Résorber le chômage de longue durée grâce aux "territoires zéro chômeur"

L'économie circulaire se prête bien à la mise en œuvre du dispositif "territoires zéro chômeur". ©Dieter Telemans

Le concept de "territoire zéro chômeur" pourrait figurer dans le plan de relance. À Bruxelles, Actiris assure pouvoir réintégrer par ce dispositif 25.000 chômeurs de longue durée.

Dans l'élaboration du plan de relance qu’il compte soumettre en avril aux instances européennes, le gouvernement fédéral planche sur le concept de «territoires zéro chômeur». Le principe figure dans l'accord de gouvernement. Déjà appliqué en France depuis 2017, il consiste à embaucher des chômeurs de longue durée pour répondre à des besoins qui ne sont pas satisfaits par l’économie marchande classique, dans des secteurs jugés peu rentables. On pense par exemple à l’économie circulaire ou à certains services aux personnes.

"Plutôt que de demander au chercheur d’emploi de s’adapter à l’employeur, l’employeur crée l’emploi dont le chercheur d’emploi a besoin."
Grégor Chapelle
Directeur général d'Actiris

En octobre 2020, la Belgique comptait 337.000 personnes au chômage, dont 40% environ depuis deux ans et plus. C’est nettement plus que la moyenne européenne de 32%. L'idée est de réinsérer ces personnes sur le marché du travail en leur proposant une activité répondant au mieux à leurs compétences et leurs aspirations.

Le principe figure dans la déclaration de politique régionale, tant en Wallonie qu’à Bruxelles. Ce sont les Régions en effet qui disposent des principaux leviers pour mettre en oeuvre un tel système.

Chez Actiris, l’office bruxellois de l’emploi, on voit le territoire zéro chômeur comme un renversement complet de la philosophie de mise à l’emploi. Grégor Chapelle, le directeur général d’Actiris, s'en félicite: «Il ne s’agit pas simplement d’une nouvelle aide à l’emploi. Plutôt que de demander au chercheur d’emploi de s’adapter à l’employeur, l’employeur crée l’emploi dont le chercheur d’emploi a besoin. Personne n’est inemployable.»

10
millions d'euros
Le projet du gouvernement prévoit une enveloppe minimale de 10 millions d'euros pour la période 2021-2026.

Comme il s’agit d’emplois largement subsidiés, le projet prévoit une enveloppe minimale de 10 millions d’euros étalée sur la période 2021-2026. Une remise à l’emploi au salaire minimum revient à un peu plus de 40.000 euros par an. Or le Dulbea (le centre de recherche de la Solvay Brussels School) a calculé que le coût du non-emploi d'un chômeur revient à 35.000 euros par an. Ce montant comprend les allocations de chômage (12.000 euros en moyenne), l’accompagnement (2.000 euros), les frais de santé (les chômeurs sont plus souvent en mauvaise santé), ainsi que le manque à gagner en cotisations sociales et patronales, impôt des personnes physiques, etc. Il resterait dès lors à couvrir un solde de 6.000 à 7.000 euros pour atteindre un salaire complet.

"Il faudra sans doute des accords de coopération pour soutenir l’effort des Régions."
Grégor Chapelle

Sur les 55.000 chômeurs de longue durée recensés sur le territoire bruxellois, Grégor Chapelle pense pouvoir en réinsérer 25.000 en s’appuyant sur ce dispositif et sur un financement approprié. «Mais la Région ne peut pas financer cela toute seule, même s’il s’agit au départ d’un investissement rentable», prévient-il.

Sur ce plan, la configuration institutionnelle de la Belgique n’aide pas. Les dépenses consenties pour la remise à l’emploi sont essentiellement régionales alors que les bénéfices (cotisations) tombent dans l’escarcelle du Fédéral. «Il faudra sans doute des accords de coopération pour soutenir l’effort des Régions», suggère Grégor Chapelle.

Certains objectent qu’il s’agit d’une opération essentiellement cosmétique. «En raisonnant par l’absurde, nous pourrions convertir toutes les allocations de chômage en subventions et nous n’aurions plus de chômeurs ni de dépenses de chômage», assénait l’économiste Rudy Aernoudt dans nos colonnes en octobre dernier. Il rappelait par ailleurs le coût relativement faible des chômeurs de longue durée en France (entre 15.000 et 18.000 euros par an), où les allocations de chômage sont limitées dans le temps.

En attendant, la France a décidé de poursuivre l’expérience. Sur les dix territoires sélectionnés en 2017, trois sont parvenus à éradiquer le chômage de longue durée et les sept autres ont réduit de 50% le nombre de chômeurs de longue durée. Ce qui a poussé le gouvernement français à étendre le dispositif à 50 territoires.

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