Trois années de croissance parties en fumée

Pierre Wunsch, gouverneur de la Banque nationale.

La Banque nationale envisage une reprise plus lente que prévu et il faudra sans doute des années pour que les finances publiques se remettent d'un tel choc.

Le Covid-19 occasionnera des dommages durables à notre économie. Cette crise est synonyme de 3 années de croissance perdues tandis qu'environ 180.000 personnes perdront leur emploi. C'est ce qui ressort des prévisions semestrielles de la Banque nationale de Belgique (BNB) présentées ce lundi par le gouverneur Pierre Wunsch.

Dans un premier temps, il était question d'une reprise en V, c'est-à-dire une reprise rapide après une récession brutale. Aujourd'hui, on va devoir se résigner à une reprise très progressive.

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Le PIB belge devrait se contracter de 9% cette année, selon la BNB.

Dans son nouveau scénario prévisionnel, la BNB table sur une chute du Produit intérieur brut (PIB) de 9% en 2020, suivi d'une reprise de 6,4% en 2021 et de 2,3% en 2022. Pas assez pour retrouver le niveau de PIB d'avant la crise. Au final, il subsisterait un différentiel de croissance de 4%, soit l'équivalent de 3 années de croissance. L'économie belge croît en effet en moyenne de 1,3% par an depuis une dizaine d'années. Ce sont donc près de 50 milliards d'euros de PIB (47 milliards exactement) qui sont effacés d'un seul coup.

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milliards €
Près de 50 milliards d'euros de PIB (47 milliards exactement) ont été effacés d'un seul coup.

Sur ces 47 milliards, 5 milliards seront supportés directement par les ménages, 8 milliards par les entreprises et 34 milliards par l’État qui laissera filer son budget.

Déficit à 10%

L’intervention massive des pouvoirs publics pour absorber le premier choc de la crise risque en effet de grever durablement les finances publiques. Le déficit budgétaire, qui était de 1,9% du PIB en 2019, devrait exploser à 10,6% cette année avant de se tasser quelque peu à 6% en 2021 et 2022. Un niveau intenable à moyen et long terme. Pour que la dette se stabilise, il faut que le déficit reste impérativement sous la barre des 3%. Il faudra donc tôt ou tard se résoudre à passer par la case assainissement. Dans l’état actuel, l’endettement devrait passer de 100% du PIB en 2019 à 120% en 2022.

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La dette devrait rapidement s'envoler à 120% du PIB.

Ces dommages durables infligés à notre économie se traduiront inévitablement par une hausse des faillites et des pertes d'emplois. La BNB redoute 186.000 pertes d'emplois cette année, et ce, en dépit des mesures de chômage temporaire et alors que les entreprises belges licencient moins facilement qu’aux États-Unis par exemple. En attendant, le taux de chômage devrait bondir de 5,4% de la population active en 2019 à 7,3% en 2020, puis 8,3% en 2021.

Ce scénario suppose qu'il n'y ait pas de deuxième vague du virus à l'automne prochain.

©Mediafin

Épargne forcée

Le seul point positif, c’est que le revenu disponible des ménages va continuer à croître de manière régulière, de l’ordre de 1,3% par an jusqu’en 2022. Ce chiffre représente une moyenne, sachant que beaucoup de gens sont au chômage ou risquent de perdre leur emploi. De plus, la progression du revenu disponible ne garantit pas que la consommation va suivre. Durant ces quelques mois de confinement, les ménages ont fait de l’épargne forcée. Le taux d’épargne est passé de 12% du revenu disponible en 2019 à plus de 20% en 2020. Ce taux devrait retomber aux alentours de 14% en 2021 et 2022, soit bien au-dessus du niveau d’avant-crise.

Il y a aussi beaucoup d’incertitude au sujet des investissements des entreprises: deux tiers d’entre elles affirment avoir reporté leurs projets d’investissement. L’industrie manufacturière est particulièrement concernée, signe que la demande extérieure est incertaine.

Quant à l’inflation enfin, elle sera faible cette année (0,3%), avant de repartir à la hausse en 2021 (1,4%) et en 2022 (1,8%). L’inflation sous-jacente, qui ne tient pas compte de l’effondrement du prix du pétrole, restera stable, aux alentours de 1,6 à 1,7%.

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