L'enjeu des élections, parti par parti

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Analyse | L’enjeu d’une élection, qu’elle soit pour gouverner un pays, pour figurer à la tête d’un mouvement, ou même pour enceindre l’écharpe de Miss Monde, c’est évidemment de gagner. Mais au-delà de cette vision simpliste, chaque parti politique, dans cette campagne 2019, a des défis qui lui sont propres. Nous les retraçons pour vous, parti par parti.

 

La bataille dure depuis quatre mois. Et les états-majors sont fébriles. Pour chaque parti, les enjeux de ces élections fédérales, régionales et européennes 2019 vont bien au-delà d’une victoire. Voici ce qui se joue pour chacun.

PS

De la marge

Dans ce scrutin, le principal enjeu du PS sera de revenir aux affaires, tant au Fédéral qu’à la Région wallonne. Et pour cela, il faudra limiter la baisse annoncée dans les sondages (comparé à 2014), tout en maintenant sa position de premier parti à tous les niveaux de pouvoir. Un défi pas aussi simple à rencontrer quand on sait que la famille socialiste vit des heures plutôt difficiles dans l’ensemble de l’Europe.

Cela dit, chez nous, le PS a encore de la marge. D’autant que lentement mais sûrement, il regagne du terrain. S’il peut ambitionner de rejoindre le seuil des 30% de votes en Wallonie, le PS devra néanmoins scruter le score du MR. La projection en siège au Parlement wallon, sortie du sondage du week-end dernier (lire en p.5), montre que les libéraux n’ont plus que trois sièges de retard sur les rouges du boulevard de l’Empereur.

Derrière cet objectif se cache aussi une autre ambition: prendre la main sur les négociations pour la formation des coalitions. Un objectif que le PS a eu à l’œil durant la campagne, en témoigne sa posture peu agressive, évitant les affrontements trop durs pour se concentrer sur une campagne plus pédagogique menée sur le terrain. Comme s’il voulait ménager au passage les partenaires potentiels.

"Enfin, le dernier enjeu du PS sera également de convaincre l’électorat de gauche, voire de l’extrême, que cocher la case socialiste se révèle être le meilleur choix", explique encore le politologue Pascal Delwit. Que voter PS sera plus utile que voter PTB, purement et simplement car le PTB n’a pas l’intention de monter au pouvoir. Elio Di Rupo s’y est encore employé dans ses dernières interventions, restera à voir s’il aura convaincu les indécis.

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Ecolo

Déjouer la pression

La star des sondages. Avec la pression inhérente. Ce n’est pas tout de caracoler en tête dans la course à l’électeur, il faut concrétiser les scores annoncés. "C’est la position la plus dangereuse et périlleuse, confirmer ce que tout le monde annonce: les écologistes grands gagnants au soir du 26 mai", dit Pascal Delwit.

Cette pression a pesé sur Ecolo tout au long de la campagne. Pascal Delwit emprunte la métaphore footballistique pour illustrer son propos: "C’est comme quand une équipe gagne haut la main le match aller, que va-t-elle faire au match retour? Doit-elle y aller en posture d’attaque ou de défense? Ici c’est pareil, et Ecolo a longtemps hésité à rentrer dans cette campagne, restant très pondéré dans les débats, tentant d’éviter de commettre une erreur."

Le hic, c’est qu’erreur il y a eu… Le tract controversé de la candidate bruxelloise Zoé Genot, positionnant Ecolo comme un parti favorable au port du voile et à l’abattage rituel sans étourdissement, a obligé la tête du parti à se contorsionner. Ecolo s’est pris les pieds dans le tapis communautaire et cela pourrait lui coûter quelques voix en Wallonie, et notamment en Brabant wallon, là ou justement il avait porté un coup dur au MR. "La difficulté qui s’ajoute, pointe encore Pascal Delwit, c’est que même si Ecolo réalise un bon score comparé à 2014, tout en reculant par rapport aux derniers sondages, l’impact dans l’imaginaire sera négatif." Défaite ou victoire, il faudra soigneusement peser les mots…

"En optant pour une campagne de parti d’opposition plutôt que de majorité, le MR a clairement pris un risque."
Pascal delwit
Politologue

cdH

Conjurer le crash

Les temps sont durs pour les humanistes. Crédités de 9,7% des intentions de vote en Wallonie et 6,5% à Bruxelles lors du dernier sondage Ipsos/Le Soir, le cdH a pour principale mission de… survivre. Conjurer ce que tout le monde a en tête: le crash mortel. "S’il passe sous les 10% en Wallonie, ce sera très dur pour le parti de rebondir", analyse Pascal Delwit. Et l’enjeu ne sera pas simple à remporter. "Sa campagne a été un vrai chemin de croix, entachée par les affaires Fourny en Wallonie, Milquet à Bruxelles, le retrait de Francis Delpérée à Bruxelles suite à son désaccord avec Dallemagne et son appel à ne pas voter pour la tête de liste de son propre parti…" L’électeur arrivera-t-il à passer un coup d’éponge sur tout cela? On le saura dimanche.

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Le cdH va donc devoir se maintenir à un niveau suffisant pour garder en crédibilité et en légitimité. "Et la bataille se jouera dans toutes les provinces, car partout il y a un siège fragile", souligne Delwit. Quoi qu’il arrive, les humanistes resteront dépendants des autres. Au mieux, s’ils remontent suffisamment leur score, pourront-ils jouer le rôle de parti pivot, et espérer ainsi s’imposer dans une majorité avec le PS et Ecolo. Au mieux…

À noter encore que le président tout frais émoulu du parti, Maxime Prévot, devra aussi composer avec les exclusives qu’il a lui-même posées pour la formation de futures majorités. Une suédoise bis assortie d’une touche d’orange francophone, c’était niet. On verra après le 26 mai.

MR

Limiter la casse

Les libéraux sont entrés dans la campagne dans une mauvaise posture. Cumulant leur échec (relatif) aux élections communales d’octobre avec l’échec (tardif) de la coalition suédoise. "Dans ce contexte post-crise, le MR a été très crispé dans sa posture", dit Delwit, qui pointe aussi toute la difficulté du chef de file des libéraux, Charles Michel, à trouver le bon ton entre la posture d’un Premier ministre en campagne (qui se pose généralement au-dessus de la mêlée), et celle du président de parti en route pour le front (qui lui, se place généralement au plein milieu du jeu de quille).

Pour le MR, il faudra donc limiter la casse annoncée dans les sondages. Les projections annoncent quatre sièges de moins, que ce soit au Fédéral ou en Wallonie. Son enjeu chiffré? Ne pas perdre plus de trois sièges, celui du Brabant wallon étant particulièrement mis en danger par Ecolo, en pleine forme dans la province. À ce niveau, la campagne très dure menée face aux verts sera-t-elle payante? Ou le MR n’aura-t-il réussi qu’à agacer son électorat à force de taper sur l’adversaire. "En optant pour une campagne de parti d’opposition plutôt que de majorité, le MR a clairement pris un risque", pointe Delwit.

Mais cela ne s’arrête pas là. Il y a aussi… l’isolement politique. "Avec la manière dont les libéraux ont traité l’opposition durant la législature, les choses risquent d’être plus compliquées à l’heure de former des majorités. Excepté avec le cdH, le MR n’est pas en position favorable pour nouer des alliances. Il aura d’autant plus de difficultés à imposer une majorité au Fédéral, majorité à répercuter dans les régions, qu’il n’est pas un partenaire de premier choix pour Ecolo ou le PS", analyse Pascal Delwit.

PTB

Maintenir la dynamique

PTB et Ecolo, le combat est similaire. Mais l’enjeu différent… L’extrême gauche de Raoul Hedebouw n’a pas l’intention de monter dans une majorité. Il a des objectifs propres. Maintenir sa dynamique de croissance, étendre sa sphère d’influence et de pouvoir par le biais des bancs du Parlement.

L’enjeu du PTB est donc de garnir un peu plus ses rangs dans les différents hémicycles en gonflant son score de 2014 (il avait obtenu deux sièges en Wallonie et au Fédéral, et est crédité de sept sièges dans les sondages). Notamment en gonflant sa part néerlandophone, précise Pascal Delwit. Il ambitionne de placer au Fédéral Peter Mertens (candidat à Anvers), Maria Vindevoghel (candidate à Bruxelles) et Alain Bourgeois (candidat originaire de Genk à Liège). Le PTB espère également décrocher un élu au Parlement européen.

Plus d’élus, cela voudra aussi dire plus de financement, plus de présence médiatique, plus de personnel pour le parti, et donc davantage de chance de maintenir sa dynamique de croissance.

DéFI

Retrouver une identité

Triple enjeu pour DéFi: annoncé en baisse dans certains sondages, en stagnation dans d’autres ou en très légère progression, DéFi devra limiter la casse au Fédéral tout en réalisant un score suffisamment honorable à Bruxelles et réaliser la surprise du chef en Wallonie (ou le parti va tenter une percée… pas évidente).

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Le souci de DéFI, c’est qu’il a perdu son identité forte, incarnée par la défense des francophones de la périphérie. L’une de ses personnalités phares à Bruxelles (Didier Gosuin) ne se présente pas, laissant un Bernard Clerfayt isolé pour monter au combat. Ce qui laisse le politologue Pascal Delwit sceptique sur sa capacité à s’implanter fermement à Bruxelles. DéFi peut espérer gagner un élu supplémentaire au Parlement bruxellois, mais plus cela risque d’être compliqué. Idem à la Chambre, où DéFi risque de perdre un siège. "Et se retrouver avec un seul élu à la Chambre rend les choses très compliquées pour incarner l’image du parti", dit Delwit. En Wallonie, le parti amarante a raté le coche aux élections provinciales, ce qui augure de grosses difficultés pour performer ce 26 mai.

droite de la droite

Survivre

L’enjeu des deux formations d’ultra-droite est très simple: survivre. Décrocher un élu au Fédéral sera déjà perçu par les Listes Destexhe et le Parti populaire comme une grande victoire. Mais en cas d’échec, ce sera la bérézina, pour l’un comme pour l’autre. Tout financement leur passera sous le nez, leur visibilité sera nulle. A tel point qu’ils n’auront plus qu’à replier bagage et se trouver un autre job…

À noter qu’en Région bruxelloise, les deux partis ont décidé de grouper leur liste. Arriveront-ils à convaincre l’électeur francophone que voter pour eux serait préférable au vote N-VA, auxquels ils se comparent? Les sondages les créditent en tout cas d’un dépassement (à deux) du seuil de 5%. PP et Listes Destexhe décrocheraient donc un élu, mais toujours pas de financement…

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