Pour Pierre Wunsch, la hausse des prix est "un point d'attention"

Pierre Wunsch: "Nous sommes clairement en dessous de notre objectif d'inflation depuis un certain nombre d'années." ©BELGA

La BCE "ne serait pas contre une certaine reprise" de la hausse des prix, dit le banquier central Pierre Wunsch. Qui écarte l'idée d'une annulation des dettes.

L'inflation reste à surveiller, selon Pierre Wunsch, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique (BNB), qui est aussi, à ce titre, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE). "L'inflation n'est peut-être pas ce qui est le plus important pendant cette crise, mais pour un banquier central, cela reste un point d'attention", a-t-il déclaré à la presse belge mercredi, en marge de la présentation du rapport annuel de la BNB.

"Dans certains segments, nous voyons qu'il est déjà question de hausse des prix. Cela reste clairement un point d'attention."
Pierre Wunsch
Gouverneur de la BNB

D'après M. Wunsch, le choc de l'offre qui a caractérisé le début de la crise à cause des ruptures d'approvisionnement s'est relativement vite transformé en un choc de la demande qui a tiré certains prix à la hausse. "Ce choc de la demande a vraisemblablement été plus important dans la formation des prix", estime-t-il, en précisant que ce phénomène a été observé dans différents segments tels que "les produits alimentaires mais aussi, plus récemment, dans les matériaux de construction", sous l'impulsion de la performance relativement bonne du secteur de la construction.

"Il y a donc une combinaison de secteurs où les prix baissent clairement – et même où il n'y a plus de prix parce que les activités sont arrêtées – et d'autres segments où nous voyons qu'il est déjà question de hausse des prix", résume Pierre Wunsch. "En ce qui concerne l'avenir, cela reste clairement un point d'attention."

"Objectif symétrique"

Néanmoins, une accélération de la hausse des prix ne dérangerait pas la BCE, tempère le gouverneur de la Banque nationale. "À la Banque centrale européenne, nous ne serions pas contre une certaine reprise de l'inflation", confie-t-il. "Nous sommes clairement en dessous de notre objectif depuis un certain nombre d'années, donc directement, il est très clair que nous voudrions une inflation plus élevée."

"Dans la mesure où la Fed a annoncé qu'elle aurait une certaine tolérance pour une inflation qui dépasserait 2%, il est évident que cela fera partie de nos discussions."
Pierre Wunsch
Gouverneur de la BNB

Dans quelle ampleur et pour combien de temps? Le conseil des gouverneurs va en discuter, précise M. Wunsch. "Nous avons déjà clairement indiqué qu'il fallait interpréter notre objectif comme étant symétrique (tolérance d'une inflation plus élevée que cet objectif après une période où elle est restée inférieure, NDLR)", rappelle-t-il. "Dans quelle mesure et pour combien de temps serions-nous prêts à tolérer une inflation supérieure à 2%? Cela fait l'objet de nos discussions dans le cadre de la révision stratégique. Dans la mesure où la Fed (Réserve fédérale, NDLR, soit la banque centrale des États-Unis) a annoncé qu'elle aurait une certaine tolérance pour une inflation qui dépasserait 2%, il est évident que cela fera partie des discussions que nous aurons."

"La BCE n'annulera pas les dettes des États"

Pierre Wunch tient à souligner que "la Banque centrale européenne ne va pas annuler les dettes qu'elle a achetées" durant la crise. "Dire que c'est contraire aux traités est un argument d'autorité. Il faut aussi expliquer pourquoi. Parce que ça ne fonctionne pas, c'est dangereux et ce n'est pas nécessaire."

1. "Ça ne marche pas"

"Quand nous (la BCE, NDLR) achetons des obligations d'États, l'argent donné aux banques revient sur le bilan de la BCE sous forme de liquidités excédentaires. C'est donc de l'argent que nous devons aux banques, qui elles-mêmes doivent de l'argent aux particuliers qui ont des dépôts chez elles. Si, dans notre bilan, nous annulons, à l'actif, les titres achetés, nous n'avons plus de moyens de rembourser les banques. Donc, le jour où les taux remontent, soit on perd le contrôle de la politique monétaire et on imprime des billets pour rembourser les banques, soit on garde le contrôle de la politique monétaire et on ne peut pas rembourser les banques, ce qui implique un effondrement du système financier."

2. "C'est dangereux"

"Venir dans le débat maintenant en suggérant que l'on pourrait annuler une partie de la dette, c'est dangereux car ça pourrait stresser les marchés si ça prenait trop d'ampleur: les spreads (NDLR: écarts entre les taux des pays de la zone euro, dont la flambée avaient provoqué la crise de la dette européenne il y a dix ans) commenceraient à monter et ça deviendrait vite très compliqué."

3. "Ce n'est pas nécessaire"

"Les gouvernements ont pu financer l'augmentation de leur dette à des taux négatifs. Donc, je ne me fais pas trop de souci sur l'augmentation des dettes en 2020. Je m'inquiète plutôt des déficits à moyen ou long terme. Mais ces dettes que les gouvernements doivent contracter ne pèseront pas sur les déficits dans les prochaines années. La baisse de la croissance et la hausse des dépenses structurelles bien."

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