Un employeur sur trois est confronté à la pénurie de main-d'œuvre

En Belgique, et comme lors des cinq dernières éditions, les ouvriers qualifiés (soudeurs, électriciens ou encore maçons) arrivent en tête des profils les plus malaisés à dénicher. ©DEPECHE MAG/MAXPPP

En Belgique, 35% des 754 employeurs sondés par Manpower disent éprouver des difficultés à pourvoir leurs postes vacants. Les grandes entreprises sont deux fois plus touchées que les petites. En cause, l’absence tout court de candidats ou le manque de formation.

Voilà un sujet qui, s’il n’a jamais vraiment déserté l’agenda médiatique, vit sous le feu des projecteurs depuis quelques semaines. C’est que Charles Michel en a fait sa priorité absolue pour cette dernière année de législature et a embarqué tant les Régions que les partenaires sociaux dans son sillage. Sus aux métiers en pénurie, donc.

"Les pénuries de talents atteignent un nouveau record."
Philippe Lacroix
Managing Director Manpower BeLux

Un thème que le groupe Manpower, géant du travail intérimaire, suit de près depuis douze ans, et auquel il consacre une publication annuelle. Que dit l’enquête "pénurie de talents", cru 2018, qui a sondé 39.195 employeurs dans 43 pays, dont 754 en Belgique? On vous résume.

→ 35% des employeurs belges ont du mal à trouver les bons profils

"Les pénuries de talents atteignent un nouveau record en Belgique et dans le monde, hypothéquant la croissance des entreprises, pose Philippe Lacroix, managing director de Manpower BeLux. Depuis de trop nombreuses années, notre marché du travail se caractérise par un ‘mismatch’, laissant 3,5% des emplois vacants au premier semestre 2018."

Sur les 754 employeurs belges sondés par Manpower, 35% déclarent éprouver des difficultés à pourvoir leurs postes vacants. Un chiffre en augmentation de 11% par rapport à la dernière enquête, bouclée en 2016, et qui renoue quasiment avec le pic de 36% enregistré en 2011 et 2007 – seul 2006 a fait pire, avec 42%.

"Malgré des dynamiques différentes sur le marché de l’emploi, le manque de main-d’œuvre se fait sentir dans les trois Régions", relève l’étude. Jugez plutôt: 38% en Flandre (+ 7%); 35% à Bruxelles (+ 13%); 30% en Wallonie (+ 17%).

À noter que ce phénomène ne se limite pas à la Belgique. Qui, au final, se situe même en deçà de la moyenne des 43 pays, qui s’établit à 45%, soit le plus haut score jamais enregistré depuis le lancement, en 2006, de cette étude par Manpower. Les pays les plus touchés sont le Japon (89%), la Roumanie (81%) et Taïwan (78%).

→ Les ouvriers qualifiés sont les plus recherchés

En Belgique, et comme lors des cinq dernières éditions, les ouvriers qualifiés (soudeurs, électriciens ou encore maçons) arrivent en tête des profils les plus malaisés à dénicher. Un classement établi à partir d’une liste de 150 métiers. Suivent ensuite les techniciens (maintenance, production, qualité) et les profils financiers (comptables, auditeurs, fiscalistes et autres analyses). Chauffeurs puis commerciaux ferment ce "top 5".

"Les listes des fonctions les plus critiques diffèrent peu d’une Région à l’autre", souligne-t-on chez Manpower. Où l’on pointe la présence des enseignants en Wallonie (2e position) et à Bruxelles (7e) et des professionnels des soins de santé en Wallonie (6e) ainsi qu’en Flandre (8e).

→ Les plus grandes ont plus de mal

D’après les données récoltées par Manpower, les grandes entreprises (plus de 250 travailleurs) éprouvent deux fois plus d’embarras à mettre la main sur du personnel qualifié que les "micro-entreprises" comptant moins de 10 travailleurs – 31% de ces dernières affirment être confrontées à des pénuries, contre 64% des grandes sociétés. Soit du simple au double. "Dans les deux autres segments étudiés, plus d’un employeur sur deux rencontre des difficultés pour remplir les postes vacants: 51% dans les petites sociétés (10 à 49 travailleurs) et 58% dans les moyennes (50 à 249 travailleurs)."

→ Pas assez de candidats

Pourquoi cette pénurie? Mais par manque de candidats tout court, pardi, répondent 36% des employeurs belges sondés. Juste derrière, on retrouve le manque de compétences (34%). Que celles-ci soient techniques (20% pour les "hard skills") ou, disons, plus personnelles (14% pour les "soft skills") – Manpower pointe la capacité à collaborer, résoudre des problèmes ou communiquer.

"Ce constat met en évidence la faiblesse de notre main-d’œuvre à la sortie de l’enseignement, mais aussi de l’insuffisance de compétences accumulées en cours de carrière, en raison d’un manque de mobilité ou de formation permanente", estime Philippe Lacroix. Qui insiste: le mot d’ordre ne doit plus être uniquement "jobs, jobs, jobs", mais aussi "skills, skills, skills" – de quoi compléter le mantra favori de Charles Michel.

→ Comment s’en sortir?

"L’enquête montre que les entreprises ont clairement compris l’importance de miser sur la formation et le développement des compétences", écrit Manpower, à qui 56% des sondés ont répondu tabler sur cette voie pour remédier à la pénurie. Ce n’est qu’en seconde place (41%) que vient le recours à des profils intérimaires, des consultants ou des indépendants. Enfin, soulignons que 34% des répondants disent devoir adapter les exigences (diplôme ou expérience) lors du recrutement.

D’où ce message subliminal glissé par Manpower: les entreprises devraient de plus en plus considérer les travailleurs comme des consommateurs, qu’il conviendrait également de séduire, afin de les attirer, puis de les fidéliser. Il n’est pas uniquement question de salaire, mais aussi de style de management, de formation ou encore d’équilibre entre vies privée et professionnelle.

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