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Vers un revenu universel "augmenté", financé par nos données?

Le " revenu universel augmenté " ne serait pas financé sur base d’un capital monétaire comme le revenu universel traditionnel mais par nos données.

Depuis de longues années, des penseurs suggèrent la mise en place d’un revenu inconditionnel reversé à toutes et tous sur une base mensuelle. C’est ce que nous appelons “revenu universel” ou "revenu de base”. Cette idée tire son ambition dans la volonté louable d’augmenter l’inclusion sociale par une garantie monétaire.

Cela dit, ce revenu est socialement insuffisant car la base monétaire est fragile et ne peut en aucun cas représenter une garantie pour la population. Il serait donc nécessaire de le repenser sur une autre base; celle de la donnée. Ce qui nous amènerait ainsi vers un revenu universel "augmenté ".

Badr Boussabat.

Le « revenu universel augmenté » est par évidence inconditionnel. Il ne serait donc pas financé sur base d’un capital monétaire comme le revenu universel traditionnel mais plutôt constitué à partir d’un capital issu de la donnée.

Redistribution intelligente et garantie

Il serait ainsi déployé sous la forme d'un montant valeur-donnée que chacun pourrait convertir dans la monnaie ou cryptomonnaie de son choix. Pour ce faire, il serait indispensable de mettre en place un nouveau système économique basé sur un étalon-donnée dont l’actualisation de la valeur de la donnée se ferait en temps réel. Non pas comme la valeur d’un billet actuel dont le montant inscrit reste toujours le même, alors que sa valeur chute quotidiennement.

Le fait de produire individuellement de la donnée implique que nous générons de manière directe une richesse.

De fait, la donnée, contrairement à la monnaie, revêt 4 caractéristiques fondamentales. Elle est produite de manière individuelle, libre, sans risque et sans interruption. Ces caractéristiques sont fondamentales dans la mesure où elles permettent d’entrevoir une redistribution intelligente et garantie.

Premièrement, le fait de produire individuellement de la donnée implique que nous générons de manière directe une richesse. Celle-ci est créée grâce aux intelligences artificielles des entreprises qui s’en nourrissent pour créer de la valeur ajoutée. En d’autres termes, l’individu finance l’économie et adopte le rôle de banquier. Cette possibilité devrait lui permettre de recevoir un dividende basé sur la valeur des données livrées et ceci pourrait s’exprimer par un revenu universel augmenté.

Deuxièmement, la création de la donnée est libre. Cela implique l’existence d’une régulation financière dont nous serions les maitres car celle-ci serait décentralisée et plus démocratique. Ce n’est évidemment pas le cas de la monnaie qui est orchestrée par une institution centralisée.

Troisièmement, nous créons sans risque des données. Ce point est primordial, car la création actuelle de la richesse se fonde sur le pari du prêt bancaire. Dans ce cas, le taux d’intérêt représente votre capacité à rembourser votre dette en promettant des unités de travail dans le futur.

Indexée au simple fait de vivre...

La création de richesses est donc indexée au travail. Cependant, ce prêt ne prend pas en considération les difficultés de la vie que vous pourriez connaitre ou encore les contraintes durant votre parcours professionnel comme dans le cas d’une crise pandémique qui multiplie les pertes d’emplois. En clair, cela signifie que la monnaie, qui est intimement liée au revenu universel traditionnel ne protège en rien l’individu contrairement à la donnée qui est indexée au simple fait de vivre.

Quatrièmement, le fait que la donnée soit indexée au simple fait de vivre et non pas au travail futur incertain, s’explique par la capacité de l’être humain à créer de la richesse sans interruption et donc, quelle que soit la situation socio-économique.

Il est nécessaire de changer de paradigme et cesser de croire que la planche à billets constitue l’unique solution économique à long terme.

En période de croissance, nous créons de la donnée. Mais, nous en créons également en période de crise. Cette possibilité de « battre valeur », qui ne dépendrait plus que d’une situation économique favorable, représente un espoir économique considérable.

Il apparait ainsi que le revenu universel augmenté présente une finalité sociale plus aboutie qui pourrait dès lors devenir un nouveau chantier de réflexion social pour repenser le système de redistribution actuel.

À tout le moins, il est nécessaire de changer de paradigme et cesser de croire que la planche à billets constitue l’unique solution économique à long terme alors que ses effets sont mitigés. Seule l’économie réelle devrait compter et l’exploitation de la donnée représente, à cet égard, un réel nouvel espoir.

Badr Boussabat
Economiste et entrepreneur

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