Plus de 1,6 milliard d’euros d’argent suspect mis à jour

La cellule antiblanchiment a découvert des flux de capitaux suspects impliquant la femme d’Afrique la plus riche, Isabel Dos Santos, et son mari décédé l’an dernier, Sindika Dokolo. ©Photo News

L’an dernier, la cellule antiblanchiment a pu débusquer dans notre pays plus de 1,63 milliard d’euros de flux de capitaux suspects, allant de grands montages frauduleux à l’argent de la drogue et de la corruption. Mais quel montant parviendra-t-on à récupérer?

Si les banques voient encore passer sur leurs comptes des montants trop élevés d’argent suspect, elles n’en ont pas moins effectué 17.678 signalements à la cellule antiblanchiment, soit plus de la moitié des 31.605 déclarations que cette dernière a reçues. De la part des banques, ce sont près de 6.500 signalements de blanchiment de plus qu’en 2019. Et 307 notaires ont été à l’origine quant à eux de 1.177 notifications. En 2020, ces signalements ont conduit à l’ouverture de 1.228 dossiers transmis à la justice pour un montant supérieur à 1,63 milliard d’euros de capitaux suspects.

Quelque 704 millions d’euros ont concerné des fraudes fiscales aggravées et 220 millions d’euros ont visé des fraudes sociales. La cellule antiblanchiment souligne que ces grands montages frauduleux sont de plus en plus l’œuvre de groupes criminels aux activités diverses ainsi que de "blanchisseurs" professionnels. Pour ce faire, ils recourent surtout à des sociétés actives dans la construction, le nettoyage industriel et le transport de marchandises. Il ne s’agit pas seulement de Brésiliens et de Portugais comme les années précédentes, mais également d’Européens de l’Est et d’autres nationalités. "Des montants énormes sont en jeu, en moyenne plus de 2 millions d’euros par dossier", poursuit-elle.

36,88
MILLIONS D’EUROS
L’an dernier la cellule antiblanchiment a identifié 36,88 millions d’euros ayant pu servir à de la corruption, soit le double par rapport à 2019.

Le trafic de drogue n’a pas faibli non plus pendant la crise du coronavirus, au contraire. L’an dernier, la cellule antiblanchiment a signalé aux parquets plus de 47 millions d’euros d’argent lié à la drogue, soit quatre fois plus qu’en 2019. Si les drogues "festives" comme l’XTC se sont moins vendues, les ventes de cannabis, l’importation de cocaïne et la production de drogues synthétiques ont continué à tourner à plein régime.

Si les drogues "festives" comme l’XTC se sont moins vendues, les ventes de cannabis, l’importation de cocaïne et la production de drogues synthétiques ont continué à tourner à plein régime.

Hommes et femmes politiques

La cellule a également détecté 36,88 millions d’euros ayant pu servir à de la corruption, soit le double par rapport à 2019. Ces capitaux concernent surtout des hommes et femmes politiques, et leur entourage, originaires d’Afrique de l’Ouest et centrale ainsi que d’Amérique du Sud. Si la cellule antiblanchiment ne cite pas de noms dans son rapport annuel, on peut déduire qu’un des dossiers de corruption vise surtout la femme d’Afrique la plus riche, à savoir la femme d’affaires angolaise Isabel Dos Santos, et son mari décédé l’an dernier Sindika Dokolo, celui-là même qui a pu exposer, durant l’été 2019, 150 œuvres de sa collection d’art au Bozar. Mais, l’an dernier, Dos Santos a été inculpé dans son pays de fraude et de blanchiment. Un compte en banque belge d’une fondation artistique étrangère appartenant au couple a également attiré l’attention de la cellule antiblanchiment en 2020. De l’argent provenant de comptes à Chypre et au Cap-Vert y avait été crédité à la demande d’une société à Maurice. La cellule blanchiment a par ailleurs trouvé suspectes des transactions effectuées par le couple à partir de Dubaï vers des diamantaires belges, un vendeur de voitures de luxe et des marchands d’arts et d’antiquités.

533
JUGEMENTS
Ces dix dernières années, les 533 jugements prononcés sur la base de dossiers de blanchiment n’ont rapporté "que" 364 millions d’euros en amendes et confiscations.

On peut toutefois se demander combien la justice réussira à récupérer effectivement du montant de 1,6 milliard d’euros mis à jour l’an dernier. De son côté, la cellule antiblanchiment a pu par 33 fois s’opposer à l’exécution d’une opération financière suspecte, pour un montant total de 30,58 millions d’euros. Certes, c’est 8 fois plus que les 3,77 millions d’euros que la cellule avait bloqués en 2019, mais c’est donc surtout aux parquets à qui il reviendra de récupérer les centaines de millions d’euros d’argent sale. Ces dix dernières années, les 533 jugements prononcés sur la base de dossiers de blanchiment n’ont rapporté "que" 364 millions d’euros en amendes et confiscations.  La cellule antiblanchiment souligne que la justice est tributaire d’autres délais et qu’une condamnation dans un dossier peut donc intervenir après une très longue période.

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