analyse

L'Open Vld garde toutes les options ouvertes au Fédéral

Alexander De Croo, vice-Premier ministre Open Vld et la présidente des libéraux flamands Gwendolyn Rutten. ©BELGA

L'Open Vld n'a pas encore posé de choix en faveur d'une coalition ou l'autre au fédéral, ressort-il à l'issue du bureau de parti des libéraux flamands. Le vice-Premier ministre Alexander De Croo a souligné que sa formation entendait avant tout discuter de contenu.

L'informateur Paul Magnette (PS) se rendra-t-il cette semaine déjà chez le Roi, plutôt que le 9 décembre, comme prévu? Remettra-t-il son mandat ou au contraire proposera-t-il d'enfiler le costume de formateur d'un gouvernement arc-en-ciel, avec éventuellement Gwendolyn Rutten (Open Vld) dans le rôle de Première ministre? Cette dernière n'a en tout cas pas dit non!

Ces supputations font suite à la réunion secrète qui s'est tenue samedi soir entre six partis à l'invitation de Paul Magnette. Le scénario selon lequel le président du PS ne s'attelle qu'à chercher des points de convergence entre dix partis ne tient plus. Il semble désormais œuvrer pour sa coalition préférée.

La N-VA est profondément divisée quant à la possibilité d'entrer dans une cohabitation au fédéral avec le PS.

Magnette agit avec le soutien des écologistes qui ont quelques postes ministériels en vue. Le sp.a semble aussi prêt à attacher son wagon à la locomotive du PS plutôt que rester sur les bancs de l'opposition. Il est donc possible que nous ayons atteint un point d'inflexion dans la formation d'un nouveau gouvernement, un peu plus de six mois après les élections.

Mais avons-nous atteint le point de non-retour? Rien n'est moins sûr. Au sein de plusieurs partis, pas seulement ceux de l'éventuelle coalition arc-en-ciel, des manœuvres sont en cours.

Quid de la N-VA?

Le président des nationalistes flamands Bart De Wever a déclaré dimanche soir qu'il était toujours prêt à prendre l'initiative. Cette déclaration pourrait être le signal attendu par le CD&V; un signal que la N-VA n'a pas encore totalement arrêté son choix en faveur de l'opposition. Reste à savoir jusqu'où Bart De Wever est prêt à porter ce signal.

Gwendolyn Rutten n'est pas la seule libérale à penser qu'il est temps de se libérer de la N-VA.

À ce jour, le parti est profondément divisé quant à la possibilité d'entrer dans une cohabitation au fédéral avec le PS. Dans le rang des opposants, on note Jan jambon ou Ben Weyts, alors que Bart De Wever et Theo Francken seraient prêts à faire le pas. À noter aussi qu'une enquête postélectorale avait conclu que les électeurs de la N-VA qui ont rejoint le Vlaams Belang ont peu de chance de revenir au centre... 

Dès l'entame du bureau de parti de la N-VA ce lundi, son président a clairement indiqué qu'il était question de "rupture de confiance" avec l'Open Vld, le partenaire de la N-VA au sein du gouvernement flamand. "Nous n'avons pas eu de contact avec la présidence de l'Open Vld depuis deux semaines", a déclaré Bart De Wever tout en précisant qu'il était toujours partant pour prendre la main dans les négociations au Fédéral. 

Quid de l'Open Vld?

Comment les libéraux vont-il interpréter le signal de la N-VA? Les relations entre le président de la N-VA et sa collègue de l'Open Vld Gwendolyn Rutten sont plutôt glaciales. 

Gwendolyn Rutten n'est pas la seule libérale à penser qu'il est temps de se libérer de la N-VA. Les membres du parlement flamand sont, par exemple, perplexes devant la façon dont la N-VA s'est appropriée l'accord de coalition sur les matières culturelles. D'autres, par contre, seraient prêts à réitérer une coalition bourguignonne. C'est le cas de Vincent Van Quickenborne, mais il semble bien seul. Et que pensent Alexander De Croo et Egbert Lanchaert? Vont-ils s'unir pour barrer la route au bateau arc-en-ciel, ou vont-ils monter à bord? 

"Nous allons écouter si quelque chose a changé", a expliqué ce lundi Egbert Lachaert, le chef de groupe Open Vld à la Chambre. ©Photo News

À l'issue de leur bureau de parti, les membres de l'Open Vld ont minimisé l'importance de la réunion secrète de ce week-end. Aucun choix en faveur d'une coalition ou l'autre n'a été posé. Le vice-premier ministre Alexander De Croo a souligné que sa formation entendait avant tout discuter de contenu, tout en précisant qu'elle déterminerait seule sa ligne. "Si on nous invite pour une discussion, nous allons toujours écouter. Nous sommes des gens polis", a lâché Alexander De Croo, vice-Premier ministre. Si le CD&V et la N-VA contactent l'Open Vld, le parti ira aussi "les écouter", a-t-il précisé. De son côté, Egbert Lachaert, le chef de groupe à la Chambre, a insisté sur le fait que la première note de l'informateur Magnette était "imbuvable" pour l'Open Vld. "Nous allons écouter si quelque chose a changé", a-t-il expliqué. 

Quid au PS? 

Les socialistes francophones tenaient également un bureau du parti ce lundi. Pour Jean-Claude Marcourt (PS), négociateur au Fédéral, Paul Magnette n'a pas eu l'intention d'exclure des partis politiques en organisant une réunion qui associait seulement une partie d'entre eux. "Il n'y a aujourd'hui aucune note d'exclusion. On essaie de construire ce qui pourra permettre à un formateur de construire un gouvernement", a expliqué Jean-Claude Marcourt. 

Il y a un parti, la N-VA, qui est clairement séparatiste, ça ne me paraît pas être un projet d'avenir pour le pays, et il y en a d'autres qui se cherchent, comme le CD&V qui est le bienvenu pour discuter et dialoguer.
Ahmed Laaouej
Chef du groupe PS à la Chambre

"L'informateur a des contacts avec le CD&V et la N-VA. Il a fait une réunion avec les autres partis mais, demain, nous pourrions voir d'autres scénarios", a ajouté celui qui est aussi le président du Parlement wallon.

Mais l'appel du pied en direction des libéraux flamands est toujours d'actualité. "L'Open Vld a décidé d'être constructif, d'œuvrer à la relance de l'économie et de trouver des solutions. À partir de là, ça en fait un partenaire crédible", a ainsi souligné le chef de groupe PS à la Chambre, Ahmed Laaouej. "Il y a un parti, la N-VA, qui est clairement séparatiste, ça ne me paraît pas être un projet d'avenir pour le pays, et il y en a d'autres qui se cherchent, comme le CD&V qui est le bienvenu pour discuter et dialoguer", a-t-il ajouté. 

Quid du MR?

Chez les libéraux francophones, on ne voit pas de telles tensions, mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de discussions. Le président fraîchement nommé Georges-Louis Bouchez préférerait négocier en profondeur avec la N-VA avant toute prise de décision. L'ancien Premier ministre Charles Michel, quant à lui, ne serait pas déçu si les nationalistes flamands – qui ont fait exploser son gouvernement – se retrouvaient dans l'opposition.

Du côté de DéFI, on suit en tout cas de près se qui se passe au MR et on se dit prêt à accueillir certaines brebis égarées. Le nouveau président de DéFI François De Smet serait prêt à discuter avec des libéraux progressistes en provenance du MR si ceux-ci venaient frapper à sa porte, a-t-il indiqué ce lundi matin sur les ondes de Bel RTL. Pour autant, il assure ne pas vouloir "faire de débauchage". "C'est à eux de décider de leur propre destin. S'ils sont heureux dans un ensemble plus grand, dominé par un courant objectivement un peu plus conservateur... et bien tant mieux pour eux. Je ne ferai pas de débauchage mais je discuterai avec tout le monde", a insisté François De Smet.

Plusieurs dirigeants du CD&V tremblent à l'idée de se retrouver dans l'opposition.

Quid du CD&V?

Et que veut réellement le CD&V? C'est probablement l'une des questions les plus importantes. Les démocrates chrétiens flamands pourraient se sentir complètement humiliés par les partis de l'arc-en-ciel et le négociateur en chef Koen Geens pourrait camper sur ses positions. Pourtant plusieurs dirigeants du parti tremblent à l'idée de se retrouver dans l'opposition.

Si le CD&V devait partir dans l'opposition, ce serait le point final à la carrière de Koen Geens. ©BELGA

De plus, plusieurs propositions sociales de la note de l'informateur Magnette plaisent au parti, même si le financement reste une pierre d'achoppement. Autre considération: il semble acquis que si le CD&V devait partir dans l'opposition, ce serait le point final à la carrière de Koen Geens.

Invité dans la matinale de la VRT, ce dernier a cherché ce lundi à comprendre "comment l'Open Vld peut trouver sa place" dans une coalition arc-en-ciel. C'est "un mystère" pour le ministre de la Justice. Il a rappelé, en outre, que la coalition arc-en-ciel ne recueille qu'une courte majorité à la Chambre et dispose de 400.000 voix de moins que l'opposition, "un mauvais signal donné à l'électeur", selon lui. Le ministre CD&V regrette aussi le fait que l'on ne donne pas la possibilité à Bart De Wever de prendre l'initiative. "Comment est-il possible que vous ne donniez pas à Bart De Wever la chance de prouver qu'il ne veut pas?", s'interroge Koen Geens.  

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