pour monter à bord. C’est le cas de la société liégeoise Belgium Engine Center (BEC), qui a signé un protocole d'entente avec le constructeur américain Pratt & Whitney (à qui elle a appartenu par le passé), fournisseur du moteur du F-35.

BEC appartient depuis deux ans au groupe scandinave AIM, , qui est un partenaire stratégique du ministère norvégien de la défense, dont l'armée de l'air est en train de s’équiper du F-35. BEC, qui emploie une centaine de personnes, assure la maintenance des moteurs de type F100 de Pratt & Whitney du F-16 auprès de 15 forces aériennes.

À Mouscron, l'entreprise Feronyl, spécialisée dans le moulage par injection de haute précision, a également signé avec Lockheed. Elle se dit être en position de devenir fournisseur du géant américain, qui cherche à faire jouer la concurrence avec ses sous-traitants et à multiplier ses sources d'approvisionnement.

Il y a aussi Ignition!, la filiale de Sonaca et de Sabena Aerospace. Celle-ci a fait des offres pour la maintenance, qui était jusque là le pré carré de la Sabca à Gosselies. "Mais il ne faut pas trop se faire d’illusion " objecte une source. Pour la maintenance, on aura droit à des cacahouètes par rapport à ce que fait aujourd’hui la Sabca avec les F-16. La sophistication du F-35 est telle que la maintenance est déjà répartie sur plusieurs sites spécifiques et Lockheed Martin ne va pas chambouler tout cela pour la Belgique et 34 appareils ".

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