Le rebond du troisième trimestre risque d'être un feu de paille

La valeur ajoutée a progressé de 18% dans la construction au troisième trimestre. ©Hollandse Hoogte / Maikel Samuels

Le PIB belge a rebondi de 10,7% au troisième trimestre après sa chute historique de -11,8% au deuxième trimestre. En glissement annuel, il se tasse cependant de 5,2%.

Le produit intérieur brut (PIB) de la Belgique a progressé de 10,7% au troisième trimestre 2020, d’après une première estimation fournie par la Banque nationale de Belgique (BNB).

"Un retour au niveau de l’activité économique d’avant la crise du Covid-19 n’est pas encore à l’ordre du jour."
Banque nationale de Belgique

Ce rebond spectaculaire s’explique par la levée du confinement au mois de juin, ce qui a permis à l’économie de reprendre un peu des couleurs durant les mois d'été. "Ce chiffre est une bonne surprise puisqu'à partir des enquêtes de l'ERMG (le goupe d'experts qui conseille le gouvernement, NDLR), nous avions anticipé un rebond de 7 à 8% seulement", souligne Arne Maes, économiste chez BNPP Fortis.

Toujours d’après cette première estimation, la valeur ajoutée aurait progressé au troisième trimestre de 12,0% dans l’industrie, de 18,0% dans la construction et de 9,9% dans les services, comparé au deuxième trimestre.

En dépit de ce redressement historique en base trimestrielle, le rythme de croissance annuelle demeure nettement négatif (-5,2%). "Un retour au niveau de l’activité économique d’avant la crise du Covid-19 n’est pas encore à l’ordre du jour", prévient la BNB. Elle précise aussi que ces chiffres de croissance sont empreints d’une incertitude plus grande que ce n’est habituellement le cas, faute de données détaillées pour le mois de septembre.

A cela s'ajoutent les nouvelles mesures de confinement, qui peuvent faire craindre une rechute tout aussi rapide au quatrième trimestre. "Dans ces conditions, à savoir un troisième trimestre meilleur que prévu et une remise sous cloche de l'économie au quatrième trimestre, nous maintenons notre prévision d'une contraction de l'économie belge de 8,3% en 2020", indique Arne Maes.

"Un vaccin est attendu mais si d'ici-là les entreprises n'ont plus investi, on risque fort d'hypothéquer la reprise."
Arne Maes
Economiste chez BNPP Fortis

L'économiste s'inquiète surtout de la contraction sévère des investissements des entreprises, de l'ordre de -20% selon la BNB. "En 2000 et 2008, les investissements avaient reculé de respectivement 3% et 5%", rappelle-t-il. "Un vaccin est attendu mais si d'ici-là les entreprises n'ont plus investi, on risque fort d'hypothéquer la reprise", prévient-il.

-5,2%
En dépit du rebond du troisième trimestre, la croissance annuelle demeure nettement négative.

Chiffres du deuxième trimestre revus

La BNB a ajusté, par ailleurs, la croissance au deuxième trimestre 2020 à -11,8% (en variation trimestrielle) au lieu des -12,2% initialement estimés. Sur une base annuelle, ceci représente une baisse du PIB de 13,9%. La valeur ajoutée s’est repliée de 12,7% dans l’industrie, de 13,4% dans la construction et de 11,3% dans les services.

-0,8%
L'emploi intérieur ne s’est replié que de 0,8% (37.300 personnes) au deuxième trimestre de 2020 comparativement au trimestre précédent

Les ménages ont réduit leurs dépenses de consommation et leurs investissements de 11,6 et 14,6% respectivement. De même, les dépenses des administrations publiques se sont inscrites en net recul. Leurs dépenses de consommation se sont contractées de 5,9%, principalement en raison d’une diminution des dépenses liées aux activités non urgentes dans le secteur des soins de santé (opérations, consultations, etc.) au cours des cinq premières semaines du trimestre. Leurs investissements ont fléchi de 7,8%.

L’emploi se maintient

Malgré la crise, l’emploi intérieur ne s’est replié que de 0,8% (37.300 personnes) au deuxième trimestre de 2020 comparativement au trimestre précédent, alors que le volume de travail des salariés s’est pourtant contracté de 11,7%. Ce qui montre que le chômage temporaire a permis d’amortir en grande partie l’impact de la crise sanitaire sur l’emploi.

Cela risque toutefois de ne pas être tenable sur le long terme, prévient Arne Maes. "Sur les 300.000 personnes actuellement en chômage temporaire, 100.000 risquent de perdre leur emploi une fois que le dispositif de soutien sera levé."

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