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À Marseille, Macron en campagne présidentielle sans le dire

Le président français Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse après la sortie en mer à bord du navire scientifique "Alfred Merlin" à Marseille, le 3 septembre 2021. ©Photo News

Omniprésent dans les médias à huit mois des présidentielles, le chef de l'État français tente de couper l'herbe sous le pied de ses adversaires, divisés, en multipliant les annonces concrètes.

Il s'est retrouvé sur un voilier à voguer au large des calanques de Marseille aux côtés de Nicolas Hulot. Objectif: alerter sur les plastiques qui polluent la mer. À l'heure où Emmanuel Macron inaugure, ce vendredi 3 septembre, le sommet international de la biodiversité, nul doute que cet affichage avec son ancien ministre démissionnaire — qui s'était insurgé contre l'inaction du gouvernement en matière d'environnement — vise à marquer les esprits. Et à jouer les séances de rattrapage.

Emmanuel Macron vient de passer trois jours dans la citée phocéenne. Un déplacement inhabituellement long que les Français interprètent déjà comme le lancement non officiel de sa campagne présidentielle. Avantage incontesté de la fonction, alors que ses adversaires se déchirent pour trouver leur leader, le chef de l'État français, lui, peut se prévaloir d'être dans l'action. Et de surinvestir l'espace médiatique comme il le souhaite. En apparaissant, par exemple, au 20h des journaux télévisés pour s'exprimer deux fois de suite en l'espace de dix jours sur le sujet de l'Afghanistan et des migrations. En signant, il y a peu, une tribune dans le magazine Challenges. Ou encore en livrant des confidences romanesques sur son couple dans un livre dont la publicité inonde en cette rentrée les ondes. 

L'adage du "en même temps" dont il se revendique, autrement le "ni de droite, ni de gauche" est toujours vivace.

1,5 milliard d'euros pour la cité phocéenne

À l'occasion de sa visite marseillaise, concentrée dans les quartiers nord, les plus déshérités, Emmanuel Macron — souvent qualifié de  "président des riches" par ses détracteurs — a annoncé une enveloppe de 1,5 milliard d'euros de la part de l'État. Avec au menu: le développement des transports, la rénovation d'écoles, la lutte contre le mal logement. Un ton résolument social — avec des bains de foule à l'appui – qui ne l'a pas empêché  d'insister par la même occasion sur le déploiement de 200 policiers supplémentaires en 2022 et d'innombrables caméras de surveillance. Preuve que l'adage du "en même temps" dont il se revendique, autrement le "ni de droite, ni de gauche" est toujours vivace. D'autant qu'il séduit de plus en plus les ex-fillonistes.

Quoiqu'il en soit, cette rentrée loin de la capitale n'a rien d'anodin.

Campagne sur le mode Netflix ciblant les jeunes

Quoi qu'il en soit, cette rentrée loin de la capitale n'a rien d'anodin. Emmanuel Macron, on le sait, souffre d'un déficit d'image dans la seconde ville de France. En 2017, il était d'ailleurs arrivé à la troisième position derrière Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise à gauche) et Marine Le Pen (Rassemblement National). D'ailleurs, sa stratégie de reconquête se confirme à l'égard d'autres publics. En l'occurrence, les jeunes, une classe d'âge qui concentre un grand nombre d'abstentionnistes (34% chez les 18-24 ans), et un réservoir de voix potentielles. En témoigne la campagne d'affichage massive dévoilée par le mouvement des Jeunes avec Macron qui s'apprête à déferler dans le pays. Cette dernière, qui emprunte les codes de la plateforme de streaming, a pour slogan: "Macron, président des jeunes" avec en sous-titre : "Vivement qu'on signe 5 saisons de plus". Certes, il en faudra davantage pour séduire la jeunesse qui s'est sentie abandonnée au début de la pandémie. L'exécutif promet d'ailleurs des annonces au cours des prochaines semaines dans la foulée des repas à 1 euro pour les étudiants boursiers.

"Dans les verbatims, on voit que c'est la gestion de la crise sanitaire qui est l'explication et qui écrase tout le reste."
Bernard Sananès
Président d'Elabe

Une cote liée à la gestion sanitaire

Emmanuel Macron fait donc feu de tout bois alors que sa cote serait en légère hausse à la faveur du reflux de l'épidémie. La confiance des Français à son égard progresserait de 3 points à 37% selon une enquête Elabe pour BFMTV publiée le 2 septembre. Reste que ces résultats peuvent, on le sait, se retourner très vite tant les mutations du virus restent peu maîtrisables. "Dans les verbatims, on voit que c'est la gestion de la crise sanitaire qui est l'explication et qui écrase tout le reste", souligne Bernard Sananès le président d'Elabe. Raison de plus pour être nuancé.

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