Pourquoi tant d'indépendants belges sont-ils pauvres?

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En 2016, un indépendant belge sur 6, soit 15,3% d'entre eux, a gagné moins que le seuil européen de pauvreté, qui est de 13.377 euros par an pour un isolé.

Un indépendant gagne-t-il toujours très bien sa vie? Non. Et les derniers chiffres du Syndicat Neutre pour Indépendants (SNI) le prouvent. En 2016, c'est près d'un indépendant à titre principal sur 6 (15,3%) qui se trouvait sous le seuil européen de pauvreté. Ainsi, 109.469 indépendants ont perçu des revenus mensuels inférieurs à 1.115 euros (soit 13.377 euros par an pour un isolé). Un chiffre qui pose question puisqu'il est pratiquement équivalent au taux général de la population belge qui se trouvait sous le seuil de pauvreté durant cette même année 2016 (15,5%).

En dix ans, la proportion d'indépendants à titre principal ayant des revenus inférieurs au seuil de pauvreté a peu évolué puisqu'elle était de 15,7% en 2006, bien que le taux soit tombé à 13,3% en 2011.

*Pour faire ce tableau, ce sont les revenus professionnels bruts des indépendants qui ont été pris en compte, c'est-à-dire qu'on a déduit les dépenses et les charges professionnelles. Ainsi, c’est comparable au salaire net des salariés.

Pourquoi autant d'indépendants sous le seuil de pauvreté? "Il y a encore trop d'indépendants qui ne sont pas assez formés en matière de finances, mais c'est surtout une conséquence de la protection sociale très limitée dont ils bénéficient en cas de difficultés financières", souligne le syndicat.

Petite explication. Depuis le 1er janvier 2017, grâce au droit-passerelle, les indépendants peuvent obtenir une indemnité quand ils doivent mettre fin à leurs activités pour des raisons économiques, mais les conditions pour en bénéficier sont strictes. Pour prétendre à cette allocation, un indépendant doit:

  • Soit percevoir un revenu de survie
  • Soit avoir obtenu une exonération du paiement des cotisations sociales
  • Soit percevoir des revenus annuels inférieurs à 13.010 euros
"Il serait plus équitable que tous les indépendants puissent bénéficier d’allocations de chômage peu importe qu’ils aient, comme c’est le cas chez les salariés, beaucoup ou peu de revenus".
SNI

En théorie, les 109.469 indépendants qui se trouvaient sous le seuil de pauvreté en 2016 auraient donc pu bénéficier du droit-passerelle. Mais, selon le SNI, "d’une part, ce droit est trop peu connu et, d’autre part, il serait plus équitable que tous les indépendants puissent bénéficier d’allocations de chômage peu importe qu’ils aient, comme c’est le cas chez les salariés, beaucoup ou peu de revenus".

"Les indépendants constatent que leur entreprise est sur le point de couler, mais ils doivent attendre d’avoir touché le fond avant d’obtenir de l’aide", se plaint Christine Mattheeuws, la présidente du SNI.

En ce qui concerne la maladie ou l'incapacité de travail. L’organisation des entrepreneurs indépendants constate également que la maladie et l'incapacité de travail plongent les indépendants dans la pauvreté. "Actuellement, les indépendants ne reçoivent rien durant le premier mois d’incapacité de travail et, à partir du deuxième mois, ils reçoivent une indemnité forfaitaire qui est loin de correspondre à leurs revenus précédents", s'indigne le syndicat.

Que veut le SNI? Le gouvernement fédéral a décidé, dans le cadre de l’accord budgétaire cet été, de réduire le mois de carence des indépendants à 14 jours, à partir du 1er janvier 2018. Pour le SNI, c’est insuffisant. Ce dernier plaide dès lors pour un élargissement du droit-passerelle actuel vers des allocations de chômage pour les indépendants et pour une indemnité en cas de maladie ou d'incapacité de travail dès le premier jour.

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