interview

"La législature se termine par une catastrophe budgétaire" (Alain Destexhe)

©Reporters / QUINET

Ce n’est pas une surprise pour le sénateur bruxellois, c’est bien la liste bruxelloise pour la Chambre qu’Alain Destexhe emmènera le 26 mai prochain. "Les listes Destexhe sont complètes partout", confirmait-il ce week-end, fort de 325 candidats.

L’ex-porte-étendard de la droite du MR part donc en campagne. Avec son ancien parti comme cible principale, les Listes Destexhe et leur sulfureux leader prennent bien garde de ne pas sortir des clous en affichant un libéralisme "classique" que le MR aurait abandonné. Pour L’Echo, il dévoile une partie de son projet.

Listes électorales | Résistances identifie un ex-frontiste

Il fallait s’y attendre. Le site d’info spécialisé dans l’extrême droite Résistances.be s’est naturellement intéressé à la naissance de ce mouvement politique au départ de la dissidence de l’ex-sénateur MR Alain Destexhe. Les prises de position souvent radicales et parfois jugées discriminantes du libéral, notamment sur la question migratoire, le font évoluer sur le terrain de la droite de la droite. Si Alain Destexhe ne conteste pas le "recrutement" de personnalités issues du Parti populaire, il dément catégoriquement des rapprochements avec des gens qui seraient ou auraient été proches de l’extrême droite. Résistances.be pointe la proximité d’une Hennuyère passée par le Front national de Daniel Féret – ce que dément Destexhe – ainsi que de Daniel Simon, passé par le FN également. Il devait figurer à la troisième place de la liste régionale à Liège mais a été exclu par Alain Destexhe, qui déplore que l’intéressé lui ait menti sur son passé.

Quelle est votre ambition en tant que tête de liste à Bruxelles?
En tant que coordinateur du mouvement, être élu face à Didier Reynders. Montrer que notre projet est plus crédible et cohérent que celui du MR. Le gouvernement dont Didier Reynders est vice-Premier ministre s’est montré irresponsable depuis le départ de la N-VA. Le déficit s’est creusé. L’ambition de revenir à l’équilibre n’est pas tenue, on est à 1,9% de déficit, c’est énorme par rapport aux objectifs. Le delta entre 2018 et 2019 représente 5 milliards d’euros, soit un endettement supplémentaire d’environ de 1.200 euros par personne qui travaille, dans un pays qui est déjà endetté. L’Allemagne et les Pays-Bas n’en sont pas là. Depuis que la N-VA a quitté le gouvernement, aucune mesure de correction n’est prise.

Le gouvernement est en affaires courantes. Il ne peut prendre des mesures dont l’impact budgétaire est trop important.
L’irresponsabilité est d’avoir fait tomber le gouvernement sur le Pacte des migrations de l’ONU. La N-VA avait proposé de s’abstenir, mais Charles Michel et Didier Reynders ont voulu passer en force. On risque de ne pas avoir de gouvernement pendant un moment et le fossé budgétaire monte à 11 milliards en 2021.

Sophie Wilmès n’a pas été une bonne ministre du Budget selon vous?
J’ai lu ses déclarations triomphalistes d’il y a quelques mois et je constate que la législature se termine en catastrophe budgétaire. Et il n’y a rien dans le programme du MR sur la diminution des dépenses publiques.

"La législature se termine par une catastrophe budgétaire."

C’est un pilier de votre projet socio-économique?
Oui. Nous proposons une réduction des dépenses administratives de tous les départements à tous les niveaux de pouvoir de 1% pendant 5 ans, à l’exception des matières régaliennes, des pensions et de la santé. Les dépenses publiques représentent 53% du PIB. L’Allemagne et les Pays-Bas sont à 44%. L’objectif est d’arriver en dessous de 50%. Nous voulons moins de structures publiques, moins d’emplois publics. On veut diminuer par deux le nombre d’élus. En Wallonie, 20% de l’emploi est public, en Flandre c’est 15%. Nous prônons une réduction linéaire car c’est la seule option qui fonctionne. La diminution des dépenses publiques devrait permettre de diminuer la fiscalité. La première priorité sera de remonter la quotité exemptée d’impôt et de diminuer le précompte. Dire, comme le MR, qu’on va relever tout de suite la tranche non-imposée alors que le déficit monte, c’est mentir aux gens. Nous proposons une forte réduction des droits de succession à 15% maximum en ligne directe et 45% maximum en ligne indirecte.

Et dans le débat sur le climat, où vous situez-vous?
Je ne suis pas climatosceptique, le réchauffement est une réalité, en partie d’origine humaine. C’est un problème sérieux même si on assiste à une hystérie climatique. La Belgique, c’est 1/400 des émissions mondiales. L’augmentation des émissions de CO2 par la Chine équivaut à deux ans d’émissions en Belgique. On ne va pas appauvrir les Belges et ruiner les entreprises pour un effet nul au niveau mondial.

"Les Ucclois sont peut-être prêts à payer plus cher leur métro."

Vos propositions?
Le nucléaire, c’est 50% de l’électricité produite en Belgique, nous voulons maintenir ce taux. Je suis prêt à parier une caisse de champagne qu’on ne sortira pas du nucléaire en 2025. Le dire, c’est mentir. La décision la plus responsable, c’est de retarder la sortie d’au moins 10 ans. Nous sommes pour la poursuite de l’éolien offshore, des efforts au niveau de la biomasse, des résidus bois, on pense qu’on peut faire davantage avec les incinérateurs de déchets pour produire de la chaleur. On ne veut pas toucher à la fiscalité sur les voitures de société. C’est le seul avantage fiscal réel dont disposent un tas de gens dans un pays parmi les plus taxés. Il faut arrêter de culpabiliser les navetteurs. On les fait passer pour des pollueurs alors qu’ils n’ont pas d’alternative. Et il faut finir le RER, développer les parkings dans et autour de Bruxelles. Il faut 4-5 nouvelles lignes de métro via des partenariats public-privé, pourquoi pas avec des tarifs différenciés? Les Ucclois sont peut-être prêts à payer pus cher leur métro plutôt que faire la file tous les matins sur la chaussée de Waterloo.

"Je suis prêt à parier une caisse de champagne qu’on ne sortira pas du nucléaire en 2025."

Vous avez appuyé la politique du MR pendant des années.
J’étais loyal au MR, je mordais sur ma chique quand je n’étais pas d’accord. Ce gouvernement a bien travaillé sous l’impulsion de la N-VA mais depuis le mois d’octobre, ça part à vau-l’eau. Charles Michel renvoie dos à dos N-VA et PS, nous, notre premier partenaire sera la N-VA. Reynders dit lui-même qu’en Flandre, le MR est perçu comme de centre gauche. C’est exactement ce que nous reprochons au MR.

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