Toujours plus de travailleurs étrangers détachés en Belgique

©Jan De Meuleneir

Leur nombre a doublé en cinq ans en Belgique. Le gros du contingent des travailleurs étrangers détachés vient des Pays-Bas. Une étude de l'université de Louvain met en lumière le procédé et brise quelques clichés sur la question.

"Détaché", tel est le qualificatif que l'on attribue aux salariés envoyés par leur employeur dans un autre État membre de l'Union européenne. La mission y est temporaire et le patron peut payer ses cotisations sociales dans le pays d'origine de son entreprise. Chez nous, le détachement de travailleurs européens représentait 4,4% de l'emploi total en Belgique, selon les derniers chiffres disponibles et qui prennent en compte l'année 2014.

En 2015, quelque 215.000 travailleurs détachés provenant de l'étranger étaient actifs en Belgique. Ils étaient 106.000 cinq ans plus tôt, selon les chiffres dévoilés dans une nouvelle étude réalisée par l'institut de recherche sur le Travail de la KUL (université de Louvain).

D'où viennent les détachés?

Sur l'ensemble des travailleurs détachés actifs en Belgique en 2015, près d'un tiers (29,3%) provenait des Pays-Bas, suivi par la Pologne (13,3%). Si on prend en compte le seul secteur de la construction, les travailleurs détachés néerlandais restent les plus nombreux (25%), devant les polonais (20%). "La perception selon laquelle il y aurait un afflux de travailleurs en provenance des nouveaux Etats-membres, principalement de Pologne, vers les anciens Etats-membres, n'est pas correcte. Ce sont le plus souvent les pays voisins qui ont recours au détachement", constate le chercheur de la KUL Frederic Dewispelaere.

57%
Un travailleur sur trois actif en 2014 sur un chantier belge venait de l'étranger

Cette étude tord aussi le cou à des clichés persistants en la matière.

Si la majeure partie (57% en 2014) de ces travailleurs détachés sont actifs dans le secteur de la construction en Belgique, soit 123.000 personnes, quand on rapporte ce nombre au volume de travail, les travailleurs détachés représentaient seulement 12% du nombre total d'heures prestées dans le secteur de la construction en Belgique. Cela est dû au fait que cette main-d'œuvre ne travaille que durant une brève période en Belgique.

"Ce qui est certain, c'est que le nombre de travailleurs nationaux diminue. La question est de savoir si les travailleurs détachés supplantent les Belges ou s'ils travaillent en complément."
Frederic Dewispelaere
Chercheur à la KUL

Autre point mis en avant par le chercheur louvaniste, Frederic Dewispelaere, et son équipe, la demande des entreprises belges. Les chiffres montrent que la question du détachement est en réalité beaucoup plus nuancée que ce que d'aucuns ont dit. "Le détachement est souvent pointé du doigt comme la cause de nombreuses faillites dans le secteur de la construction. Mais la demande de détachement vient des entrepreneurs belges".

©Jan De Meuleneir

Malgré l'augmentation du recours au détachement, le secteur belge de la construction ne va pas si mal, pointe encore Frederic Dewispelaere, en évoquant la hausse du chiffre d'affaires et de la valeur ajoutée dans le secteur en 2014. "Ce qui est certain, c'est que le nombre de travailleurs nationaux diminue. La question est de savoir si les travailleurs détachés supplantent les Belges ou s'ils travaillent en complément." Cette question va maintenant faire l'objet de recherches complémentaires.

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