Le cdH fermant la porte, le MR reste isolé dans son ouverture à la N-VA

©BELGA

Le MR a annoncé la couleur la semaine dernière. Puisqu’il gouverne avec les nationalistes flamands au Fédéral, il n’y a pas de raisons qu’il ne puisse transposer cette alliance à l’échelon bruxellois. Une annonce tactique, qui a aussitôt cabré DéFI et le PS. Et ne séduit pas non plus Ecolo. Mais qu’en est-il du cdH, le nouvel allié et ami du MR en Wallonie? Même combat. En l’état, les humanistes bruxellois ne veulent pas entendre parler de la N-VA.

C’est la magie des élections. L’exercice a beau être programmé dans une quinzaine de mois, il suffit déjà d’une déclaration de l’un ou de l’autre pour faire frémir le Landerneau politique. A priori si la déclaration concerne ou vise la N-VA. Et davantage encore si la gestion de Bruxelles est en jeu.

C’est tout sauf innocemment que Didier Reynders, probable candidat ministre-président du MR, a indiqué la semaine dernière que les libéraux n’excluaient aucunement de gouverner avec les nationalistes flamands à Bruxelles – une annonce réitérée ce week-end par Gérard Deprez.

Au sein des rangs bleus, on commence à craindre que le succès des nationalistes ne se bâtisse, dans les urnes, notamment sur un recul du MR.
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Il y a de la logique, là-dedans: ce que le MR réalise au Fédéral avec la N-VA, pourquoi ne pourrait-il pas le transposer à l’échelon régional? À savoir, diront les libéraux: réformer tout en maintenant l’institutionnel au frigo. Surtout que la N-VA l’affirme: si elle grimpe dans la majorité bruxelloise, ce n’est certainement pas pour faire de la figuration, mais pas non plus pour s’adonner au blocage des institutions.

Il y a également de la tactique, là-dedans. On l’écrivait la semaine dernière: au sein des rangs bleus, on commence à craindre que le succès des nationalistes ne se bâtisse, dans les urnes, notamment sur un recul du MR, certains électeurs francophones séduits n’hésitant plus à franchir le Rubicon linguistique. Le message subliminal de Didier Reynders est donc celui-ci: restez au MR, seul parti francophone disposé, jusqu’ici, à convoler avec la N-VA.

Cogestion

Tactique encore: ce faisant, Didier Reynders pousse les autres partis francophones à se positionner en la matière. Sans surprise, DéFI et le PS ont plus ou moins barré la voie à toute alliance avec la N-VA. L’enthousiasme d’Ecolo n’était pas évident non plus, les visées nationalistes de cogestion de la capitale étant difficilement compatibles avec la vision régionaliste développée par les verts.

Reste le cdH, qui est sans doute le plus mal pris. Que vont dire les humanistes, qui ont refusé de sauter dans l’attelage fédéral en 2014, mais sont entre-temps devenus le nouvel allié du MR en Région wallonne?

Prophétie autoréalisatrice

"Ou bien la N-VA revoit fondamentalement ses positions. Ou bien ce sera compliqué."
Benoît Cerexhe
Chef de file cdH au parlement

Eh bien, l’accueil est très frais, ici aussi. "Le cdH a refusé de gouverner dans une majorité fédérale avec la N-VA; je ne vois pas pourquoi nous prendrions une décision différente à Bruxelles", souligne la ministre bruxelloise de l’Énergie et du Logement Céline Fremault, qui ne goûte pas forcément ce débat, craignant une sorte de prophétie autoréalisatrice. "Je constate que plus on parle de la N-VA, plus on la place au centre du jeu. Or ce n’est pas ce que l’on attend de véritables responsables politiques qui doivent à tout prix éviter une crise communautaire. De mon côté, en tant que ministre, je continue de travailler dans l’intérêt de tous les Bruxellois."

Le son de cloche n’est pas différent auprès de Benoît Cerexhe, chef de file cdH au parlement bruxellois. "Une alliance à Bruxelles avec la N-VA me paraît très difficile. Simplement parce qu’ils ne reconnaissent pas Bruxelles comme une troisième région, à part entière et rêvent de cogérer Bruxelles depuis la Flandre et la Wallonie enfin, surtout depuis la Flandre. Ce qui revient à aller à l’encontre de tout mon parcours politique. Je me suis battu pour l’existence et la reconnaissance de la Région bruxelloise."

"Cela n’a pas encore été discuté au sein du cdH."
Benoît Cerexhe

C’est donc non? "C’est une réserve totale. Ou bien la N-VA revoit fondamentalement ses positions ils ont bien versé un peu d’eau dans leur vin au Fédéral. Ou bien ce sera compliqué." Et si les nationalistes deviennent incontournables, côté flamand? "Je ne pense pas que ce sera le cas. Il me semble qu’il existe suffisamment d’autres sensibilités au sein de la population flamande de Bruxelles." Et si ceci n’est pas l’avis officiel du parti humaniste, "parce que cela n’a pas encore été discuté au sein du cdH", Benoît Cerexhe ne doute pas qu’il existe "un consensus" en la matière.

Autrement dit, pour l’heure, le MR se retrouve plutôt isolé dans ce débat. Notez que les libéraux ont l’habitude, seuls francophones à bord de Michel depuis 2014.

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