analyse

La N-VA se met en ordre de marche pour les élections de mai

©Tim Dirven

De Wever à la Région, Jambon au Fédéral et Bourgeois à l’Europe: tel est le casting de la N-VA pour les prochaines élections. L’objectif affiché est d’empêcher le retour aux affaires du PS.

Avec l’annonce ce lundi du casting de la N-VA, la campagne électorale est entrée dans le vif du sujet. Lors d’une conférence de presse annoncée en dernière minute mais nullement improvisée, le président des nationalistes flamands Bart De Wever, entouré de son état-major au grand complet, a annoncé sa candidature pour le poste de ministre-président de la Flandre. Un poste détenu jusqu’ici par Geert Bourgeois, le fondateur de la N-VA en 2003, lorsqu’il siégeait comme unique représentant de ce qu’il restait de l’aile droite de la Volksunie.

Ce dernier se présentera aux élections européennes, en défendant "une troisième voie qui n’est ni eurosceptique ni europhile", tandis que Jan Jambon sera tête de liste au niveau fédéral.

"Le PS est en confiance. Nous défendrons la forteresse Flandre."
Bart De Wever

Bart De Wever propose à l’électeur flamand une alternative très claire: soit une poursuite du redressement socio-économique pour "préserver le modèle de l’Europe du Nord-Ouest", soit une "reconquista" du PS qui serait synonyme de retour en arrière, "comme Hollande a détricoté les acquis engrangés par Sarkozy".

"Le PS est en confiance, constate Bart De Wever. Il veut annuler toutes les réformes socio-économiques. C’est ce que nous voulons éviter à tout prix. Nous défendrons la forteresse Flandre." Le ton de la campagne est donné.

"Il y a deux choses qui frappent. Apparemment, la N-VA a besoin d'un ennemi pour entamer sa campagne. Ensuite, il y a la langue guerrière que l'on parle."
Kris Peeters
Ministre CD&V de l'Economie

Lors de la présentation de ses vœux de Nouvel An vendredi dernier, le président du PS Elio Di Rupo avait annoncé qu’il partait en campagne pour une "reconquista" ou un "remontada". Ce qui se traduirait sur le terrain par le retour de la pension à 65 ans, la gratuité de la visite chez le généraliste et le dentiste, une baisse de la TVA sur l’électricité, les prothèses, les lunettes ou les appareils auditifs, etc.

Bye bye Anvers

Le casting proposé par Bart De Wever est une surprise à plus d’un titre. Premièrement, parce que l’intéressé avait promis au lendemain des élections communales qu’il resterait bourgmestre d’Anvers pendant six ans. Aujourd’hui, c’est la raison d’État qui semble l’avoir emportée. Il quittera la Métropole et sans doute aussi la présidence du parti. En usant à la fois d’humour ("si le Vatican m’appelle, j’en parle d’abord à ma femme") et d’une certaine dramatisation ("faire bloc face au projet de reconquête du PS"), De Wever justifie son choix par "la primauté de la Flandre sur Bart De Wever".

"Bart De Wever a quand même un peu trompé l’électeur anversois".
Dave Sinardet
Politologue à la VUB

Cela étant, le casting proposé laisse quand même quelques questions ouvertes. Premièrement, pourquoi Bart De Wever a-t-il pris le risque de renier sa parole à propos d’Anvers? Pour Dave Sinardet, politologue à la VUB, interrogé par l’agence Belga, "Bart De Wever a quand même un peu trompé l’électeur anversois". Relégué dans l’opposition anversoise, le vice-Premier Kris Peeters (CD&V) s’est, lui, dit "choqué" par cette décision. Nicolas Bouteca, politologue à l’université de Gand (UGent), observe que "pour un nationaliste flamand, le poste de ministre-président est symboliquement très important".

Mais il y a aussi une raison stratégique, selon lui, au revirement de Bart De Wever. "S’il parvient à se rendre incontournable côté flamand, il pourra plus facilement forcer la porte du Fédéral. Aujourd’hui, le risque de voir la N-VA exclue d’une participation fédérale est plus important qu’en 2014. Il est de plus en plus question, en Flandre du moins, d’une possible coalition entre libéraux, chrétiens -démocrates et écologistes." Nicolas Bouteca ne croit pas, en revanche, à l’hypothèse d’un retour à une tripartite classique. "Pour l’Open Vld, gouverner avec le PS est une perspective vraiment trop difficile."

Deuxième question: pourquoi la N-VA se positionne-t-elle déjà pour le poste de Premier ministre, alors qu’en 2014, elle n’était pas intéressée? Nicolas Bouteca avance une explication. "C’est une manière de se profiler en tant que parti responsable, prêt à gouverner à tous les niveaux de pouvoir. De plus, Jan Jambon est mieux accepté en Belgique francophone que Bart De Wever. Et il a noué des liens d’amitié étroits avec Charles Michel."

"Jan Jambon est mieux accepté en Belgique francophone que Bart De Wever."
Nicolas Bouteca Politologue à UGent

Cela étant, la candidature de Jambon pour le "16" n’est pas aussi crédible que celle de Bart De Wever à la Région flamande. Lors de la conférence de presse de ce lundi, Jan Jambon s’était contenté d’annoncer qu’il serait tête de liste au Fédéral, avant que De Wever ne lui souffle à l’oreille qu’il serait par la même occasion candidat Premier ministre. Mise en scène ou distraction de Jambon? La plupart des observateurs penchent pour la première thèse.

Et Theo Francken, dans tout ça? Que va devenir la machine à voix de la N-VA? Certains le voient déjà comme président du parti. Nicolas Bouteca nuance quelque peu le poids politique du personnage. "Il ne jouit pas du même crédit au sein du parti que Jambon et De Wever. De Wever est inattaquable. Il inspire même une certaine crainte, y compris au sein des médias. Francken, au contraire, est constamment attaqué de partout. Si Jambon n’entre pas au Fédéral, c’est lui qui devrait plutôt endosser le rôle de président du parti."

Le "virage" de Bracke

Que faut-il conclure de tout cela? C’est que pour la N-VA, la campagne se présente à bien des égards comme en 2014. À l’époque, le parti avait doublé son discours communautaire traditionnel d’un agenda socio-économique charpenté. Cette double stratégie avait été inspirée par Siegfried Bracke, l’actuel président de la Chambre, qui passe pour un pragmatique au sein du parti. D’où l’appellation qui prévaut toujours de "virage de Bracke" (de "bocht van Bracke") et qui consiste à ne pas se faire mettre hors-jeu en raison d’un agenda communautaire jugé imbuvable, y compris par les autres partis flamands.

Le confédéralisme demeure l’objectif supérieur, voire suprême, mais dans l’immédiat, il s’agit de contrer les ambitions du Parti socialiste. À cet égard, la coalition inédite avec le sp.a mise sur pied par Bart De Wever à Anvers n’a pas atténué l’aversion qu’il nourrit à l’égard du PS wallon. Cette alliance n’a aucune valeur de précédent, tient-il à préciser.

En attendant, maintenant que la N-VA a clarifié sa stratégie, les autres partis vont devoir sortir du bois et annoncer leurs candidats pour le sprint final.

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