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C'est quoi, un bourgmestre Ecolo?

©AUDE VANLATHEM

Les verts sont l’un des vainqueurs du scrutin, renforçant leur ancrage local. Mais cela donne quoi, Ecolo au pouvoir? Voyons ce que le passé peut nous enseigner.

Ils n’étaient pas légion. Un à Bruxelles, et cinq en Wallonie. Après les élections de dimanche dernier, ils ne sont pas nettement plus nombreux, mais quand même: trois à Bruxelles, et six en Wallonie. Surtout, insiste Christophe Derenne, directeur d’Etopia, ce think tank proche d’Ecolo, si les verts ont tendance à alterner, dans les urnes, jolis succès et grosses gifles, l’échelon local se comporte différemment. "Là où Ecolo est en majorité, il progresse." Ce n’est pas faux: à l’exception de Mont-Saint-Guibert – où la législature fut apparemment "compliquée" –, les bourgmestres verts se sont électoralement bien comportés. Et de nouveaux ont fleuri, à Floreffe, Forest, Ixelles et Pecq.

Cela étant, existe-t-il une "touche verte"? Une approche spécifique, qui différencie la gestion écologiste des autres? Nous avons posé la question à quatre bourgmestres sortants. Qui ne mettent pas spécialement en avant une réalisation ou un bilan. Plutôt une manière de faire. On vous résume.

Gestion, gestion, gestion. "J’ai trouvé Amay extrêmement endettée, résume Jean-Michel Javaux. C’est donc par là que j’ai commencé, avant de tenter d’arracher un ‘trophée vert’. En six ans, j’ai réduit la charge de la dette de 33%." Même combat à Watermael-Boitsfort, où Olivier Deleuze a fait chuter la dette de 22 à 15 millions d’euros. "C’était même peut-être un peu trop, confesse a posteriori le maître des lieux. Mais la première tâche d’un bourgmestre, c’est de gérer. De s’assurer que les finances publiques soient correctement tenues et que les citoyens vivent en sécurité même si les recettes utilisées peuvent varier." Et, quelque part, point cette volonté de montrer qu’Ecolo peut, lui aussi, être fin gestionnaire. "Si on veut être pris au sérieux, il faut se montrer rigoureux. Bons gestionnaires."

Disponibilité et accessibilité. C’est tout simple. Et fait partie de ce qu’il nomme la "marque de fabrique Saint-Amand", qui est en phase avec "l’ADN d’Ecolo". Le bourgmestre d’Enghien habite à un jet de pierre de la maison communale. Et ce trajet, il le parcourt à pied, matin, midi et soir. "Soit autant de fois cinq minutes où je suis totalement accessible au citoyen. Qu’il s’agisse de papoter de la pluie et du beau temps, ou d’être à l’écoute de leurs préoccupations." Comme dirait Olivier Deleuze, quand on sort dans la rue et qu’on s’y fait apostropher, impossible d’être déconnecté de la réalité et de s’enfermer dans sa bulle.

Ajoutez qu’Olivier Saint-Amand se consacre entièrement à sa charge de bourgmestre. "C’est sans doute une spécificité plus locale qu’écologiste, nuance le politologue Pascal Delwit (ULB). Tous partis confondus, le mandataire local qui consacre son entière attention à sa charge, qu’il soit innovant ou non, bénéficie d’un retour électoral." L’avantage d’Ecolo, c’est que le décumul y est sacré.

leçon politique

Excepté à l’échelon local, le comportement électoral des verts ressemble à une montagne russe. Succès en 1999 et 2000? Échec en 2003. Vent dans les voiles en 2007 et 2009? Sacrée déculottée en 2014. Et c’est reparti pour un joli score en 2018 – allez savoir de quoi 2019 sera fait. Si l’on veut schématiser les choses, on peut dire que les verts ont chèrement payé toutes leurs participations gouvernementales. Ils en ont tiré deux leçons essentielles.

La première, c’est qu’ils ne s’infligeront plus les séances de déchirement publiques qui ont marqué sa montée au Fédéral en 1999. Avec des assemblées générales houleuses, voire parfois hostiles. Il faut dire aussi qu’Ecolo n’était pas préparé à l’exercice du pouvoir – mais peut-on seulement s’y préparer?

La seconde, plus récente, est qu’il ne sert à rien de vouloir tout, tout de suite. À bord, Ecolo était de tous les dossiers, même de ceux qui ne sont pas les siens. Et il chargeait sa propre barque au point qu’elle peinait à avancer. Les verts affirment avoir compris qu’il fallait se fixer quelques "priorités structurantes" et s’y tenir. Histoire de présenter à l’électeur un bilan bouclé et lisible. De ne pas s’époumoner, parfois en vain. Et de ne pas systématiquement crisper ses partenaires.

Transparence. Tout doit être transparent et être accessible sur internet. Telle est la profession de foi d’Olivier Deleuze, qui a également fait passer à la trappe véhicules de fonction et autres frais de représentation. Tout. Salaire des uns et des autres, majorité comme opposition, dans la moindre structure. Présence aux réunions. Jusqu’aux critères d’achat du bus scolaire.

Participation citoyenne. C’est le dada d’Olivier Saint-Amand. La participation citoyenne. "Enghien est passée de 6 à 52 groupes de quartier, et nous sommes en contact régulier avec environ 35 d’entre eux." La ville a créé un budget participatif doté de 15.000 euros. "En six ans, nous avons financé 25 projets dans 18 quartiers." Finaud: les projets sélectionnés sont intégrés au processus administratif traditionnel. "Ceux qui suivent peuvent se rendre compte des délais qui existent parfois entre l’adoption d’un projet et sa réalisation; ils sont confrontés aux mêmes réalités que la commune. Ce faisant, nous apportons une réponse à deux reproches fréquents: ‘on ne fait rien pour nous’, et ‘tout prend tellement de temps’."

Même approche à Ottignies-Louvain-la-Neuve, où l’on a développé toute une série d’outils en la matière. De la consultation populaire – parfois "un peu binaire", glisse le bourgmestre sortant Jean-Luc Roland – à l’atelier urbain mêlant experts, habitants et promoteur privé et devant esquisser le futur d’un quartier, en passant par les structures de dialogue mises en place afin que ville, université, habitants, étudiants et commerçants puissent communiquer.

"À l’époque, on me disait: ‘Assez de plans, place à l’action.’ Maintenant, même l’opposition réclame l’actualisation de ces plans."
Jean-Luc Roland
Bourgmestre (sortant) d’Ottignies-Louvain-la-Neuve

Environnement et climat, quand même. Il y a des petits pas. "L’idée n’est pas de mettre sur pied un laboratoire d’écologie politique, avance Olivier Deleuze. Il faut emmener les gens avec soi." A Watermael-Boitsfort, on y va donc petit à petit. Il est question de zones 30, de "chicanes et de zigzags" afin de ralentir la circulation. De mise au régime énergétique. "Chaque vanne thermostatique est suivie. Depuis 2004, la consommation a diminué de 40%. Autant de CO2 en moins, et 400.000 euros d’économies par an."

Il y a, aussi, des visions à plus long terme. "Gestion prospective, dit Jean-Luc Roland. Au début de mon mandat, j’ai lancé un plan communal de mobilité, et un autre de développement durable. À l’époque, on me disait: ‘Assez de plans, place à l’action.’ À présent, même l’opposition réclame l’actualisation de ces plans. Qui ont permis un travail de longue haleine. Avec des administrations concernées et des actions coordonnées. Nous avons ainsi pu sécuriser une centaine de kilomètres d’itinéraires cyclables. En dix ans, l’usage du vélo a grimpé de 70%."

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