Tout miser sur l'austérité n'est pas la solution

Philippe Ledent ©DRIES LUYTEN

A partir de projections à long terme (2014-2050), ING arrive à la conclusion que l'assainissement des finances publiques à l'horizon 2018 n'est pas suffisant pour assurer la stabilité à long terme de l'économie.

On n'échappera pas à une cure d'assainissement si l'on veut ramener les finances publiques à l'équilibre en 2018, comme prévu par les négociateurs de la coalition suédoise et comme le prescrivent les instances européennes. Mais l'effort ne s'arrête pas là. En l'absence de tout effort supplémentaire après 2018, le déficit public repartirait à la hausse pour culminer à plus de 7% du PIB à long terme. Dans le même temps, la dette passerait à 140% du PIB.

C'est ce que montre Philippe Ledent, économiste chez ING, en s'appuyant sur des projections couvrant la période 2014-2050. Il prend comme point de départ les hypothèses de croissance économique et démographique du Comité d'étude du vieillissement (CEV). Comme ce scénario de base ne donne pas satisfaction, il a dès lors élaboré 7 scénarios alternatifs. Seuls les deux derniers scénarios constituent une réelle planche de salut.

Scénario 1: on ne fait rien. Cela revient à inscrire l'économie belge sur une trajectoire explosive. En fin de course, en 2049, on se retrouvera avec un endettement de 250% du PIB et un déficit de de l'ordre de 21%. Totalement inenvisageable bien sûr.

Scénario 2: la règle d'or. On poursuit l'assainissement budgétaire après 2018 pour stabiliser la dette à 60% du PIB. "Ceci demanderait d'aligner la progression des dépenses publiques sur le rythme de croissance du PIB, auquel on peut se permettre d'ajouter 0,2%", explique Philippe Ledent. "Mais, ajoute-t-il, compte tenu des effets du vieillissement, ceci correspondrait à un effort structurel supplémentaire et cumulatif de 0,4% du PIB, et ce chaque année de la période 2019-2039." Autrement dit, il faudrait économiser l'équivalent de 1,6 milliard d'euros en 2014 chaque année jusqu'en 2049. Un tel effort représente un défi pratiquement insurmontable.

Scénario 3: Piketty. En gros, on fait porter l'effort d'assainissement par le capital. Dans cette optique, une recette fiscale supplémentaire et récurrente sur la période 2015-2050 de 4,7% du PIB serait nécessaire pour stabiliser à long terme le taux d'endettement au niveau actuel. Philippe Ledent: "Ceci représente 18 milliards d'euros en 2014, soit l'équivalent de la moitié des revenus de la propriété des ménages. Une telle taxation s'ajoutera au précompte mobilier existant (25%) et à l'impôt sur le capital via l'ISoc. Un tel impôt supplémentaire provoquerait une disparition rapide de la base taxable et un effet d'éviction important sur le financement de l'économie belge."

Scénario 4: Kuroda (du nom du gouverneur de la Banque du Japon). C'est la recette japonaise: on arrête l'assainissement et la banque centrale achète tous les emprunts d'Etat émis à un taux très faible (1%). Philippe Ledent: "Une monétisation partielle de la dette publique aiderait certes en bloquant le coût de financement de l'Etat, mais ne serait pas suffisante pour stabiliser les finances publiques à long terme. Mais surtout, une telle politique ne répondrait en rien à la problématique du vieillissement."

Scénario 5: déflation. C'est une autre recette japonaise, mais encore pire que la précédente. Le coût de financement pour l'Etat resterait certes très bas, mais la dette exploserait à plus de 200% du PIB en fin de période.

Scénario 6: techno-optimisme. On mise tout sur des gains de productivité. Concrètement, on encourage la formation des travailleurs, la recherche, l'innovation et le développement d'infrastructures nouvelles. Philippe Ledent: "En visant des gains de productivité de 0,1% par an, en plus du gain de productivité de 1,3% par an retenu dans le scénario de base, on stabilise les finances publiques et on parvient à amortir le choc du vieillissement." Le scénario est toutefois qualifié d'optimiste du fait que les gains de productivité qui pourront être réalisés dans le futur sont généralement surestimés.

Scénario 7: la recette scandinave. On relève le taux d'activité de la population en s'appuyant sur des réformes structurelles. Comme nous sommes en présence d'une population vieillissante, les réformes doivent surtout porter sur les fins de carrière. Or, sur ce plan, Philippe Ledent estime que la Belgique dispose d'une marge appréciable. "Notre taux d'activité est assez faible. Il est actuellement de 69,2%, alors que la moyenne européenne est de 73,2%. Si l'on regarde nos voisins, le taux d'activité est de 71,3% en France, 77,8% en Allemagne et 79,6% aux Pays-Bas. Sur 40 ans, on doit viser un effort de 0,15% par an. Ce qui reste parfaitement réalisable puisqu'on parle de 5.000 à 10.000 emplois supplémentaires par an." Plutôt que de plancher sur un éventuel relèvement de l'âge légal de la retraite, il préconise de concentrer les efforts sur la tranche d'âge 60-65 ans. Au final, on aura répondu au défi du vieillissement et de la stabilisation des finances publiques au niveau actuel de 100% du PIB.

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