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Ne pas faire n'importe quoi avec la dette

Chroniqueur, newsmanager

La BNB face au dérapage des finances publiques.

L’an dernier, à pareille époque, le rapport de la Banque nationale de Belgique (BNB) n’évoquait pas (encore) le Covid. Mais le gouverneur Pierre Wunsch s’inquiétait de la situation de nos finances publiques puisque le solde budgétaire s’était révélé plus négatif qu’avant le déclenchement de la crise financière de 2007-2008!

Que dire alors un an plus tard? Avec le confinement lié à la pandémie, le déficit a explosé à 10% du Produit intérieur brut (PIB) et la dette publique culmine à 115%. On est bien loin des niveaux de 3% et 60% requis par les traités européens.

Ce n’est pas le moment de viser un assainissement forcé et rapide. Il convient de s’assurer d’abord que la reprise économique est bien sur les rails.

Pierre Wunsch a raison. Ce n’est pas le moment de viser un assainissement forcé et rapide. Il convient de s’assurer d’abord que la reprise économique est bien sur les rails. Ce n’est que lorsque la crise sanitaire sera derrière nous qu'il faudra se pencher sur le taux d'endettement afin de garantir la soutenabilité des finances publiques. Comment faudra-t-il procéder le moment venu? La Banque répète une nouvelle fois dans son rapport que du côté des recettes, les marges sont pour ainsi dire inexistantes, compte tenu de la lourdeur de la pression fiscale belge. Des propos qui ne plairont sans doute pas à tous les partis politiques, surtout à gauche de l’échiquier.

Pour la BNB, l'effort devra reposer dans une large mesure sur les dépenses publiques. Dans ce domaine, avec une part des dépenses publiques bien au-delà de 50% du PIB, la Belgique fait partie des champions européens. Ceci pour une efficacité qui n’est pas toujours au rendez-vous.

L’efficacité, voilà bien l'objectif que doit viser la Belgique, avec des décaissements qui vont aux gens qui en ont réellement besoin et des dépenses qui sont susceptibles de renforcer la croissance économique.

Quant à annuler la dette des États logée à la BCE, comme le voudraient Thomas Piketty ou Paul Magnette, il faut bien se garder des solutions qualifiées de "magiques". Non, on ne peut pas faire n'importe quoi. Une telle annulation serait sans doute la meilleure façon de faire exploser la zone euro qui perdrait sa crédibilité ainsi que la confiance des marchés. De toute manière, un État ne doit pas rembourser toutes ses dettes sur une génération comme doit le faire un ménage. Sa solvabilité se mesure à sa capacité de trouver des investisseurs prêts à refinancer les dettes qui arrivent à échéance. Des dettes qui, au final, pourraient donc rester un bon bout de temps au bilan de la BCE.

Dans l'immédiat, les taux d'intérêt au plancher offrent une belle marge de manœuvre à l'État belge, parfaitement capable de s'endetter à 50 ans à des conditions avantageuses. Rendez-vous en... 2071?

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