interview

"Avec un père serbe et une mère croate, il valait mieux ne pas parler politique à la maison" (Diana Nikolic, MR)

©Anthony Dehez

Après un bref passage au Parlement wallon en fin de législature, la députée liégeoise Diana Nikolic prépare sa grande rentrée. Si la politique est venue un peu plus tard, elle parle du libéralisme comme d’une évidence au regard de son passé familial.

L’air est frais le long de la Meuse ce lundi matin. Liège a retrouvé son calme après un week-end rythmé par le festival de musique Les Ardentes. Dans le parc qui longe le musée de La Boverie, l’herbe est restée verte malgré la canicule qui s’installe. On respire. Les enfants courent. C’est ici que Diana Nikolic prend ses quartiers d’été. "C’est mon jardin. Je n’habite pas très loin. En fait, c’est le jardin de beaucoup de Liégeois. Grâce à la passerelle récemment construite, le parc a été rendu aux Liégeois. C’est un poumon vert bien trop rare en ville et le musée rénové il y a quelques années accueille quelques belles expositions. J’adore cet endroit. J’y viens souvent avec mes deux filles. Liège est en train de se redresser. Cette image de ville grise n’est plus là. Liège bouge et avec l’arrivée du tram, la ville va se transformer."

S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas enlever aux Liégeois, c’est leur sentiment de fierté pour leur fief. "Ce n’est pas un esprit principautaire de repli sur soi", rassure-t-elle en riant. "Mais Liège, c’est comme la famille. Les Liégeois peuvent la critiquer mais pas les autres", prévient-elle quand même sous forme de clin d’œil.

Bercée dans l’histoire familiale

"Tout le monde politique liégeois passait au restaurant de mon père."

Assise à la terrasse de La Boverie, la jeune quadra évoque son parcours tout en sirotant son café matinal. "La politique n’a pas été tout de suite une évidence. Avec un père serbe et une mère croate, il valait mieux ne pas parler politique à la maison. Je lisais donc la presse."

Plus jeune, Diana Nikolic a été bercée par l’histoire de ses racines, ce passé qui a vu l’évaporation de la Yougoslavie et la chute du communisme. "Petite, je partais voir ma famille en Croatie et en Serbie. Je me souviens de cette image où, dans ma valise, j’emportais du café, de la poudre à lessiver et des rasoirs électriques. Cela me faisait sourire de voir cela dans ma valise. Pour moi, c’était un pays de vacances. Il y avait le soleil. Mes cousins me disaient que j’avais de la chance d’aller à l’école. Avec la guerre, ils ne pouvaient y aller. Certains ont même été déplacés."

Fan de musique. 

Cet été, Diana Nikolic navigue d’un festival à l’autre.Le week-end qui précédait notre rencontre, elle était aux Ardentes à Liège. "Cela reste un rendez-vous pour les Liégeois.On y va pour faire la fête entre amis. J’ai toujours adoré la musique.J’ai grandi avec les goûts musicaux de ma mère comme les Beatles. Aujourd’hui, mes goûts varient.Cela va dans tous les sens, entre le rock, la pop…"

Côté lecture, Diana Nikolic a dévoré plus jeunes les Balzac, Maupassant…"Cela m’a permis d’affiner ma culture française. Je termine actuellement le dernier tome de ‘L’Amie prodigieuse’ écrit par Elena Ferrante."

Le libéralisme sonne pour elle comme une évidence. "Mes parents se sont rencontrés en Belgique. Ma mère manifestait contre Tito. Elle a dû quitter la Yougoslavie. Elle est venue étudier le français en Belgique dans les années 1970. L’arrivée de mon père en Belgique est économique. Son rêve était d’ouvrir un restaurant. À Belgrade, on lui a fait comprendre qu’il ne pourrait jamais ouvrir ce restaurant. Il est donc venu réaliser son rêve en Belgique. Ce passé explique mon attachement aux valeurs libérales. Jamais le communisme de Tito n’a mis en place une égalité sociale. Je me souviendrai toujours de ma mère qui pleurait devant sa télévision en regardant les images sur la chute du mur de Berlin. Ces événements ainsi que le début de la guerre en ex-Yougoslavie m’ont fait aimer la politique."

Au Koliba

Si la politique était un sujet tabou à la maison, au Koliba (c’est le nom d’un refuge dans les montagnes serbes), le restaurant de son papa à Liège, les choses étaient un peu différentes. "Tout le monde politique liégeois passait au restaurant de mon père. Et forcément, ça parlait politique. Jean-Claude Marcourt m’a connue quand j’avais trois ans. Avant, il y avait des hommes et des femmes qui arrivaient à se focaliser sur ce qui rassemblait. À Liège, une union sacrée s’est formée autour de l’intérêt de la ville. Les nouveaux partis comme le PTB voient plus la politique comme un combat. Je n’ai pas beaucoup de sympathie pour le discours antisystème du PTB. Imaginons que ce parti soit un jour appelé à exercer le pouvoir. Le fera-t--il dans un cadre démocratique? Je n’ai pas l’impression que le communiste provoque des élections. On ne peut pas faire de la politique à coups de slogans comme le fait le PTB! Il faut savoir prendre ses responsabilités."

Diplômée en sciences politiques à Liège, c’est en 2002 que les choses ont vraiment débuté dans sa vie professionnelle. "Je me destinais à travailler dans les institutions européennes. La construction de la paix en Europe m’a beaucoup touchée pendant mon adolescence. Mais les quelques contacts que j’ai eus avec les institutions européennes m’ont éloignée", claque Diana Nikolic. Elle parle d’inertie et compare l’institution à un gros paquebot. C’est ici qu’est arrivé le libéral Philippe Monfils. "Il cherchait une collaboratrice pour renforcer son équipe. Il a été d’une certaine façon mon mentor en politique. J’ai vu ce que c’était avoir de l’engagement sur des dossiers." La voici aujourd’hui députée au Parlement wallon.

"Je me destinais à une carrière dans l’ombre"

Conseillère pour Philippe Monfils en 2002, Diana Nikolic n’a pas tout de suite imaginé embrasser une carrière politique de premier plan. "Je me voyais comme une femme de dossiers. Je me destinais à une carrière dans l’ombre. C’est Didier Reynders qui m’a demandé de me présenter aux communales à Liège en 2006. Mes proches m’ont tous dit que c’était une évidence."

Passionnée par la politique, Diana Nikolic prend la vie comme elle vient. Sans véritable plan de carrière. Après un passage de trois ans au Forum nucléaire et une série de missions dans la communication privée, voici qu’elle débarque au Parlement avec l’envie de faire bouger les choses dans des matières comme l’énergie ou la mobilité.

"J’ai fait cinq mois au Parlement wallon avant les élections et je vais entamer un mandat de cinq ans. J’aurai certainement encore envie de faire un autre mandat car le temps politique est long. Par contre, dans dix ans, je n’aurai pas de problème à partir sur une autre voix. Je n’ai pas envie de faire le mandat de trop."

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