Rouler à 100 km/h sur autoroute pour atteindre les objectifs climatiques?

Réduire de 20 km/h la vitesse sur les routes à deux bandes et plus, c'est la proposition de Philippe Defeyt.

Moins voyager, un moteur électrique... C'est bien mais ça risque de ne pas suffire pour que la Belgique respecte ses objectifs climatiques. Philippe Defeyt propose d'autres mesures.

Philippe Defeyt a compilé toute une série de données relatives au CO2 et au trafic routier. Des statistiques certes fragiles, parce que, notamment, les bases de calcul ne sont pas toujours identiques. Mais le défi climatique est là et il faut agir sur base des données accessibles. Que pointe l'économiste de l'Institut du Développement Durable (IDD)? Que les émissions de gaz carbonique liées à la circulation routière ont été multipliées par 2,5 entre 1970 et 2008. Et que le trafic lui-même a été multiplié par 3,7

Philippe Defeyt extrapole ces informations: "Si on prolonge les tendances passées en faisant l'hypothèse d'une croissance économique moyenne située entre 1% et 1,5% entre 2018 et 2030, les émissions devraient rester plus ou moins stables, à leur niveau actuel", explique-t-il. Or, la stabilité, ce n'est pas suffisant. Il faut une diminution. 

Diminuer la pollution

Le Plan Énergie-Climat 2021-2030 est clair sur les objectifs: "en ce qui concerne la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le cadre de la dimension de décarbonation, la Belgique réduira ses émissions de gaz à effet de serre de 35% en 2030 par rapport à 2005 pour les secteurs non-ETS". Rappelons quels sont les secteurs non-ETS: transports, bâtiments, agriculture et déchets, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas concernés par le système d’échange de quotas d’émission mis en place par l’Union européenne.

Je pense que sans politique ambitieuse ni changement fort des comportements, l'objectif 2030 ne sera pas atteint. On n'y est pas, à ce jour en tout cas.
Philippe Defeyt
Économiste

Des efforts ont été réalisés, mais il en faut plus. Le plan précise que "d’ici 2030, les secteurs non-ETS devront passer à la vitesse supérieure, si bien que les émissions de GES (gaz à effet de serre, NDLR) dans ces secteurs devront diminuer plus rapidement qu’elles ne l’ont fait jusqu’à présent. Cela nécessitera des efforts plus importants de la part des secteurs qui contribuent le plus aux émissions de gaz à effet de serre, à savoir les secteurs du bâtiment et du transport".

Comment faire?

Les moyens principaux pour réduire les émissions de CO2 sont bien connus: réduire les déplacements (en nombre et/ou en distance), opter pour la marche, le vélo, le train, changer de motorisations (le GNL pour le transport de marchandises par route et l'électricité ou l'hybride pour les voitures particulières), choisir des véhicules moins lourds. Mais... "Je pense que sans politique ambitieuse ni changement fort des comportements, l'objectif 2030 ne sera pas atteint. On n'y est pas, à ce jour en tout cas", constate Philippe Defeyt.

-10%
d'émissions de CO2
Une réduction de 20 km/h sur les réseaux à deux bandes et plus, et de 10 km/h sur le restant du réseau, devrait permettre de réduire les émissions d'environ 10%, estime Philippe Defeyt.

Pour lui, il faudra passer par la redevance kilométrique, qui remplacerait autant que possible les fiscalités existantes. Elle devrait être modulée en fonction du type de motorisation, des heures de circulation, du poids du véhicule, notamment. Bruxelles travaille dans cette optique, avec sa taxe kilométrique intelligente en préparation. Mais ce ne sera pas encore suffisant, selon l'économiste de l'Institut du développement durable. Que faire de plus? Réduire la vitesse et faire respecter les limitations "plus fermement".

"On peut raisonnablement estimer qu'une réduction de 20 km/h sur les réseaux à deux bandes et plus, et de 10 km/h sur le restant du réseau, devrait permettre de réduire d'environ 10% les émissions et, donc, toutes choses égales par ailleurs, de gagner 3 ans par rapport à l'objectif 2030." 

Bref, rouler sur autoroute à 100 km/h. À 80 km/h là où c'est 90, etc.

Cette idée de réduire la vitesse fait son chemin. Les Pays-Bas ont décidé d'abaisser la vitesse maximale sur autoroute à 100 km/h au lieu de 130. À Bruxelles, la zone 30 va être généralisée en 2021. Précédemment, la Flandre a déjà réduit à 70 km/h la vitesse hors agglomération. Quand le monde politique le décide, c'est possible...

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