Pierre Wunsch (BNB): "La reprise va s’étaler sur plusieurs années"

Pierre Wunsch, gouverneur de la Banque nationale et coprésident de l'ERMG. ©BELGA

Au vu des nouvelles mesures sanitaires, la Banque nationale de Belgique se prépare à une reprise ralentie. Son gouverneur Pierre Wunsch appelle à ne pas lésiner sur le budget de la relance.

Au vu des nouvelles mesures de confinement, le scénario d’une reprise économique rapide (en forme de V) semble s’éloigner et on s’oriente plutôt vers une reprise sur plusieurs années. C’est ce qu’a fait savoir Pierre Wunsch, gouverneur de la Banque nationale de Belgique (BNB) et coprésident de l’ERMG, le groupe d’experts qui conseille le gouvernement en matière économique.

"Plus la crise sanitaire dure, plus il faut craindre que les deux premiers trimestres de 2021 seront impactés."
Pierre Wunsch
Gouverneur de la Banque nationale de Belgique

Invité par la Chambre à venir commenter la situation économique, Pierre Wunsch a mis en garde : "Plus la crise sanitaire dure, plus il faut craindre que les deux premiers trimestres de 2021 seront impactés. La reprise attendue en 2021 risque fort d’être d’une moindre ampleur que la récession que nous avons connue en 2020", explique-t-il.

Pour rappel, en juin dernier, la Banque nationale prévoyait une récession de l’ordre de 9% en 2020, suivie d’une reprise de 6% en 2021. La reprise du commerce durant les mois d’été tendait à confirmer ce scénario encourageant. Dans la foulée, le Bureau du plan avait annoncé un déficit budgétaire moins important qu’initialement envisagé.

"On ne va pas stimuler la demande alors que nous sommes en présence d’un phénomène d’épargne forcée."

Ce scénario semble à présent progressivement s’éloigner, selon Pierre Wunsch. "On s’attendait à récupérer en 2021 la majeure partie des pertes de 2020. Au vu de la situation sanitaire qui prévaut aujourd’hui, c’est de moins en moins envisageable. Mener un plan de relance alors qu’on doit fermer certains secteurs d’activité risque fort de ne pas avoir d’impact positif sur l’économie. On ne va pas stimuler la demande alors que nous sommes en présence d’un phénomène d’épargne forcée. Nous devons nous concentrer sur l’absorption du choc et poursuivre avec des mesures ciblées et temporaires."

Ne pas lésiner sur le budget

Tout cela va bien entendu coûter de l’argent. Sur ce point, le gouverneur se montre assez accommodant. "Évitons de nous enfermer dans des objectifs budgétaires qui ne sont pas tenables. À 500 millions ou 1 milliard d’euros, il ne faut pas trop hésiter lorsqu’il s’agit de soutenir les secteurs les plus impactés. Ensuite seulement, on pourra envisager d’évoluer vers un atterrissage budgétaire consistant à résorber le déficit structurel."

"Évitons de nous enfermer dans des objectifs budgétaires qui ne sont pas tenables."

Actuellement, on s’achemine vers un déficit de 6% du PIB. Un niveau que Pierre Wunsch juge totalement intenable sur le moyen et long terme, car synonyme d’augmentation de la dette de 3% par an. "Il faut essayer de viser 3% de déficit en 2024, ce qui permettra de stabiliser la dette. Mais il faut le faire uniquement si c’est possible", tempère-t-il. "Si on se retrouve avec un peu plus de 3% en 2024, ce ne sera pas un drame. Pour autant qu’on ait une politique crédible, à savoir que l’on puisse montrer notre capacité à réduire le déficit structurel."

Un bas de laine providentiel

Reste quand-même un élément d’espoir, c’est le niveau d’épargne des particuliers. "Les ménages sont en train de constituer un bas de laine. Rien que pour 2020, la surépargne des ménages s’élève à environ 20 milliards d’euros", observe Pierre Wunsch. "Ce bas de laine constitué par les ménages permettrait de financer 1,5% de la croissance de la demande intérieure jusqu’à la fin de la législature", avance-t-il.

"Le bas de laine constitué par les ménages permettrait de financer 1,5% de la croissance de la demande intérieure jusqu’à la fin de la législature."

Si le revenu disponible a pu être ainsi préservé, c’est grâce à l’intervention massive des pouvoirs publics, sans lesquels on aurait, selon le gouverneur, été confronté à une crise comparable à celle des années 1930. «Il est utile de rappeler cela, à l’heure où les politiques sont soumis à une forte pression.»

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