La crainte d'un blocage de Bruxelles par la N-VA ressurgit

La percée de la N-VA aux communales a été moins forte qu'espéré par le parti nationaliste, malgré la présence sur le terrain de poids lourds comme Jan Jambon et Theo Francken. Bis repetita le 26 mai? Pas sûr... ©Photo News

À l’approche du scrutin régional, le spectre d’un blocage institutionnel de Bruxelles refait surface. Dans ce scénario déjà maintes fois évoqué, seuls les acteurs ont changé. En effet, la N-VA a remplacé le Vlaams Belang dans le rôle du parti néerlandophone incontournable qui pourrait paralyser la capitale.

Pour comprendre comment un parti qui obtiendra moins de 6% des suffrages, selon le dernier Grand baromètre Ipsos-Le Soir-RTL, pourrait bloquer à lui tout seul une région, un petit rappel historico-institutionnel s’impose.

Alors que la répartition des sièges était au départ proportionnelle au vote de chaque groupe linguistique, la réforme du Lombard de 2001 a organisé la représentation minimale garantie des néerlandophones en Région bruxelloise. Depuis les élections de 2004, le Parlement bruxellois compte 89 députés: 72 francophones et 17 néerlandophones. "Peu nombreux à l’époque, les députés néerlandophones peinaient à se départager entre les commissions, les plénières et le Parlement flamand, contextualise Caroline Van Wynsberghe, politologue à l’UCL. La réforme du Lombard a mis fin à cette double casquette en permettant d’élire directement les membres bruxellois au Parlement flamand. L’augmentation du nombre de parlementaires a permis de leur apporter le renfort demandé, mais aussi de diluer les voix obtenues par le Vlaams Belang lorsqu’il était le premier parti néerlandophone à Bruxelles."

Les Bruxellois auraient moins à perdre d’un gouvernement avec la N-VA que d’un blocage général où leur sort dépendrait des Wallons et des Flamands au niveau fédéral.
Caroline Van Wynsberghe
Politologue UCL


En vue de protéger le groupe linguistique minoritaire, les ordonnances relatives à l’organisation des communes et celles qui concernent les matières dites bi-personnalisables (santé, aide aux personnes…) doivent recueillir un vote positif de la majorité de chaque groupe linguistique. S’ils sont incontournables du côté néerlandophone, les nationalistes flamands pourraient donc exercer une sorte de droit de veto sur de nombreux projets.

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À Bruxelles, la tradition veut que chaque groupe linguistique compose sa majorité comme il l’entend. Si la N-VA arrive en tête pour former la majorité côté néerlandophone, les francophones devront donc s’en accommoder. "On n’aurait sans doute pas un gouvernement en dix jours, mais il faudrait se montrer pragmatiques. Les dix premières années d’existence du gouvernement bruxellois, la Volksunie, qui était tout de même un parti flamingant, était présente dans le gouvernement bruxellois où se trouvait aussi le FDF", relativise Caroline Van Wynsberghe.

Si Ecolo devait ne pas concrétiser sa réussite électorale sous prétexte d’être obligé de travailler avec la N-VA, ce serait lâche.
Caroline Van Wynsberghe
Politologue UCL


Une majorité bruxelloise avec la N-VA et Ecolo semble toutefois saugrenue. Les verts bruxellois n’ayant émis aucune exclusive sauf à l’encontre des nationalistes flamands. "Si Ecolo devait ne pas concrétiser sa réussite électorale sous prétexte d’être obligé de travailler avec la N-VA, ce serait lâche. Il s’agirait en quelque sorte de laisser les autres se salir les mains alors qu’on sait qu’il n’y a pas d’autre choix", estime la politologue.

Un appel à voter flamand

Craignant une crise gouvernementale majeure, le blogueur Marcel Sel appelle les électeurs francophones à voter dans le collège néerlandophone afin de contrer le succès potentiel de la N-VA. "Cela revient à dévoyer l’élection où le vote de conviction est écarté par un enjeu communautaire malsain. L’électeur francophone se retrouve avec une responsabilité immense ayant l’injonction de voter pour un parti néerlandophone pour ‘sauver’ la Région bruxelloise", réagit Caroline Van Wynsberghe.

Un appel similaire avait été lancé en 2014 par le philosophe de l’UCL Philippe Van Parijs. "Cela fonctionne sur un public limité, fortement diplômé et conscient du fonctionnement institutionnel, explique Pascal Delwit. Selon les estimations, cela concerne 2.000 à 3.000 électeurs francophones. C’est peu mais suffisant pour modifier un à deux sièges dans le rôle néerlandophone. Les plus sensibles à cet appel sont les électeurs d’Ecolo qui peuvent voter pour un parti jumeau", précise le politologue de l’ULB.

Nous avons comparé les programmes

Pour quel parti voter? Nous avons comparé les programmes.

  • Fiscalité, budget
  • Emploi
  • Indépendants, PME
  • Mobilité, etc.

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