Modérer les salaires peut créer 60.000 emplois

Une étude de la KUL l’affirme: en effaçant le handicap salarial belge par rapport aux pays voisins, notre pays peut créer au moins 60.000 emplois. L’écart entre les rémunérations en Belgique et chez nos trois principaux partenaires commerciaux (Allemagne, France, Pays-Bas) est de 3,5%.

Les employeurs passent à l’offensive. Un mot d’ordre: la modération salariale. Appuyée par une étude de la KUL, cette revendication s’inscrit dans un contexte doublement spécial. Un: la FEB veut inscrire l’annulation du handicap salarial belge dans le futur accord de gouvernement.  Deux: l’automne prochain, patrons et syndicats négocient un nouvel accord interprofessionnel. Celui-ci déterminera l’évolution des salaires dans le secteur privé pour 2011 et 2012. La modération salariale sera le leitmotiv patronal pour ces négociations. 

Que dit l’étude de la KUL? On peut en retenir trois conclusions.

Si les coûts salariaux augmentent, l’emploi diminue. "Si l’on maintient constants tous les autres facteurs et que l’on applique uniquement une augmentation de 1 % des coûts salariaux, l’emploi reculera de 0,44 % dans l’ensemble du secteur privé et même de 0,52 % dans le secteur industriel", écrivent les professeurs Filip Abraham et Joep Konings.

Les gains de productivité sont réalisés au détriment de l’emploi. Logiquement, les entreprises cherchent à compenser la hausse des coûts salariaux par des gains de productivité. Or, ceux-ci sont réalisés "dans une large mesure" par le remplacement de personnes par des machines et par de l’externalisation. Autrement dit, ils pénalisent l’emploi. "Si les entreprises compensent une hausse de 1 % des coûts salariaux par un gain de productivité de 1 %, l’emploi reculera de 0,4 %", soulignent les deux économistes de la KUL.

Gommer le handicap salarial créerait environ 60.000 emplois. Depuis 1996, le handicap salarial belge est de 3,5 % par rapport à nos trois principaux partenaires commerciaux (Allemagne, France, Pays-Bas). L’étude de la KUL simule sa suppression totale. Résultat: entre 60.000 et 70.000 emplois seraient créés, en fonction de la vitesse à laquelle la dérive salariale belge serait résorbée (en deux ou quatre ans). Formidable ? Oui. Mais on mettra quatre bémols:

Créer de l’emploi, c’est bien. Les pourvoir, c’est mieux. La perspective de 60.000 nouveaux jobs peut faire saliver. Mais aujourd’hui déjà, certains secteurs font face à des pénuries de main-d’œuvre. Elles risquent de se renforcer à l’avenir. La modération salariale ne suffit donc pas. Elle n’est qu’un élément d’une politique d’emploi performante.

L’innovation reste une clé de la réussite. On l’a dit, les gains de productivité se font au détriment de l’emploi. Mais pas toujours. L’étude de la KUL le souligne: une meilleure organisation du travail, une innovation dans les produits ou services ont des effets positifs sur l’emploi, pour peu qu’ils ne soient pas annulés par des hausses salariales. Or, la Belgique réalise toujours des performances insuffisantes en matière d’investissements en R&D. 

Modérer les salaires, ce n’est pas automatiquement réduire le handicap salarial. L’écart salarial avec les pays voisins ne dépend pas que des salaires belges. Une lapalissade à ne pas oublier. Ainsi, une toute petite hausse de 1 % des salaires en Belgique pourrait… aggraver ce handicap si les trois pays voisins appliquent un gel complet des rémunérations. Il y a donc une concurrence sociale et une course à la modération salariale ne sera pas forcément gagnante.

Annuler le handicap salarial de 3,5 % ne sera pas une sinécure.  Selon le Bureau du Plan, la norme salariale — autrement dit, la hausse moyenne dans les trois pays voisins — pourrait s’élever à 4 % en 2011-2012. Or, en Belgique, l’indexation atteindrait 3,3 % sur la même période. Le handicap serait donc résorbé de 0,7 % en deux ans si on limite les hausses salariales à la seule indexation, sans augmentations barémiques. Ce qui sera déjà difficile à faire passer. Aller plus loin, cela signifierait remettre en cause l’indexation. Une déclaration de guerre à l’adresse des syndicats.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés