"On a créé 100.000 entreprises l'an dernier, mais les Wallons restent à la traîne"

Eric Van den Broele (Graydon): "La fin du plan Marshall en Wallonie peut expliquer le recul en 2018." ©wim kempenaers (wkb)

Les starters n'ont jamais été aussi nombreux qu'en 2018 en Belgique. Mais la Flandre fait toujours beaucoup mieux que la Wallonie, Bruxelles se situant au milieu. En créations nettes d'entreprises, le nord du pays affiche le score de +15.000 unités contre un maigre +932 au sud...

L’an dernier, les créations d’entreprises en Belgique ont franchi pour la première fois le cap des 100.000. L’ "Atlas du créateur" calculé par le bureau Graydon, qui reprend les sociétés unipersonnelles ainsi que les entités légales (SA, SPRL, Sociétés en commandite…), montre une augmentation de 5,29% du nombre de starters par rapport à 2017, après +5,9% un an plus tôt : il s’agit toujours d’un très bon niveau, synonyme d’un beau dynamisme entrepreneurial.

Quand on descend toutefois au niveau régional, le bilan est très contrasté:

la Flandre a enregistré une progression des starters de 11,58%. Elle bat son record de créations avec 58.230.
→ +5,22% pour Bruxelles. La Région bruxelloise bat son nouveau plus haut établi à 13.112.
→ la Région wallonne a subi une baisse de 0,18% par rapport à 2017 : on n’y a créé que 24 .457 entreprises l’an dernier, contre 24.502 un an plus tôt.

"Cet écart entre les Régions est étonnant, commente Eric Van den Broele, senior manager R&D chez Graydon : on peut supposer que le recul en Wallonie est lié à la fin du plan Marshall."

Les entreprises opérant chez nous au départ d’un siège à l’étranger se sont inscrites, elles, en chute : -27% d’une année à l’autre. "Cela s’explique par l’entrée en vigueur au premier mai prochain du nouveau Code des sociétés, souligne Van den Broele. Divers avantages qu’il y avait jusqu’alors à opérer de la sorte, au départ de l’étranger, se verront abolis. Cela a vraisemblablement été anticipé.

On attend le Code

Les candidats à la création auront aussi anticipé l’arrivée du nouveau Code, qui redéfinit les formes des entreprises, en ce début d’année. Graydon a en effet mesuré les nouveaux starters déclarés au premier trimestre 2019: les créations en Belgique n’ont crû que de 0,4% sur la période, soit beaucoup moins que les années précédentes (7% début 2018). "Mais on s’attend à un boom après le premier mai, quand le nouveau Code sera d’application", prédit l’analyste.

Créations nettes: l'écart se creuse

L’Atlas a aussi passé en revue les fermetures d’entreprises (faillites, liquidations…), afin de calculer les créations nettes d’entreprises. À côté des 100.113 nouvelles sociétés créées, Graydon a recensé 77.504 fermetures sur les douze mois écoulés. Cela signifie qu’on a créé en net 22.607 entités. Cela montre une augmentation de 1,88% sur l’effectif net des entreprises un an plus tôt: on reste en hausse, mais celle-ci se réduit puisqu’elle était encore de 2,45% en 2017.

Les créations nettes illustrent encore plus durement l’écart entre les trois Régions. La Flandre a compté près de 15.000 nouvelles entreprises nettes l’an dernier, contre 2.913 pour Bruxelles et à peine 932 pour la Wallonie. Autrement dit, quand six entreprises nettes apparaissent au sud du pays, dix-neuf apparaissent à Bruxelles et cent au nord…

"L’image de l’entrepreneuriat est un des facteurs susceptibles d’expliquer ces écarts, souligne Arnaud Deplae, secrétaire général de l’Union des classes moyennes. L’entrepreneur souffre toujours d’un déficit d’image côté francophone. Je formule aussi l’hypothèse d’une différence sur le marché du travail : aujourd’hui, en Flandre, c’est quasiment le plein emploi. On peut s’y lancer comme indépendant sans trop craindre au cas où cela ne marcherait pas : ce ne sera pas grave, on sera toujours sûr de retrouver un emploi. En Wallonie, ce statut fait encore peur aujourd’hui : si vous vous lancez comme indépendant et que vous échouez, vous risquez fort de vous retrouver au chômage et de passer par une période sans allocation."

Comment réagir ? "En faisant la promotion de l’entrepreneuriat dans l’enseignement, en améliorant la communication sur les formes d’accompagnement et d’aides financières qui existent, en luttant contre ce déficit d’image et contre le manque d’intérêt des jeunes pour le statut d’indépendant", répond Arnaud Deplae.

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