Petercam: "le vieillissement mène à une croissance structurellement faible"

Petercam ne croit pas à une récession en double creux, mais la croissance belge sera lente. Quant à l'euro, il sera à parité avec le dollar d'ici 3 ans, selon Peter De Keyzer, chef économiste, et Bart Van Craeynest, économiste chargé de la conjoncture.

Pour Peter De Keyzer, chef économiste de Petercam, "si l’on peut envisager une croissance économique de plus en plus soutenue dans les pays émergents et notamment dans plusieurs pays asiatiques, on constate que les économies avancées (principalement les Etats-Unis, l’Europe et le Japon, ndlr) sont les seules à connaître une diminution structurelle de leur taux de croissance". En 2010 et 2011, elles seront d’ailleurs quasiment les seules à connaître une croissance économique inférieure à 3%, selon les prévisions de Petercam.

Les indicateurs économiques à court terme, vecteurs des doutes qui ont étreint les marchés récemment, ne doivent pas occulter un problème sous-jacent nettement plus important: les économies occidentales ont un potentiel de croissance limité, notamment en raison de leur évolution démographique.

"Le vieillissement de la population constitue le défi des 30 prochaines années", estime Peter De Keyzer. "Actuellement, tout repose sur les générations futures, ce qui n’est pas tenable. Au cours des 30 dernières années, les dettes publiques ont augmenté, tout comme les dettes privées, alors que l’épargne a diminué. De plus, la démographique vieillissante provoque une diminution de la population active. Tout cela implique une croissance économique plus faible à l’avenir. Le contexte sous-jacent est risqué. Ce problème du vieillissement de la population conduira à une croissance structurellement faible."

Cette analyse vaut particulièrement pour l’Europe, où le marché du travail manque de flexibilité, rappellent les économistes de Petercam. Or, le coût du travail représente une variable capitale dans un contexte de reprise économique.

En Europe, certes, la protection contre les pertes d’emplois est relativement importante. Mais le marché du travail y est aussi nettement moins flexible qu’ailleurs.

Peter De Keyzer cite l’exemple des Etats-Unis où les entreprises ont recommencé beaucoup plus vite à augmenter leurs dépenses d’investissement, ce qui provoque une augmentation du nombre d’emplois. "Ce sont des investissements durables: on investit dans les machines et dans les jobs", résume-t-il.

"L’euro à parité avec le dollar dans trois ans"

Cette différence entre les Etats-Unis et l’Europe au point de vue de la réactivité face à la crise devrait jouer en faveur du dollar. Comme pour la conjoncture en général, les économistes de Petercam ne s’intéressent pas aux vagues qui secouent actuellement le marché des changes et font remonter l’euro: ils préfèrent analyser les courants de fond qui devraient, selon eux, favoriser le billet vert.

Le redémarrage de l’économie américaine face à une Europe encore convalescente devrait peser sur notre devise, estime Peter De Keyzer. "L’euro doit diminuer", dit-il. Petercam considère que l’euro est plus faible mais… pas faible. Nuance! "Selon nos estimations, la devise européenne vaudra environ 1,25 dollar fin 2010. Nous la voyons aux alentours de 1,10 dollar en 2011 et nous tablons sur la parité dans trois ans", poursuit Peter De Keyzer.

Pas de quoi s’en inquiéter, au contraire. Selon l’économiste, "l’Europe n’a plus besoin d’un euro fort". Un affaiblissement de notre devise est censé doper les exportations qui constituent une piste de redressement de l’économie européenne. "Il faut six à douze mois pour que les exportations de l’Europe profitent d’une baisse de la monnaie unique. Cela va soutenir les entreprises exportatrices, ce qui renforcera leur capacité d’investissement. À terme, cela stimulera la confiance des consommateurs. La baisse de l’euro peut donc créer un cercle vertueux."

Reste un problème: un affaiblissement de la devise européenne ne profite pas nécessairement à tous les États. "Cela n’a presque pas d’effet sur des économies comme la Grèce, l’Italie ou l’Espagne, dont le premier marché est la zone euro", souligne Peter De Keyzer. "Les bénéficiaires sont l’Allemagne, la Finlande, les Pays-Bas voire la Belgique."

Encore faut-il qu’un gouvernement économique européen conduise ceux-ci à en faire profiter le reste de la zone euro, ce qui ne semble pas être l’option retenue par l’Allemagne, première économie européenne, qui mise sur la rigueur…

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