Une étude belge démontre la supériorité de la protonthérapie

©BELGA

La protonthérapie est plus efficace que la radiothérapie conventionnelle et son extension à de nouvelles indications peut être envisagée, selon une étude menée par une doctorante du centre nucléaire de Mol.

La protonthérapie donne bel et bien de meilleurs résultats que la radiothérapie conventionnelle et son extension à de nouvelles indications doit être envisagée: une étude scientifique belge basée sur des expérimentations in vitro prend clairement le contrepied des conclusions d’un récent rapport du Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) soulignant le manque de preuves irréfutables de la supériorité de la protonthérapie par rapport à la radiothérapie conventionnelle. 

Pour rappel, la protonthérapie est une technique de radiothérapie qui permet de délivrer avec précision des doses importantes de radiations sur des tumeurs cancéreuses sans attaquer les tissus avoisinants.

Les recherches en question ont été menées par Katrien Konings, une doctorante au Centre de recherche de l’énergie nucléaire (SCK•CEN) de Mol, dans le cadre du consortium BHTC (Centre belge de l’Hadronthérapie réunissant 7 hôpitaux universitaires belges, la Fondation contre le Cancer et le CEN). Elles ont été dévoilées ce lundi à l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer.

L'objectif de ces recherches, entamées en 2010, était de comparer l’effet de différents types de rayonnement (radiothérapie conventionnelle, protonthérapie et même hadronthérapie, une technologie encore plus évoluée utilisant des particules de carbone) sur les changements moléculaires et fonctionnels dans les cellules cancéreuses. Trois types de cancers ont été étudiés: le cancer du cerveau chez l’enfant, celui de la prostate chez l’homme et celui du sein chez la femme.

Bilan? Pour faire simple: les effets biologiques de la protonthérapie et de la radiothérapie conventionnelle sont bien différents, avec un avantage indéniable pour la première. Grâce à sa précision et à l’intensité plus importante de la dose, la protonthérapie s’est avérée plus efficace que les rayons X à plusieurs niveaux, notamment en termes de dommages pour l’ADN mais aussi pour diminuer la migration cellulaire et donc indirectement, le risque de métastases.

La molécule hérisson

Mais ce n’est pas tout: lors de ses recherches, la jeune doctorante a irradié les cellules cancéreuses en y ajoutant un inhibiteur d’une molécule spécifique appelée "hedgehog" (hérisson). Cette   molécule, une fois irradiée, s’active et résiste à la radiothérapie ou à la protonthérapie. Pour neutraliser cet effet, il faut donc un inhibiteur.

Or, les résultats se sont avérés positifs. Les cellules tumorales étaient moins résistantes, rendant le traitement plus efficace! "Les thérapies des particules (protonthérapie, hadronthérapie) associées à un inhibiteur ont un impact important sur le risque de migration des cellules cancéreuses. Cette combinaison permet d’obtenir des cellules moins résistantes, sédentaires et donc plus faciles à traiter" a expliqué Katrien Konings. Si ce n’est pas une découverte, cela y ressemble beaucoup... "Cette combinaison est unique au monde" a commenté de son côté Marjan Moreels, copromotrice des travaux et scientifique au CEN. "Ces données montrent le potentiel de la thérapie par faisceau de particules et soulignent le fait que les médicaments à ciblage moléculaire pourraient être prometteurs en combinaison avec la thérapie à faisceau de particules."

Les résultats de ces travaux vont effectivement dans le sens d’une extension des indications pour la protonthérapie, en Belgique et ailleurs dans le monde."Ils ouvrent la voie au traitement par la thérapie à faisceau de particules à d’autres cancers" observe enclore Katrien Konings. 

Actuellement, le  traitement par protonthérapie concerne moins de 50 patients par an en Belgique, le plus souvent des enfants atteints de cancers rares, qui sont envoyés dans des centres spécialisés à l'étranger (Heidelberg et Zürich notamment) et dont le coût est pris en charge par l'Inami. Mais cela va changer très bientôt: deux projets de centres de protonthérapie sont en cours, un au Gasthuisberg à Louvain (bientôt opérationnel) et l'autre à Charleroi (nettement moins avancé). Chaque centre coûte environ 45 millions d'euros.    

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect