interview

Pierre Wunsch: "Il faudra un assainissement budgétaire, mais pas tout de suite"

"Quand la croissance aura repris, et de manière suffisamment robuste, je crois que l'on doit se fixer un objectif intermédiaire, qui est de revenir à un déficit de 3%", plaide Pierre Wunsch. ©BELGA

Le déficit budgétaire n’est pas tenable, estime Pierre Wunsch, le gouverneur de la BNB. Mais pas question d’agir brutalement. "Attendons que la reprise soit solide."

La Belgique a clôturé 2020 sur un déficit budgétaire de 10,1% du PIB, du jamais vu depuis le milieu des années 1980. Avec la crise du coronavirus, les recettes fiscales et parafiscales ont reflué, tandis que les mesures adoptées pour endiguer la crise et amortir le choc financier pour les ménages et les entreprises ont alourdi les dépenses publiques. Les mesures de soutien aux ménages se sont élevées à 9 milliards d’euros, celles aux entreprises et aux indépendants à 7,3 milliards.

"C’était indispensable, souligne Pierre Wunsch, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique. Mais, à politique inchangée, le déficit budgétaire ne diminuera qu’à 5,9% du PIB en 2023. Cela signifie que la dette augmentera de 3% par an. Ce n’est pas tenable."

Quand la croissance aura repris, et de manière suffisamment robuste, fixons-nous un objectif intermédiaire, qui est de revenir à un déficit de 3%.
Pierre Wunsch
Gouverneur de la BNB

Pas question pour autant, juge-t-il, de revenir à l’équilibre budgétaire brutalement. "Attendons que la reprise soit solide. Cela n’a aucun sens de commencer aujourd’hui. Mais quand la croissance aura repris, et de manière suffisamment robuste, je crois que l’on doit se fixer un objectif intermédiaire, qui est de revenir à un déficit de 3%. Un effort qui sans augmentation significative de la pression fiscale et parafiscale, devra se faire en grande partie du côté des dépenses." C’est un des messages importants que le gouverneur de la BNB a voulu faire passer à l’occasion de la publication du rapport annuel 2020 de la Banque.

Une année très compliquée

Ce n’est pas un secret, 2020 a été une année de crise d’une ampleur exceptionnelle. Elle a conduit à beaucoup de souffrances humaines, mais aussi à de lourdes conséquences économiques. L’économie mondiale a reculé de 3,5%, plus du double de la baisse enregistrée pendant la crise financière de 2009, et le recul le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale. L’économie belge, elle, s’est contractée de 6,2%. "Le choc a été beaucoup plus lourd qu’en 2008, mais avec des signaux positifs. La reprise au troisième trimestre a été très rapide, et malgré un deuxième confinement, le quatrième trimestre n’a pas été si mauvais, la Belgique étant alors un des rares pays en Europe à connaître une croissance", souligne Pierre Wunsch.

La consommation des ménages en chute

Du côté des ménages, la consommation a chuté de plus de 8%, tandis qu’une épargne supplémentaire de 23 milliards a été constituée. "Cette chute de la consommation s’explique principalement par le lock-down. En moyenne, le revenu des ménages n’a pas baissé, ce qui est tout à fait unique dans une crise, souligne Pierre Wunsch. Et c’est très important pour la reprise. Certains estiment qu’on pourrait revenir à la folie des années 1920. Ce n’est pas impossible, mais notre hypothèse est que l’on va retourner à un niveau de consommation normal, sans que les 23 milliards d’épargne ne soient dépensés."

20%
Près de 20% des entreprises se retrouvaient en septembre avec un problème de liquidité, estime la Banque nationale

Si les mesures prises par les pouvoirs publics, comme le chômage temporaire ou le droit passerelle pour les indépendants, ont permis de sauvegarder globalement les revenus des ménages, certains ont tout de même été durement touchés, en particulier les personnes déjà fragilisées avant la crise, notamment les travailleurs intérimaires, les petits indépendants ou les intérimaires. "Et cela, sans parler de tous ceux qui ne se retrouvent pas dans les statistiques, comme les SDF ou les illégaux", pointe Pierre Wunsch.

Un choc très asymétrique selon les secteurs

Du côté des entreprises, le choc a été plus rude. En dépit des crédits bancaires et des mesures de soutien, près de 20% des entreprises se retrouvaient en septembre avec un problème de liquidité, estime la Banque nationale. "L’immobilier ou le secteur public n’ont pas subi la crise, tandis que les commerces, les services aux personnes et surtout l’Horeca souffrent énormément, détaille Pierre Wunsch. L’industrie, elle, a surtout été touchée durant le premier confinement. Là encore, c’est atypique: normalement, les services sont moins cycliques que l’industrie." Dans leur ensemble, les investissements des entreprises chutent de 9% - et là, tous les secteurs sont atteints.

Les mesures prises par les États, pas seulement la Belgique, en matière budgétaire, mais aussi monétaire et prudentielle, ont toutefois permis de limiter la casse, estime le gouverneur. "On a évité une spirale à la baisse, où les difficultés d’un secteur auraient été répercutées sur d’autres, comme dans les années 1930."

Il appelle toutefois, si des mesures supplémentaires doivent être prises par les pouvoirs publics pour soutenir l’économie, à ce qu’elles soient temporaires et ciblées. "On ne peut pas se permettre de creuser beaucoup plus le déficit."

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