Luc Coene, banquier central avant-gardiste

Mardi soir, Luc Coene tournera la page de la gouvernance de la Banque Nationale de Belgique. ©Saskia Vanderstichele

Sa liberté de ton et ses positions en terme de politique monétaire marqueront sa gouvernance.

Après une prolongation de son mandat, Luc Coene cède mercredi son fauteuil de gouverneur de la Banque Nationale de Belgique à Jan Smets. À son arrivée à la tête de l’institution, l’ancien chef de cabinet de Guy Verhofstadt et celui qui avait gagné ses titres de noblesse à la présidence du comité de pilotage pendant la crise financière belge, était qualifié de "fin négociateur à la liberté de ton".

 

A l'issue de son mandat, nul ne nie son style. "Si on compare à son prédécesseur, Guy Quaden, qui pesait davantage ses mots tenant compte de toutes les tendances politiques, Luc Coene avait moins peur de dire ce qu’il pensait", entend-on chez les banquiers.

"On se rend compte que Luc Coene n’était pas toujours immédiatement entendu, mais au final, il était écouté."

On se souvient de ce commentaire: "Au moins une grande banque belge doit disparaître." Et ce, alors que fraîchement nommé, le ministre des Finances Johan Van Overtveldt avait remis sur le devant de la scène la privatisation de Belfius.

Néanmoins, outre sa liberté de parole, les banquiers soulignent le travail effectué pour redresser le secteur financier. "Face aux exigences régulatoires accrues, Luc Coene a été un excellent ambassadeur belge. Grâce à lui, la Belgique était moins mise sur le côté face aux grandes nations."

C’est aussi le premier à avoir tiré la sonnette d’alarme face à une volonté politique de scinder purement et simplement les banques pour les rendre moins risquées. Il a ainsi mis en avant les dangers d’une telle mesure sur le financement de l’économie. "On se rend compte qu’il n’était pas toujours immédiatement entendu, mais au final, il était écouté", dit-on.

Le faucon devenu colombe

Parmi les banquiers centraux européens aussi, Luc Coene a su se démarquer. Face à la prudence habituelle du cénacle de la politique monétaire, le gouverneur de la BNB n’a pas hésité à adopter des positions plutôt avant-gardistes.

Quelques jours après le début de son mandat, le nouveau gouverneur s’exprimait ainsi sur les risques d’inflation qui, selon lui, avaient augmenté à l’époque. Il ajoutait que la hausse des taux directeurs, décidée en avril, ne serait certainement pas la seule… En juillet, ces taux étaient encore relevés!

Ses déclarations ne passent pas inaperçues. Membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, Coene était à ses débuts qualifié de "faucon" (partisan d’une politique monétaire stricte focalisée sur la limitation de l’inflation). À ce titre, il est donc très loin du camp des "colombes" (favorables à des mesures d’assouplissement pour stimuler l’économie).

Et pourtant, le pedigree de Coene en matière de politique monétaire va évoluer. Durant l’été 2012, les analystes financiers classent le chef de la BNB à mi-chemin entre faucons et colombes. À l’époque, Coene révélait des désaccords au sein du Conseil des gouverneurs sur les conditions liées au rachat par la BCE des obligations des pays en difficulté. Telle la stratégie de la BCE, il agitait alors la carotte d’un soutien aux États sur le marché de la dette tout en menaçant d’un bâton les pays en retard dans les réformes nécessaires.

Il n’en restera pas là. Été 2014: le président de la BCE, Mario Draghi, avoue sa préoccupation pour le cours de l’euro. Luc Coene déclare quant à lui qu’il est faux de dire que l’euro est trop fort, des propos qui font remonter brièvement la devise européenne face au dollar.

Au fil du temps, le patron de la BNB assouplira sa position. À la fin de l’année dernière, il est l’un des premiers représentants de la BCE à plaider officiellement en faveur d’un vaste programme d’achat d’obligations. Pour les analystes, Luc Coene est désormais une "colombe".

Mais l’évolution de sa "tendance" en matière de politique monétaire a correspondu au changement progressif du discours officiel de la BCE. À ceci près que Coene s’est souvent exprimé bien avant que la BCE aille dans le sens qu’il avait anticipé. Le gouverneur de la BNB aura souvent été "ahead of the curve", comme on dit dans les milieux financiers…

Luc Coene et son successeur Jan Smets (g.) ©BELGA

Portrait de son successeur 

Jan Smets

Directeur de la Banque Nationale depuis 1999, il patientait dans l’antichambre depuis 2009. Ce mercredi matin, en arrivant dans les locaux de la Banque Nationale, Jan Smets sera enfin le nouveau gouverneur de la BNB; et ce jusqu’au 2 janvier 2018, date à laquelle il atteindra ses 67 ans. Il faut dire qu’après les manœuvres observées pour la nomination du successeur de Guy Quaden, l’arrivée de Jan Smets à la gouvernance de la BNB avait été publiée noir sur blanc dans le Moniteur du 10 mars 2014.

Il est néanmoins probable qu’au départ de Jan Smets, le poste revienne à un francophone.

Reste à savoir quel gouverneur il sera? L’homme, qui a œuvré comme chef des cabinets de Wilfried Martens et Jean-Luc Dehaene, est souvent peint comme discret et fin diplomate.

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