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Charles Michel à l'Europe, quelles conséquences en Belgique?

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Un remaniement au Fédéral est à attendre avec une probable entrée au 16 pour Didier Reynders. Le MR vivrait la fin d’une ère présidentielle qui dure depuis 2011. Ce départ pourrait faciliter la montée du MR à la Région wallonne.

Charles Michel est donc en partance pour la présidence du Conseil européen. Le départ du Premier ministre libéral francophone, incontournable au niveau national depuis plusieurs années, ne sera évidemment pas sans conséquences pour le paysage politique belge. Ceci dans les deux lieux de pouvoir contrôlés par le Wavrien: le gouvernement fédéral en affaires courantes et le MR dont il est président. Au MR, on précise bien que Charles Michel ne prendra ses fonctions qu’au 1er décembre. "Rien n’exige qu’il quitte directement le poste de Premier et il restera président du parti jusqu’à la fin des négociations gouvernementales", ajoute-t-on.

Charles Michel restera également négociateur en chef des réformateurs pour tous les niveaux de pouvoir auxquels le MR sera convié en vue de la formation de gouvernements. 

Après sa nomination, Charles Michel a déclaré mardi soir espérer qu’un gouvernement fédéral sera en place "dans des délais raisonnables".

Au Fédéral, il apparaît naturel que Didier Reynders, qui a échoué à s’emparer de la direction du Conseil de l’Europe, hérite du 16 rue de la Loi. S’il est forcément bien placé au niveau de son parti, son nom ne heurte a priori pas l’Open Vld ni le CD&V, chacun partenaire du gouvernement sortant. Quant à son poste de vice-Premier ministre, il a des chances de revenir à l’actuelle ministre en charge du Budget, Sophie Wilmès.

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Ce jeu de chaises musicales demeure à ce stade hautement spéculatif. Parité linguistique oblige, pareil scénario demanderait la nomination d’un nouveau ministre fédéral MR. On évoque des noms tels que David Clarinval, chef de groupe à la Chambre, ou encore Jean-Luc Crucke, un bon bilingue. Des glissements de compétences sont sans doute à attendre. Didier Reynders est actuellement ministre des Affaires étrangères et européennes et ministre de la Défense. Une dernière charge qui ne déplairait sans doute pas à Denis Ducarme, actuel ministre des Indépendants. Mais attention, d’urgence il n’est pas question. Charles Michel peut théoriquement demeurer au gouvernement belge le temps de prendre ses nouvelles fonctions, soit à la fin de l’année.

Pour le MR, le départ de Charles Michel devrait s’apparenter à une petite révolution. Depuis son accession à la direction du mouvement, en janvier 2011 (il a cédé le poste à Olivier Chastel entre fin 2014 et février dernier), c’est le clan Michel qui domine une organisation encore marquée par les anciennes rivalités du Premier avec Didier Reynders. Les deux hommes ont encore chacun leurs supporters en interne. Dans un contexte de recul électoral, la succession de Charles Michel à la tête du MR comporte un risque d’incendie pour la maison libérale.

"Charles Michel gardera encore la main sur le parti pendant plusieurs mois."
Un libéral

"Il faut attendre ce qui se passera au niveau wallon", précise un bleu. La participation du MR au pouvoir régional pourrait renforcer la position des ‘micheliens’ parmi lesquels on trouve un certain Willy Borsus, ministre-président wallon et potentiel président de parti. "Michel ne prendra ses fonctions européennes qu’à l’automne, ajoute un libéral en vue. Il gardera donc la main sur le parti pendant plusieurs mois""La perte d’influence de Charles au sein du parti ne sera pas brutale comme ce fut le cas pour Olivier Chastel", confirme un autre MR.

Une transition qui s’annonce compliquée

Ce temps restant à Charles Michel ne garantit nullement une transition sans heurts. Une critique du positionnement pourrait émerger alors que le parti semble avoir payé électoralement la difficile cohabitation du parti avec la N-VA au niveau fédéral. Christine Defraigne, figure liégeoise, a ouvertement plaidé pour un retour à une ligne plus proche du libéralisme social. Cette prise de position annonce-t-elle un grand barnum programmatique? Rien n’est moins sûr. La semaine dernière, dans L’Echo, Willy Borsus fermait la porte à toute refonte idéologique. Jean-Luc Crucke, considéré comme une personnalité ayant gardé des contacts interpersonnels avec les leaders des autres partis pourrait également se positionner comme président potentiel.

Le départ de Charles Michel pour le niveau européen rendra en tout cas indispensable la tenue d’une élection présidentielle. Celle-ci doit officiellement se tenir avant la fin de l’année, sans qu’aucune date de scrutin soit encore fixée. En février dernier, Charles Michel avait repris sans élection interne la présidence du parti qu’il avait laissée à Olivier Chastel à l’avènement de la coalition suédoise en 2014.

Dernier élément: le départ de Charles Michel, incarnation des années MR/N-VA au Fédéral, pourrait faciliter la montée des libéraux au pouvoir en Wallonie. "Cela dépendra de la façon dont les cartes seront redistribuées au MR", commente un proche des négociations. Certains voient également la position de la N-VA au Fédéral fragilisée par le départ de "son meilleur allié", a twitté Zaki Khattabi (Ecolo).

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