interview

Pierre Wunsch: "Relancer la consommation a peu de sens"

Pour Pierre Wunsch, gouverneur de la BNB, le plus dur reste à venir et ce sera lorsqu'il faudra assainir les finances publiques. ©katrijn van giel

Pour le gouverneur de la Banque nationale, relancer la consommation serait peu efficace et, en plus, nous n'avons plus les moyens budgétaires.

La Banque centrale européenne (BCE) a ajouté 600 milliards d’euros à son programme d’achat et a ainsi dépassé les attentes. Était-ce une volonté de surprendre les marchés?

Il n’y a jamais eu une telle volonté, cela ne fait pas partie de notre politique. Par contre, nous avons voulu agir de manière ambitieuse sur base d’un consensus assez large.

La Belgique figure dans les pays de tête des achats d’obligations d’État par la BCE. Qu’est-ce que cela vous inspire?

Notre politique consiste à suivre la clé de répartition du capital de la BCE. La politique menée à l’égard de la Belgique est en ligne avec cela. Le fait que l’Allemagne ait décidé de mener une politique expansionniste nous aide bien sûr, car cela crée de la marge de manœuvre.

Certains pays n’ont-ils pas manifesté certaines réticences par rapport à un tel montant de 600 milliards?

Christine Lagarde a insisté sur l’existence d’un consensus large. La BCE n’est du reste pas seule. La politique monétaire est complétée par la politique budgétaire des États. Ceci dit, nous sommes aujourd’hui dans la partie facile de la crise. On dépense. La partie difficile se présentera lorsqu’il faudra assainir.

"Ce ne sera pas très gai de s’occuper des finances publiques dans les prochaines années."

Quand faudra-t-il assainir?

Pas trop vite, le temps que l’économie reprenne un peu de vigueur. Mais il est clair que les prochains gouvernements devront affronter une situation budgétaire très difficile, avec en plus toutes les questions qui préexistaient avant la crise: le climat, le vieillissement ou, dans le cas de la Belgique, la faible croissance de la productivité. Ce ne sera pas très gai de s’occuper des finances publiques dans les prochaines années.

Au-delà de ce qui a été fait pour le chômage temporaire et pour la liquidité et la solvabilité des entreprises, la Belgique a-t-elle besoin d’un plan de relance plus ambitieux?

Les mesures prises jusqu’ici ont eu pour objectif d’absorber le choc pour les ménages et les entreprises. Il fallait éviter l’effondrement. Aujourd’hui, on observe que le revenu disponible des ménages n’a pas reculé, c’est une bonne chose. Mais continuer de stimuler la demande des ménages n’aurait pas de grand effet, selon moi. Le problème auquel nous sommes confrontés n’est pas un problème de demande au sens classique du terme.

Si les ménages ne consomment pas, c’est parce qu’ils redoutent toujours le virus, parce qu’ils trouvent fastidieux de se plier aux contraintes nouvelles et parce qu’ils ont peur de l’avenir et préfèrent dès lors épargner. Si les gens ont peur, le CNS n’y peut pas grand-chose. C’est pourquoi relancer la consommation n’a pas beaucoup de sens.

"Pour l’instant, nous utilisons nos dernières munitions. Au-delà, on risque d’entrer dans une zone dangereuse au plan budgétaire."

Quid des entreprises?

Il faut agir de manière ciblée en aidant les secteurs les plus touchés comme l’horeca, la culture, l’industrie du spectacle. Mais on ne pourra pas sauver toutes les entreprises et ce n’est d’ailleurs pas souhaitable non plus. Si on soutient tous les secteurs tous azimuts, ce ne sera pas très efficace, on risque de créer de l’inflation et de générer des problèmes de compétitivité. Cela va coûter des dizaines de milliards et on n’en a pas les moyens.

Pour l’instant, nous utilisons nos dernières munitions. Au-delà, on risque d’entrer dans une zone dangereuse au plan budgétaire. L’argent n’est pas devenu gratuit. On ne peut pas se permettre d’arroser l’économie comme le fait l’Allemagne, mais qui dispose de réserves budgétaires autrement plus importantes que nous.

Faut-il mettre de l’argent sur la table pour sauver Brussels Airlines?

Je n’ai pas pour habitude de m’exprimer sur des dossiers particuliers. Que l’État se positionne en tant qu’assurer en dernier ressort, cela ne me choque pas. Mais il faut s’assurer que si intervention il y a, ce ne soit pas en pure perte.

"Rétrospectivement, c’était la bonne décision de déconfiner comme nous l’avons fait."

En tant que membre du GEES, pensez-vous qu’on a trop fait au plan épidémiologique au détriment de l’économie?

Au vu des images terribles qui nous parvenaient d’Italie, on ne pouvait pas laisser courir le virus. Il fallait agir de manière décidée. Ensuite, une fois venue l’heure du déconfinement, le gouvernement a voulu aller un peu plus vite que ce que préconisait le GEES. Il a pris un risque et il a eu de la chance parce que le GEES avait fait comprendre que ce n’était pas gagné.

Les épidémiologistes ont été surpris que la situation soit restée sous contrôle. Peut-être y a-t-il eu un élément saisonnier, je ne sais pas. Mais rétrospectivement, c’était la bonne décision de déconfiner comme nous l’avons fait. Pour la suite, la priorité devra être mise sur le tracing et le testing pour repérer les éventuels nouveaux foyers.

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