Une marge salariale de 0,4% pour les deux ans à venir

Les salaires belges resteront au même régime en 2021-2022. ©AFP

Pour rester en ligne avec les pays voisins, les salaires belges ne devraient pas augmenter de plus de 0,4% au cours des deux prochaines années, estime le Conseil central de l'économie. Une marge contestée par les syndicats.

Il est arrivé! Le très attendu rapport du Conseil central de l’économie (CCE) sur la marge salariale a été dévoilé ce jeudi. Son verdict: au cours des deux prochaines années (2021-2022), les salaires dans le secteur privé ne devraient pas augmenter de plus de 0,4%, au-delà de l’indexation. En respectant cette marge, la Belgique éviterait un dérapage de sa compétitivité par rapport à trois de ses voisins, en l'occurrence l'Allemagne, la France et les Pays-Bas.

Pandémie de Covid-19 oblige, le CCE reconnaît avoir éprouvé des difficultés pour fixer ce chiffre. Grâce à sa coopération avec la Banque Nationale et les banques centrales des pays de référence, il assure toutefois que son calcul, dont les modalités sont contenues dans la loi de 1996, s'appuie sur une "base scientifique solide".

Premières tensions

La marge disponible étant connue, la balle atterrit dans le camp des interlocuteurs sociaux. Il leur incombe désormais de déterminer quelle sera la norme salariale réellement applicable pour les négociations dans les secteurs et les entreprises. Aucun doute: les discussions en vue d'aboutir à un accord interprofessionnel (AIP 2021-2022), officiellement prévues dès lundi, seront particulièrement ardues.

En coulisses, les hostilités ont été lancées. Informés mercredi quant à la teneur du rapport du CCE, les syndicats ont contesté la marge disponible, émettant notamment des doutes sur les données prises en compte dans le calcul. Les téléphones et les calculettes ont chauffé pendant toute l’après-midi, avant qu'une réunion d’urgence du Groupe des Dix, où siègent organisations syndicales et patronales, soit convoquée en soirée.

Qu’espéraient les syndicats? Obtenir un accord avec les employeurs pour que cette marge, trop étriquée à leurs yeux, soit présentée comme "indicative". À bonnes sources, on apprend que les représentants des travailleurs ont aussi tenté de décrocher une révision du calcul du CCE, faisant fi de la déduction d’une marge de sécurité de 0,5% prévue par la loi. En agissant de la sorte, la marge disponible se serait alors élevée à 0,9%. Du côté des employeurs, on s'est refusé à accéder à ces demandes, se réfugiant principalement derrière la Loi de 96.

Une "aumône" inacceptable pour les travailleurs

Jeudi, une fois le rapport du CCE publié, les deux bancs ont campé sur leurs positions. Dans un communiqué commun, les organisations patronales insistent: même cette marge limitée à 0,4% sera difficilement atteignable pour certains secteurs. "Cette augmentation vient en sus de l’indexation des salaires (estimée à +2,8%) et des augmentations barémiques (allant jusqu’à +0,5% dans certains secteurs), toujours garanties par la loi", rappellent-elles.

De leur côté, les syndicats ont réitéré leur farouche opposition au durcissement, entériné en 2017, des critères légaux permettant le calcul par le CCE de la marge salariale disponible. La CSC, la FGTB et la CGSLB sont claires: elles ne peuvent pas souscrire à cette marge de 0,4% , qu'elles qualifient "d'aumône" inacceptable pour les travailleurs. Vu le contexte de crise, et le fait que tous les secteurs n'en souffrent pas de la même façon, elles maintiennent leur plaidoyer pour une marge indicative. "Elle n’empêchera pas les secteurs d’engager des  négociations pour augmenter les salaires de manière responsable", assurent-elles.

Des deux côtés, les positions sont fermes. Après ce premier round d'observation, l'heure des compromis a-t-elle sonné? Rien n'est moin sûr...

Enveloppe bien-être: pas de fumée blanche

Environ un milliard d’euros, c’est le montant contenu dans l’enveloppe bien-être 2021-2022. L'affectation de ces moyens, destinés à financer l'augmentation des allocations et des pensions, est, elle aussi, négociée tous les deux ans entre syndicats et employeurs. 

En vertu de la loi, ceux-ci auraient dû fournir un avis au gouvernement pour le 15 septembre. Faute de résultats à cette échéance, l’exécutif a accordé plusieurs délais aux interlocuteurs sociaux, dont le dernier s’achevait en théorie ce mercredi 13 janvier. 

Au cabinet du ministre du Travail, Pierre-Yves Dermagne (PS), on relativise la portée de cette date. "Il ne s’agissait absolument pas d’un ultimatum. Nous avons des signaux qui montrent que des discussions ont lieu et nous ne comptons pas mettre à mal ce qui se construit pour l’instant", y assure-t-on, sans fixer de nouvelle échéance

Côté syndical, on fustige l’attitude du banc patronal qu’on accuse de "jouer la montre" pour lier, comme ce fut le cas par le passé, la négociation sur la répartition de l’enveloppe bien-être à celle sur l’accord interprofessionnel (AIP 2021-2022). 

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés