Que va devenir le congé de paternité?

Faut-il prolonger le congé de paternité et le rendre obligatoire? ©Belgaimage

Le congé de paternité est boudé par certains pères. Plusieurs propositions de loi veulent adapter la formule: 20 jours, voire 25, plutôt que 10, et avec obligation. Bonne idée?

Six propositions de loi veulent bousculer le congé de paternité (ou congé de naissance), dans deux directions: en l'allongeant et en le rendant obligatoire. Un texte des députés Ecolo et Groen, Gilles Vanden Burre et Evita Willaert, veut prolonger ce congé accordé aux pères après la naissance de 10 à 25 jours et le rendre obligatoire. Un autre, déposé par Patrick Prévot et d’autres socialistes, parle d’un allongement à 20 jours. Différents experts se sont succédé pour en parler en commission des Affaires sociales de la Chambre ce mercredi. 

"Grâce à ce genre de mesure, on peut moderniser et adapter la répartition des tâches dans la famille."
Celien Vanmoerkerke
FGTB

Actuellement, qu’est-ce qui est prévu? Dix jours pour le père, à prendre dans les quatre mois à partir de l’accouchement. Lors des trois premiers jours de ce congé parental, le travailleur conserve sa rémunération complète, à charge de l’employeur. Pour les sept jours suivants, il ne perçoit pas de rémunération, mais une allocation fixée à 82 % du salaire brut, de son institution de paiement de l’assurance soins de santé.

Mais pourquoi allonger le congé des pères (ou coparents) et le rendre obligatoire? Globalement, afin de favoriser le rôle paternel vis-à-vis de l’enfant, mais aussi pour renforcer l’égalité entre hommes et femmes sur le marché du travail et dans la sphère privée, notamment au niveau des tâches domestiques."Dans quelle direction veut-on aller en tant que société?, s’est demandé Celien Vanmoerkerke, du service d’étude de la FGTB. La carrière professionnelle d’une femme va dans une autre direction que celle des hommes au moment de l’accouchement. Chez la femme, la carrière est toujours plus courte. Grâce à ce genre de mesure, on peut moderniser et adapter la répartition des tâches dans la famille."

Les obstacles

Actuellement, deux freins importants empêchent certains travailleurs de prendre les dix jours auxquels ils ont droit. D’abord, la perte de rémunération lors des sept jours dédommagés par les mutuelles. L’autre obstacle, c’est la réticence marquée par certains employeurs d'accorder l'absence demandée, ou même les craintes du travailleur de demander un congé dans le cadre d’une équipe déjà sous pression.

"En ces temps de burn-out, ce n'est peut-être pas la bonne voie à suivre."
Philippe Ruelens
SNI

Par rapport aux propositions déposées, différents experts ont souligné certains risques. Ainsi, Philippe Ruelens, du Syndicat Neutre pour Indépendants, a souligné les difficultés que rencontrent déjà les PME, principales pourvoyeuses d’emploi en Belgique, à chambouler leur organisation juste pour quelques jours. "En ces temps de burn-out, ce n'est peut-être pas la bonne voie à suivre", a souligné le représentant du SNI.

Mais ce qui a surtout été relevé par plusieurs experts et membres de la commission, c'est la perte de salaire. Celle-ci serait encore plus importante avec un allongement, sans compter qu'elle serait inévitable en cas de congé rendu obligatoire. Peut-on obliger un travailleur à se passer d'une partie de son salaire, alors que la femme subit justement à ce moment-là une baisse de revenus?  

"Encore réfléchir"

Il faudrait donc des pistes pour limiter ces pertes salariales; c'est le principal challenge à relever dans ce dossier. Pas mal d'autres aspects restent à approfondir. Quid des indépendants, faudra-t-il les inclure dans un système revu pour les salariés? Ne faut-il pas une partie obligatoire de congés, le reste étant facultatif? Et doit-on inclure des jours avant la naissance, en vue d'accompagner la maman aux visites de contrôle?

"Comment le faire? Sans doute allons-nous encore réfléchir", a simplement résumé Sophie Thémont (PS). À noter que le Conseil National du travail planche aussi sur le dossier.

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