analyse

Elio Di Rupo, un pari à la fois risqué et logique pour le PS

©BELGA

Les têtes de liste socialistes commencent à sortir du bois. La dernière en date n’est pas des moindres, puisque c’est celle du président. Dans le Hainaut, bien sûr.

Le président avait prévenu, avec son art consommé du mystère. Il trancherait après les communales, et avant la fin de l’année. Eh bien, le président a tranché et l’a fait savoir. Jeudi soir, sur le plateau de la RTBF, Elio Di Rupo a été on ne peut plus clair: il mènera la liste socialiste pour la Chambre dans le Hainaut.

À vrai dire, les options étaient réduites, deux scénarios circulant jusque-là. Le premier voyait Elio Di Rupo tirer la liste européenne, actant d’une certaine façon un retrait de la scène politique belge. Le second le voyait se lancer dans la bataille des législatives; scénario qui avait gagné en épaisseur ces derniers temps, le patron socialiste réinvestissant plus franchement l’arène belge et menant à nouveau la contestation contre ce "gouvernement MR/N-VA". De fait: ce sera la Chambre, pas l’Europe.

L’annonce dirupienne aurait, a-t-on lu, surpris et dérangé au sein du Parti socialiste. Même sous cape, aucun des "camarades" joints ce vendredi ne se sont dits déçus, ou même surpris. Le président n’aurait-il tout de même pas joué en solitaire? La question n’aurait-elle pas dû passer par la case du bureau du parti? "Mais enfin, balaie cette éminence rouge. La tradition est respectée. Après une série de contacts informels, la liste se met en place. Complète, elle est ensuite soumise à l’approbation des instances." Et au boulevard de l’Empereur, siège du PS, on confirme qu’une série de personnalités ont été consultées, dont Paul Magnette.

Parce que oui, l’autre homme fort socialiste du Hainaut était également pressenti pour figurer à la tête de cette liste hennuyère. Contacté, le bourgmestre de Charleroi n’a pas souhaité s’exprimer.

Effet d’usure

Elio Di Rupo, le bon candidat? Les socialistes interrogés sont formels. Le choix est gagnant. Liste non exhaustive: il représente tout le Hainaut où sa popularité est énorme; il est fin tacticien et bénéficie, en interne, du soutien d’un grand nombre de députés-bourgmestres – dont certains ont pu mal vivre la proposition de décumul intégral portée il n’y pas si longtemps par Paul Magnette –; il se bat depuis belle lurette sur le terrain du pouvoir d’achat et de la Sécu; et cetera, et cetera. 

Reste à savoir si l’électeur sera de cet avis. Au sommet de l’affiche politique francophone depuis 1988, président du PS depuis 1999 – avec quelques entractes –, l’image de l’ancien Premier ministre ne s’est-elle pas, au fil de temps, fanée et écornée? Comment encore prétendre apporter espoir et renouveau? C’est indéniable, reconnaît  Pascal Delwit: une sorte d’effet d’usure est passée par là. "Des électeurs nés dans les années ‘90, voire ‘80, ont toujours connu Elio Di Rupo. Il n’est plus à même d’incarner ce qu’il représentait en 1999, à savoir modernité et dynamisme. C’est un risque pour le PS." Surtout qu’il n’est pas question, pour le Parti socialiste, de se planter dans le Hainaut, qui est la province francophone envoyant le plus de députés à la Chambre. "Mais d’un autre côté, poursuit le politologue de l’ULB, il a ce côté rassurant pour l’électorat plus âgé, de quinquagénaires et au-delà, un peu effrayés par la célérité de la vie politique et sociale. Un parti doit faire cela, aussi: rassurer."

"Des électeurs nés dans les années ‘90, voire ‘80, ont toujours connu Elio Di Rupo. Il n’est plus à même d’incarner ce qu’il représentait en 1999, à savoir modernité et dynamisme. C’est un risque pour le PS."
Pascal Delwit
politologue (ULB)

Quoi qu’il en soit, difficile de nier que le choix du président repose sur une logique. Elio Di Rupo n’allait pas jouer les figurants, surtout après le passage de témoin effectué à Mons. Et si sa présence en tête de liste est entachée de questionnements, il en aurait été de même avec celle de Paul Magnette. Qui a promis de rester aux manettes de Charleroi et ne peut cumuler ce trône avec un poste de député. Difficile de mener campagne quand il est clair qu’on ne pourra siéger – en tout cas à la Chambre, peut-être un rien moins à l’Europe.

La question n’en reste pas moins posée. Malgré sa popularité et son sens tactique – quel coup, à Mons! –, Elio Di Rupo ne se lance-t-il pas dans l’élection de trop? Tout comme il s’est probablement lancé dans la présidence de trop, en 2014? La réponse ne tombera qu’en mai de l’année prochaine. Cependant, même si les socialistes sortent soulagés des communales, le bilan des provinciales est tout de même mitigé. Bien sûr, une élection n’est pas l’autre, mais en octobre, le PS a terminé sous les 26% en Wallonie, à 25,4%. "Elio Di Rupo est celui qui a mené le PS vers les sommets de 2003 (36,4%) et de 2010 (37,7%), rappelle Pascal Delwit. Tomber à 26% constituerait une grande défaite. Afficher le score le plus bas de son histoire, ce n’est sans doute pas la sortie idéale."

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