analyse

Quelles mesures pour sauver plus de 84.000 entreprises?

L'horeca est le secteur le plus impacté par la crise en proportion d'entreprises en difficulté, devant les activités récréatives, selon les calculs de Graydon et de la FEB. ©Photo News

Les aides publiques Covid ont permis de tirer des milliers d'entreprises des affres d'une crise de liquidités. Mais sans nouvelles mesures, une entreprise sur cinq va disparaître.

La deuxième vague pandémique a accru le nombre d'entreprises en difficulté en Belgique tout en réduisant les réserves des mieux portantes. Alors qu'au sortir du premier lockdown, une série de secteurs avaient commencé à relever la tête, le deuxième confinement débuté fin octobre les a replongés dans le rouge.

29,8%
des entreprises
Quasi trois entreprises sur dix (29,8%), parmi les 422.000 qui publient des comptes annuels, restent en situation critique malgré les aides publiques.

Comme elle l'avait fait en septembre, la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) a fait appel au bureau d'analyse des données d'entreprises Graydon pour calculer cet impact, cette fois à fin janvier 2021.

Résultat, trois entreprises sur dix (29,8%), parmi les 422.000 qui publient des comptes annuels, restent en situation critique malgré les aides publiques. Parmi celles qui étaient saines avant la crise, une sur cinq (20,1%, soit 84.000 entreprises) rencontre d'importants problèmes de liquidités. En septembre, ces dernières n'étaient "que" 65.000, soit 16,2% du total.

Une destruction plus guère créative

En clair, l'impact de la crise s'est aggravé et après la crise des liquidités, se profile une crise de solvabilité (capacité d'une société à honorer ses dettes). "Sans nouvelles mesures, on s'attend à enregistrer environ 50.000 faillites en plus des 10.000 faillites annuelles classiques", souligne Eric Van den Broele, directeur de la R&D chez Graydon qui ajoute: "Il ne s'agit plus ici de destruction créative, comme en période de crise conjoncturelle normale, où les 5 à 6% d'entreprises les plus fragiles disparaissent sans dégâts à long terme, mais d'une destruction dangereuse, aux effets encore inconnus."

"L'impact est plus lourd sur les petites entreprises (moins de 20 emplois) et sur les start-ups et les scale-ups."
Edward Roosen
Directeur du centre de compétences Fiscalité et Investissement, FEB

"Vingt pour-cent des entreprises ex-saines ont besoin d'urgence de liquidités", conclut Edward Roosen, directeur du Centre de compétences Fiscalité et Investissement à la FEB. "L'impact est plus lourd sur les petites entreprises (moins de 20 emplois) et sur les start-ups et les scale-ups, mais il touche aussi de moyennes et de grandes." La FEB appelle nos gouvernants à mettre en œuvre un plan de solvabilité pour empêcher qu'on en arrive à "un tsunami de faillites" en 2021, 2022 et 2023, avec l'effet désastreux qu'aurait celui-ci sur notre économie et notre compétitivité. La fédération patronale propose un cocktail d'actions. Coup d'œil sur les principales mesures.

Sept mesures possibles

  • Intérêts notionnels. Ils devraient être recentrés exclusivement sur les petites entreprises, et sensiblement relevés. Le taux est fixé aujourd'hui à 0,34% pour les petites sociétés, ce qui revient à gagner 42 euros (sur 5 ans) pour une augmentation de capital de 50.000 euros: autant dire que l'incitation est nulle.
  • Tax shelter. Cette mesure existe déjà et fonctionne bien pour les starters, les scale-ups et les petites entreprises touchées par le Covid. La FEB propose d'en renforcer encore l'attrait et d'en élargir la période de validité.
  • Prêts subordonnés. Une exonération du précompte mobilier sur les intérêts pourrait favoriser ce type de prêts qui, pour les entreprises soutenues, présente l'avantage de ne générer aucune dilution.
  • Fonds de Transformation. Le gouvernement De Croo a prévu la création d'un tel fonds dans le cadre de son plan de relance, avec participation de la SFPI, des holdings publics régionaux et des investisseurs institutionnels. Alors qu'il était initialement prévu de le limiter aux entreprises essentielles, la FEB suggère d'en réserver le bénéfice aux entreprises de taille moyenne en manque de fonds. Elle suggère aussi que son financement soit étendu à l'épargne publique et aux investisseurs privés.
80 milliards
d'euros
Les besoins de capitaux des entreprises ex-saines s'élèvent à 75 à 80 milliards d'euros.

  • Mobilisation du capital à risque et de l'épargne. On pourrait stimuler l'investissement des particuliers dans le Fonds de Transformation par des incitants tels qu'une nouvelle version de la loi Cooreman-De Clercq (réduction d'impôt fonction de la hauteur de l'investissement).
  • Activer les réserves des entreprises saines. Les entreprises restées en bonne santé financière disposent d'un coquet matelas de réserves, évaluées à 866 milliards d'euros. On pourrait organiser une solidarité interentreprises en encourageant celles-là à prêter ou accorder des délais de paiement aux entreprises en problème. Souci: entre septembre 2020 et janvier 2021, ces réserves ont fondu de 245 milliards! Les sociétés saines subissent donc aussi le contrecoup de la crise, ce qui rend cette piste aléatoire.
  • L'après Moratoire sur les faillites. Celui-ci arrivera à échéance le 31 janvier. Les tribunaux d'entreprise risquent de se voir débordés ensuite. Une réflexion est en cours, en vue de moduler la réorganisation judiciaire. Objectif: convaincre les entreprises ex-saines en difficulté aujourd'hui qu'il existe une autre voie que le dépôt de bilan, et doter parallèlement les tribunaux d'une formule alternative à la faillite et aux trois PRJ "classiques".

"Il faut 75 à 80 milliards d'euros d'injection pour aider toutes ces entreprises à sortir de l'ornière", conclut Eric Van den Broele. "Impossible à puiser dans les budgets publics. Il faut donc trouver d'autres sources." D'où ce plan, que la FEB va soumettre sans tarder à nos gouvernants.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés